Depuis le début de la crise de la Covid 19, le FNRS (Fonds national de la Recherche scientifique) n'a apporté aucun soutien financier à ses chercheur.euse.s à durée déterminée, c'est-à-dire les doctorant.e.s et les post-doctorant.e.s, pour les aider à faire face à des situations parfois difficiles : ni défraiement pour le télé-travail imposé, ni prolongement de bourses ou de contrats.

Depuis mars 2020, un nombre important de ces chercheur.euse.s ont pourtant vu leurs projets de recherche sérieusement mis à mal pour des raisons diverses : manque d'accès aux terrains de recherche (notamment à l'étranger), aux archives (fermées pendant de longs mois), aux bibliothèques, aux laboratoires, nécessité de prendre en charge des enfants durant les mois de fermeture des écoles (responsabilité qui a reposé en particulier sur les femmes), impossibilité d'organiser les rencontres internationales indispensables à la dynamique de leur recherche et à la poursuite de leur carrière, et, pour certain.es, mise à contribution supplémentaire dans des tâches d'enseignement en soutien aux universités.

Pour ces chercheur.euse.s, le risque de voir compromises plusieurs années de recherche est réel. Et pour les universités dans lesquelles ils.elles travaillent, l'impact est loin d'être nul, compte tenu du rôle pivot généralement essentiel joué par ces chercheur.euse.s, souvent "de passage", sur des contrats courts, et qui dynamisent la recherche par leurs publications, les événements scientifiques qu'ils.elles organisent, les projets qu'ils.elles coordonnent, les réseaux internationaux qu'ils.elles tissent.

Bien que les chercheur.euse.s et les organisations syndicales qui les représentent aient attiré l'attention du FNRS sur ces situations difficiles dès le mois d'avril 2020 et demandé à ce que des mesures de soutien soient envisagées, ils.elles se sont trouvé.es confronté.e.s à une fin de non-recevoir fondée sur un argumentaire simpliste mais bien rôdé, et a priori de bon sens : les finances du FNRS ne permettent pas d'allouer des moyens aux chercheur.euse.s impacté.es par la crise, cela reviendrait à hypothéquer l'engagement de chercheur.euse.s dans le futur. En d'autres mots, ce que l'on octroierait d'un côté aux générations actuelles, on le reprendrait de l'autre aux générations suivantes. L'équation serait donc impossible à résoudre ; on sacrifiera de toute façon une génération de chercheur.euse.s et leurs recherches, celles d'aujourd'hui, ou celles de demain.

Le même argument est régulièrement utilisé par les autorités universitaires. Et pourtant, en ordre dispersé, toutes ont fini par faire des efforts, à mobiliser des ressources internes pour essayer vaille que vaille, avec les moyens du bord, de soutenir directement au moins certaines catégories de chercheur.euse.s. Reconnaissant la béance entre les moyens et les besoins, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a lui-même libéré 3,8 millions d'euros (2,9 millions pour les universités et 930.000 euros pour le FNRS) fin janvier pour permettre de prolonger de trois mois le contrat d'un certain nombre de doctorant.e.s qui rempliront des critères d'octroi précis.

On déplorera cependant que dans ces aides dégagées au coup par coup, les post-doctorant.es, toujours plus précaires dans leur carrière scientifique et plus souvent en âge d'avoir des enfants à garder que les doctorant.es, aient été totalement oublié.e.s. Et au FNRS ? Rien ! Pas le moindre centime dégagé pour soutenir ces jeunes chercheur.euse.s en prolongeant leur contrat ou leur bourse de quelques mois.

Les finances de la vénérable institution sont pourtant largement dans le vert (19 millions de bénéfice sur l'exercice 2019). Elle a provisionné pas moins de 32 millions d'euros pour risques et charges diverses, et en 2020 a finalement reçu 11,5 millions d'euros qui lui étaient dus depuis plusieurs années, ce qui lui a permis sans trop de difficulté de mobiliser 4,2 millions d'euros pour un appel à projets "spécial Covid" en 2020. Dans ces conditions, peut-on encore prétendre que la recherche future n'est pas pourvue ? Peut-on encore prétendre qu'il est impossible pour le FNRS de dégager de ses fonds propres au maximum deux millions d'euros pour soutenir les post-doctorant.e.s qui en ont besoin et compléter le soutien de la FWB aux doctorant.e.s ? Cette crise inédite impacte certes de nombreux secteurs, certains plus durement que les universités, les chercheur.euse.s ne l'ignorent pas. Mais dans cet avenir imprévisible, il est important que personne ne soit laissé au bord du chemin, y compris dans les universités, et ce dans l'intérêt de la recherche elle-même.

Outre qu'il serait mal venu de la part du FNRS de se targuer d'aider ses doctorant.e.s, alors que ce sont les pouvoirs publics et les universités qui ont mis des moyens supplémentaires, il serait temps que l'institution comprenne que la recherche, ce n'est pas que des projets, mais avant tout des personnes qui mènent des projets, des femmes et des hommes qui méritent des conditions de travail décentes et une considération réelle, y compris quand ils.elles sont post-doctorant.e.s.

Signataires :

David Beljonne (UMons), Charlotte Casier (ULB), Jean-Paul Coutelier (UCLouvain), Chloé Deligne (ULB), Florence Delmotte (USLB), Martine Evraud (ULiège), Bruno Frère (ULiège), François Huaux (UCLouvain), Guillaume Périlleux (ULB), Xavier Rousseaux (UCLouvain), Philippe Steeman (ULiège), mandataires du FNRS et membres du banc syndical à l'Organe de Concertation et de Négociation sociale au sein du FNRS.

Depuis le début de la crise de la Covid 19, le FNRS (Fonds national de la Recherche scientifique) n'a apporté aucun soutien financier à ses chercheur.euse.s à durée déterminée, c'est-à-dire les doctorant.e.s et les post-doctorant.e.s, pour les aider à faire face à des situations parfois difficiles : ni défraiement pour le télé-travail imposé, ni prolongement de bourses ou de contrats.Depuis mars 2020, un nombre important de ces chercheur.euse.s ont pourtant vu leurs projets de recherche sérieusement mis à mal pour des raisons diverses : manque d'accès aux terrains de recherche (notamment à l'étranger), aux archives (fermées pendant de longs mois), aux bibliothèques, aux laboratoires, nécessité de prendre en charge des enfants durant les mois de fermeture des écoles (responsabilité qui a reposé en particulier sur les femmes), impossibilité d'organiser les rencontres internationales indispensables à la dynamique de leur recherche et à la poursuite de leur carrière, et, pour certain.es, mise à contribution supplémentaire dans des tâches d'enseignement en soutien aux universités. Pour ces chercheur.euse.s, le risque de voir compromises plusieurs années de recherche est réel. Et pour les universités dans lesquelles ils.elles travaillent, l'impact est loin d'être nul, compte tenu du rôle pivot généralement essentiel joué par ces chercheur.euse.s, souvent "de passage", sur des contrats courts, et qui dynamisent la recherche par leurs publications, les événements scientifiques qu'ils.elles organisent, les projets qu'ils.elles coordonnent, les réseaux internationaux qu'ils.elles tissent.Bien que les chercheur.euse.s et les organisations syndicales qui les représentent aient attiré l'attention du FNRS sur ces situations difficiles dès le mois d'avril 2020 et demandé à ce que des mesures de soutien soient envisagées, ils.elles se sont trouvé.es confronté.e.s à une fin de non-recevoir fondée sur un argumentaire simpliste mais bien rôdé, et a priori de bon sens : les finances du FNRS ne permettent pas d'allouer des moyens aux chercheur.euse.s impacté.es par la crise, cela reviendrait à hypothéquer l'engagement de chercheur.euse.s dans le futur. En d'autres mots, ce que l'on octroierait d'un côté aux générations actuelles, on le reprendrait de l'autre aux générations suivantes. L'équation serait donc impossible à résoudre ; on sacrifiera de toute façon une génération de chercheur.euse.s et leurs recherches, celles d'aujourd'hui, ou celles de demain. Le même argument est régulièrement utilisé par les autorités universitaires. Et pourtant, en ordre dispersé, toutes ont fini par faire des efforts, à mobiliser des ressources internes pour essayer vaille que vaille, avec les moyens du bord, de soutenir directement au moins certaines catégories de chercheur.euse.s. Reconnaissant la béance entre les moyens et les besoins, le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles a lui-même libéré 3,8 millions d'euros (2,9 millions pour les universités et 930.000 euros pour le FNRS) fin janvier pour permettre de prolonger de trois mois le contrat d'un certain nombre de doctorant.e.s qui rempliront des critères d'octroi précis. On déplorera cependant que dans ces aides dégagées au coup par coup, les post-doctorant.es, toujours plus précaires dans leur carrière scientifique et plus souvent en âge d'avoir des enfants à garder que les doctorant.es, aient été totalement oublié.e.s. Et au FNRS ? Rien ! Pas le moindre centime dégagé pour soutenir ces jeunes chercheur.euse.s en prolongeant leur contrat ou leur bourse de quelques mois. Les finances de la vénérable institution sont pourtant largement dans le vert (19 millions de bénéfice sur l'exercice 2019). Elle a provisionné pas moins de 32 millions d'euros pour risques et charges diverses, et en 2020 a finalement reçu 11,5 millions d'euros qui lui étaient dus depuis plusieurs années, ce qui lui a permis sans trop de difficulté de mobiliser 4,2 millions d'euros pour un appel à projets "spécial Covid" en 2020. Dans ces conditions, peut-on encore prétendre que la recherche future n'est pas pourvue ? Peut-on encore prétendre qu'il est impossible pour le FNRS de dégager de ses fonds propres au maximum deux millions d'euros pour soutenir les post-doctorant.e.s qui en ont besoin et compléter le soutien de la FWB aux doctorant.e.s ? Cette crise inédite impacte certes de nombreux secteurs, certains plus durement que les universités, les chercheur.euse.s ne l'ignorent pas. Mais dans cet avenir imprévisible, il est important que personne ne soit laissé au bord du chemin, y compris dans les universités, et ce dans l'intérêt de la recherche elle-même.Outre qu'il serait mal venu de la part du FNRS de se targuer d'aider ses doctorant.e.s, alors que ce sont les pouvoirs publics et les universités qui ont mis des moyens supplémentaires, il serait temps que l'institution comprenne que la recherche, ce n'est pas que des projets, mais avant tout des personnes qui mènent des projets, des femmes et des hommes qui méritent des conditions de travail décentes et une considération réelle, y compris quand ils.elles sont post-doctorant.e.s. Signataires : David Beljonne (UMons), Charlotte Casier (ULB), Jean-Paul Coutelier (UCLouvain), Chloé Deligne (ULB), Florence Delmotte (USLB), Martine Evraud (ULiège), Bruno Frère (ULiège), François Huaux (UCLouvain), Guillaume Périlleux (ULB), Xavier Rousseaux (UCLouvain), Philippe Steeman (ULiège), mandataires du FNRS et membres du banc syndical à l'Organe de Concertation et de Négociation sociale au sein du FNRS.