"C'est quelqu'un qui croque la vie, pas la jeune fille calme qu'on pourrait croire", confie un de ses amis. © DEBBY TERMONIA

« Le dialogue est toujours possible avec elle »: portrait de Caroline Désir, ministre francophone de l’Education (PS)

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif

A 44 ans, la ministre francophone de l’Education est confrontée à une double crise, celle de l’école et celle du coronavirus. Un baptême du feu qu’elle semble vivre sans se brûler: vingt ans de vie politique l’y ont préparée. Caroline Désir n’est pas non plus prête à tout pour plaire. Ce qui la rend sans doute inoxydable.

Il était 22 h 35, ce 12 septembre. Elle se souvient parfaitement de la voix d’Elio Di Rupo coulant de son portable. Les mots venaient lentement, comme si le président du PS les faisait traîner. « Tu vas prêter serment, dit-il. Comme ministre de l’Enseignement. » Elle rejoint la table où elle avalait un plat italien avec deux amies et leur transmet la nouvelle. Ensuite, elle est incapable de prononcer un mot. Elle ne fermera pas l’oeil de la nuit. L’alignement des planètes, comme le qualifie Caroline Désir, est parfait: elle se sent, comme rarement dans une vie, à son exacte place. Cette ultime pièce achève un puzzle entamé vingt ans plus tôt. Vertige.

1986. Dans la maison bruxelloise qu’elle occupe avec ses parents, son frère et sa soeur, il y a des livres à tous les étages. La famille est animée, engagée. Les parents de Caroline Désir, ouverts et pétris de l’esprit de 1968, sont médecins, attachés à l’hôpital public. « Ils m’ont transmis l’importance d’être acteurs de la vie« , indique-t-elle. La table familiale réunit souvent les habitants du lieu autour de débats sociétaux. Le dimanche midi, ses grands-parents paternels, dont Georges Désir, ancien élu FDF, débarquent avec une tarte et parlent politique. Du haut de ses 10 ans, elle n’y comprend goutte. Le sujet ne l’intéresse pas.

Caroline Désir grandit dans les meilleures écoles de la Ville de Bruxelles: Catteau, où son père la dépose souvent en retard alors qu’elle déteste ça, puis le lycée Jacqmain, filière latin-grec. Sans guère d’efforts, elle est « deuxième de classe ». « J’étais très conformiste et je ne sortais jamais des clous », sourit-elle. La danse l’anime. C’est son refuge, presque sa raison d’être. A partir de 11 ans, cette passion la mobilise tout entière, tous les jours. Elle y apprend la rigueur, la persévérance, l’humilité des limites, la vulnérabilité du corps, la maîtrise du trac. Faute d’y trouver du sens, l’école l’ennuie souvent, à l’exception de quelques professeurs brillants comme des perles et d’inoubliables voyages et spectacles de fin d’année. « C’était une chouette copine, très sociable, rappelle son amie Nathalie Schaar. Elle donnait la priorité aux amis et à la danse. Et elle combinait tout: elle avait toujours ses cours dans son sac et elle les lisait entre deux répétitions. »

Mes parents m’ont transmis l’importance d’être acteurs de la vie.

Jamais l’ado d’alors ne revendiquera de faire de la danse un métier. Elle n’est pas certaine d’en être capable et cette vie d’aléas ne la rassure pas: Caroline Désir a les pieds sur terre. Son père ne lui a-t-il pas dit qu’il n’y avait que quatre filières d’études possibles? Le droit, Solvay, Polytechnique et médecine. « Quand on sort de Jacqmain, on nous demande ce qu’on va étudier à l’ULB, pas dans la vie », se remémore-t-elle. Elle choisit donc le droit. Et l’ULB.

L’ULB, sacré terreau

Sa première année universitaire est studieuse. Caroline Désir aime maîtriser les choses et il lui faut un an pour être sûre que c’est le cas. Ensuite, elle délaisse les cours, se fait baptiser et est de toutes les fêtes, de septembre à avril. Enfin, elle étudie. Et réussit. Dans ces années d’insouciance, elle croise Philippe Close, Henri Dineur, Jérémie Tojerow, Eric Mercenier, Jean Spinette, Olivia P’tito, Benjamin Cadranel, Renaud Witmeur, autant de futures figures du PS. Elle s’implique au Cercle de droit, au Cercle du libre examen et n’hésite pas à danser le french cancan lors d’une soirée de cabaret. « On s’est bien amusés! s’exclame Philippe Close, actuel bourgmestre de Bruxelles, qui travaille alors au service d’études du PS. On a très vite repéré Caroline pour son dynamisme. » Mais lui et Henri Dineur ont beau la chambrer, lui assurant qu’elle ferait un jour de la politique, elle ne veut rien entendre.

En 1999, elle part étudier le droit social à la VUB et en sort bilingue.Son vrai déclic politique s’y produit lorsqu’elle découvre l’importance de la sécurité sociale. Elle travaille ensuite pour un cabinet d’avocats, versé dans la défense des travailleurs. « J’adorais ça! » Philippe Close tente toujours de l’attirer en politique. Charles Picqué, alors ministre de l’Economie, recherche une juriste. Ainsi Caroline Désir entre-t-elle en politique, à 24 ans, sans avoir envoyé le moindre CV. « J’étais impressionnée. C’était un univers éloigné de ma formation en droit social. Et je n’en connaissais pas les codes. » Elle y découvre en vrac le travail sur dossiers et l’art de la négociation. « Elle s’est fait remarquer sur ces deux plans », relève Catherine Moureaux, bourgmestre de Molenbeek. « A son arrivée dans mon cabinet, on aurait pu la taxer de naïve, avec la difficulté de voir dans le discours de l’autre son côté tordu, se souvient Charles Picqué. Mais elle a appris, à se méfier et à composer. » Caroline Désir découvre aussi la vie des sections locales et le sel des campagnes électorales.

Avec Elio Di Rupo et Paul Magnette, pendant la campagne électorale de 2019. Elle sera élue au fédéral.
Avec Elio Di Rupo et Paul Magnette, pendant la campagne électorale de 2019. Elle sera élue au fédéral.© DR

« Le travail de terrain m’a de suite plu, raconte-t-elle. En campagne, on rencontre les gens, on leur rend des comptes et on se souvient des raisons pour lesquelles on s’est engagé. » « Nos enfants venaient avec nous pour distribuer des tracts », ajoute Sophie Goeminne, à l’époque porte-parole de Charles Picqué. Caroline sonne aux portes, écoute les gens. Et convainc. « Elle met les mains dans le cambouis », confirme Ahmed Laaouej, chef du groupe PS à la Chambre. Un peu plus tard, elle devient cheffe de cabinet adjointe. Et prend sa carte de parti.

« M’affilier relevait de l’évidence, affirme Caroline Désir, en accord avec mon envie d’agir contre l’injustice sociale et d’assurer la défense des plus fragiles. » Au PS, elle fait peu à peu son trou face à une génération vieillissante, majoritairement masculine. Personne ne s’écarte pour lui laisser de la place. La section locale d’Ixelles, longtemps minée par les rivalités et les intrigues, lui sert de décor pour faire ses armes.

Les rivalités d’ego, non merci!

Au sein du parti, Caroline Désir, prudente, observe d’abord. Le tableau n’est pas rose. « Les rivalités d’ego et guerres de clans me débectent. C’est destructeur et ça ne sert à rien. » Elle n’est d’aucun clan, ni inféodée à quiconque. « La vie politique peut être dure et décourageante. Il est souvent difficile de faire changer les mentalités. Sans les campagnes électorales, je n’aurais pas tenu le coup. »

Lors des dernières communales, en 2018, alors qu’elle pouvait légitimement revendiquer la tête de liste, elle la laisse à Béa Diallo. « Pour éviter la fracture. A un moment, on doit se demander pourquoi on fait campagne. Ce n’est pas de me battre pour être la première qui m’intéresse en politique. » Gauthier Calomne, chef de file des libéraux ixellois, se souvient bien du jour où elle lui a proposé de partager un petit verre de vin blanc pour sortir d’un conflit. Ils ont finalement bu toute la bouteille.

En revanche, elle ne craint pas d’aller au contact pour défendre des projets, bec et ongles. A Ixelles, par exemple, où elle devient conseillère communale en 2006 puis échevine en 2013, elle porte plusieurs projets forts de mobilité douce, comme la piétonnisation de la chaussée d’Ixelles, les zones 30 ou la création de pistes cyclables. Le MR et même le PS sont peu enthousiastes – euphémisme. Elle n’est pas du genre à lancer l’abordage: elle construit plutôt méthodiquement des dossiers ourlés de béton, sur lesquels elle est incollable, argumente et convainc. « Alors que le PS a longtemps été probagnoles, elle est une des premières à y avoir reconnu l’importance de la mobilité douce, se réjouit Pascal Smet, ex-ministre bruxellois de la Mobilité. Elle incarne le côté moderne du PS. »

2009, à quelques mois des régionales. « Je te connais bien, dit Charles Picqué à Caroline Désir, avec qui il travaille depuis près de dix ans. S’il y a bien une chose que tu ne dois pas faire à l’avenir, c’est de la politique. Tu es trop idéaliste pour cela. » Elle n’est pas d’accord: « Si j’ai un défaut en politique, ce n’est pas celui-là: c’est que je ne suis pas prête à tout, et certainement pas à toutes les compromissions. »

La future ministre de l’Enseignement s’attend donc à figurer en trentième place sur la liste qui impose la parité. Elle sera quatrième et c’est… Charles Picqué qui l’y a poussée. Philippe Moureaux aussi. Un adoubement des deux barons du PS bruxellois, rarissime. « Moureaux pouvait être terrorisant, se souvient Caroline Désir. Lorsque nous lui avons demandé, en tant que président de la fédération bruxelloise du PS, que ce dernier soit élu au suffrage universel, comme partout ailleurs, il s’est mis à hurler, me traitant de putschiste. Je lui ai écrit pour expliquer ma position. Il m’a invitée à boire un café et nous n’en avons plus parlé. Je pense qu’il m’a testée pour voir jusqu’où je tiendrais. De lui et de Charles Picqué, j’ai énormément appris. Je sais ce que je leur dois. »

En campagne, on rencontre les gens et on se souvient des raisons pour lesquelles on s’est engagé.

Une quatrième place – éligible – en 2009, en tous cas: certains députés socialistes ne lui adresseront plus la parole pendant des années. La voilà élue au parlement bruxellois, où elle devient cheffe de groupe en 2017, députée de la Fédération Wallonie-Bruxelles et sénatrice de Communauté. Perfectionniste, toujours à l’heure, elle coiffe ces trois casquettes armée de ses principaux outils de travail: un cahier Atoma et un bic. « Elle a une discipline systématique, confirme Romain de Reusme, échevin socialiste à Ixelles: elle prend toujours des notes, rédige les PV, et en informe ses équipes après chaque réunion de Collège, en dix minutes. On ne la prend pas en défaut là-dessus. » Elle réécrit même les notes que son porte-parole lui prépare avant les débats.

L'enseignement:
L’enseignement: « C’est la base de tout », martèle Caroline Désir.© DR

Un vélo rose

A partir de 2013, Caroline Désir devient aussi échevine à Ixelles, notamment de la mobilité et de l’instruction publique. Soucieuse de cohérence, elle parcourt les rues sur son vélo rose, couleur antivol. C’est là que naît sa passion pour l’enseignement. « C’est la base de tout, martèle-t-elle. On pourrait faire beaucoup mieux pour réparer les injustices de départ dans la vie. La corrélation entre le milieu socio-économique dans lequel on naît et les résultats scolaires est évidente. Il s’agit de protéger les plus faibles et c’est une compétence qui doit être prise en main par les socialistes. » « On ne sait plus l’arrêter quand elle en parle. Ça fonde tout son être », résume Romain De Reusme. Dès lors, elle devient « la » référente du PS en matière d’enseignement.

Vice-présidente de la Fédération bruxelloise du PS dès 2011, elle s’impose aussi au sein de la structure du parti, auquel elle est viscéralement loyale. Une étape dans son plan de carrière? Elle jure ne pas en avoir. « Ça rend fou et c’est inutile », lâche-t-elle. « Son rêve n’est pas de devenir Première ministre, confirme son amie Florence Hut. Ce n’est pas quelqu’un qui joue des coudes, elle est très droite et réajuste son rêve en fonction des possibilités. » En revanche, elle est déterminée, au point de s’acharner jusqu’au milieu de la nuit à terminer un puzzle impressionnant. « Par rapport à d’autres, elle a très peu d’ambitions, ajoute Charles Picqué. La ruse n’est pas sa principale qualité dans la lutte pour le pouvoir. Elle pourrait être fragilisée si elle ne construit pas certains appuis au sein du parti. »

Si l’appui ne vient pas de l’interne, il lui vient de la rue. En 2014, elle obtient davantage de voix que Philippe Close sur la liste régionale et, en 2019, elle est élue au fédéral avec plus de suffrages que Karine Lalieux, aujourd’hui ministre. « On sous-estime souvent sa force et son intelligence politique », relève un socialiste. « Elle a l’air douce mais en négociation, elle peut être très pugnace derrière son grand sourire qui fait croire qu’on va la berner », assure Béa Diallo, premier échevin à Ixelles. Quoi d’étonnant, dès lors, si son nom commence à circuler comme ministrable après les dernières élections? Un soir de septembre, la voix d’Elio Di Rupo coule de son téléphone.

La corrélation entre le milieu socio-économique et les résultats scolaires est évidente. Il s’agit de protéger les plus faibles.

« Son ascension n’est pas fulgurante, comme celle de Marie Arena, commente un ténor socialiste. Mais partout où elle est passée, elle a convaincu. Elle a fait consensus chez Laurette Onkelinx, Ahmed Laaouej, Rudi Vervoort. C’est une femme expérimentée et qui récolte des voix. Il y avait donc un faisceau d’éléments pour elle. Et l’enseignement devait lui revenir, forcément. »

La recherche du consensus

Même si quelques jalousies y traînent, Caroline Désir réunit de fait l’unanimité dans son parti. Vertu? Défaut? « Elle ne suscite pas la polémique, répond une socialiste, au risque d’être fade. Etre consensuelle, ce n’est pas essentiellement une critique, c’est utile comme qualité en politique. » Mouais. « Sur l’enseignement, je ne suis pas contestée, commente l’intéressée. Mais comme ministre… J’ai pris beaucoup de place au sein du parti. »

Le consensus, c’est son fonds de commerce. Elle sait les rapports de force et les enjeux de pouvoir. Il ne faut d’ailleurs pas lui marcher sur les pieds. Ses colères polies sont rares mais glaciales, provoquées par de la mauvaise foi ou des mensonges. Elle reste persuadée qu’un accord vaut mieux qu’un clash, aussi médiatisable soit-il. « Le dialogue est toujours possible avec elle », confirme Viviane Teitelbaum, ex-échevine MR qui grignotait avec elle des petits délices lors des réunions du Collège ixellois. « Elle sait construire intelligemment des ententes, rassurer, ne pas froisser », abonde Romain De Reusme. Et respecter sa parole: ce n’est pas une femme de coups tordus. « En Belgique, on doit pouvoir faire alliance avec tout le monde, justifie-t-elle. Il faut se parler. » Même avec Ben Weyts, son alter ego de la N-VA.

La danse, à l'adolescence: une passion et une leçon de vie.
La danse, à l’adolescence: une passion et une leçon de vie.© DR

Prudente et intéressée par des points de vue différents, elle consulte donc, beaucoup. Trop, selon certains. « C’est vrai qu’il faut concerter mais elle me donne l’impression d’être timorée par rapport aux structures de l’enseignement, dont elle a du mal à s’émanciper », estime Joëlle Maison, députée francophone DéFI et membre de la commission enseignement. « Elle écoute vraiment l’autre, la défend Julie Degroote, ex-présidente CDH du parlement bruxellois. Les différents acteurs se sentent écoutés. Elle est loyale, avec des loyautés multiples qui se confirment: comme socialiste, comme femme… » Certains jugent de fait très pertinente cette manière de travailler. « Sa volonté de consensus ne va pas la desservir, enchaîne son amie et ancienne collègue Julie Lumen. Penser le contraire dénote une certaine conception du monde politique, censé être dur. C’est une caractéristique plus féminine, la recherche de consensus. Caroline ouvre peut-être la voie à une forme de politique nouvelle. »

Le Segec (Secrétariat général de l’enseignement catholique) apprécie en tout cas la méthode, qui passe par des consultations régulières avec les syndicats ou les associations de parents, une pratique développée auparavant par Marie-Martine Schyns, ex-ministre de tutelle CDH. « Je n’entends personne critiquer sa méthode, abonde Etienne Michel, directeur général du Segec. Elle n’est pas sectaire par rapport à une clientèle électorale particulière. Elle considère l’enseignement comme un bien commun. »

Caroline Désir n’a d’ailleurs pas détricoté le Pacte d’excellence, porté jusque-là par le CDH. « Elle a toujours reconnu le travail réalisé précédemment, confirme Marie-Martine Schyns, à qui elle a succédé. Entre elle et nous, les députés, on observe un grand respect mutuel et une recherche constante de solutions. » Professionnelle, en fait. « Ni cynique ni intrigante, elle est très au-dessus de la moyenne en politique d’un point de vue moral et éthique, déclare un Charles Picqué conquis. Elle ne ferait rien contre ses principes. »

La crise de la Covid, survenue rapidement après son installation, ne lui a pas encore permis de mettre en place les réformes qu’elle souhaite pour l’enseignement. Faute de temps, des mesures du Pacte ont été reportées. Ce qui contrarie Caroline Désir. « Elle a tout de même pris beaucoup de décisions depuis qu’elle est là », rectifie Etienne Michel. « Et sa communication est parfaite », ajoute Bernard Devos, délégué général aux Droits de l’enfant. Sur les bancs de l’opposition, on trépigne. « Elle a toutes les qualités pour être une bonne ministre mais on n’a pas encore pu mesurer toute sa créativité ni son audace, regrette Joëlle Maison. Elle devrait s’occuper du pédagogique et pas seulement du sanitaire. Les dossiers qui fâchent (réforme du qualifiant et des rythmes scolaires, fusion des réseaux) sont à l’arrêt. Or, je ne vois pas un ministre PS s’y attaquer en fin de législature. »

Comme à 15 ans

Ses amis n’en doutent pas, eux. Ils sont nombreux et ils lui sont essentiels. « En politique, il y a un vrai risque d’être hors-sol, entourée de courtisans, détaille Caroline Désir. Mais la politique, mes meilleures amies s’en fichent un peu, ce qui me fait un bien fou. J’essaie de continuer à mener une vie normale, avec des gens normaux. » Le jeudi soir, elle retrouve donc sa petite bande autour d’un bon repas – quand les restaurants sont ouverts. Et elles rient. « Elle est capable de nous raconter des événements de sa vie privée, que je ne vous rapporterai pas ici, avec beaucoup d’autodérision », signale l’une d’elles. Toutes assurent qu’elle n’a pas beaucoup changé. « Mes parents la reconnaissent comme elle était à 15 ans, pointe Nathalie Schaar. Lorsqu’on se retrouve, elle ne parle pas plus qu’une autre, elle est comme tout le monde. Elle est capable de me lancer: « Je viens dire bonjour à ta mère avec toi. » « Elle ne se corrompt pas avec le temps. Au début, j’avais peur pour elle mais chaque année qui passe me rassure. »

En politique, il y a un vrai risque d’être hors-sol, entourée de courtisans.

Ceux qui la côtoient en politique, même venus d’autres partis, la décrivent à la fois joyeuse et empathique. « Elle est plutôt du côté de la lumière », souligne Julie Lumen. Gauthier Calomne a gardé en mémoire un karaoké avec elle qui s’est éternisé jusqu’à 4 heures du matin. Viviane Teitelbaum évoque « des moments de complicité et d’empathie, au-delà des dossiers politiques et du travail ». Julie Degroote, quant à elle, « la sympathie et l’adhésion qu’elle suscite, ce qui est rare en politique. Elle a un côté joyeux et camarade et peut partager sans transitions quelque chose de personnel. Alors, d’un coup, elle parait extrêmement jeune. » « J’ai beaucoup apprécié de travailler avec elle et je n’étais pas très heureuse quand j’ai appris son départ de la commune », avoue Audrey Lhoest, échevine Ecolo à Ixelles.

Prestation de serment au parlement bruxellois, en 2014.
Prestation de serment au parlement bruxellois, en 2014.© DR

Et après? On verra. Expérimentée, bilingue, écolocompatible et désormais très médiatisée, Caroline Désir sera un atout majeur du PS à Bruxelles lors des prochaines élections. Elle n’y pense pas, concentrée sur les souffrances de l’école et les remèdes à lui administrer. Sur sa famille. Sur les livres, qu’elle dévore ; la couture et la course à pied auxquelles elle s’adonne ; les vins nature – son mari cultive des vignes dans la banlieue de Bruxelles – qu’elle déguste. Son équilibre, en fait. « C’est quelqu’un qui croque la vie, pas la jeune fille calme qu’on pourrait croire », confie un de ses amis. Un jour, peut-être arrêtera-t-elle la politique, si elle ne s’y sent plus utile. « Je ne suis pas prête à tout pour elle. De ma vie, je retiendrai d’abord l’importance de ma famille: mon mari et mes deux enfants sont prioritaires. Souvent, je m’interroge sur le sens de tout cela: est-ce que ça en vaut la peine? » Devant elle, les pages du cahier Atoma sont restées blanches.

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