La crise de la Covid a mis en évidence le rôle crucial que joue la recherche pour la croissance économique. On observe, en effet, que la plupart des pays ayant accès au vaccin limitent les périodes de confinement et bénéficient ainsi d'une reprise économique plus soutenue comme c'est le cas en ce moment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Il n'est dès lors pas étonnant de constater que tous les grands pays (sauf peut-être la France) ont réussi à développer en un temps record des vaccins contre la Covid. Cette découverte leur a aussi permis d'asseoir leur domination diplomatique. A cet égard, l'Europe, hors Royaume-Uni, fait figure de parent pauvre puisqu'elle n'a pas obtenu son vaccin et doit négocier avec plus ou moins de réussite l'approvisionnemen...

La crise de la Covid a mis en évidence le rôle crucial que joue la recherche pour la croissance économique. On observe, en effet, que la plupart des pays ayant accès au vaccin limitent les périodes de confinement et bénéficient ainsi d'une reprise économique plus soutenue comme c'est le cas en ce moment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Il n'est dès lors pas étonnant de constater que tous les grands pays (sauf peut-être la France) ont réussi à développer en un temps record des vaccins contre la Covid. Cette découverte leur a aussi permis d'asseoir leur domination diplomatique. A cet égard, l'Europe, hors Royaume-Uni, fait figure de parent pauvre puisqu'elle n'a pas obtenu son vaccin et doit négocier avec plus ou moins de réussite l'approvisionnement des doses pour ses habitants. Le développement des vaccins contre la Covid n'est qu'un exemple particulier des liens qui peuvent exister entre recherche et croissance économique. On pourrait aussi considérer l'innovation dans d'autres domaines (énergie, transport) et même en économie, la recherche progresse grâce notamment à l'intelligence artificielle et aux big data qui permettent d'évaluer en temps réel l'impact des décisions politiques ou de prévoir plus précisément l'apparition de crises financières. Cependant, la période récente nous apporte un nouvel éclairage sur la recherche. L'innovation est généralement un processus de long terme, qui repose à l'origine sur un socle de recherche fondamentale. L'analyse de l'ARN messager, par exemple, remonte à plus de vingt ans et n'était pas destinée à la virologie mais à la réduction des réactions inflammatoires. Le vaccin a donc été mis en place très rapidement grâce à ces années de recherche préalables. Cette découverte s'est diffusée sous forme de "grappes", comme décrit par le célèbre économiste Schumpeter. L'expérience de ce vaccin nous révèle aussi le rôle clé joué par le secteur privé. En effet, son implication est absolument nécessaire au vu des investissements requis pour développer et rendre une découverte opérationnelle. Ainsi, Pfizer alloue chaque année près de 20% de son chiffre d'affaires à la recherche et au développement. Les grandes entreprises peuvent également se permettre d'acheter à prix fort les quelques start-up, les plus innovantes, qui ont survécu aux premières années de recherche au cours desquelles les échecs sont légion. Il apparaît aussi que les institutions de recherche publiques ont du mal à trouver leur place, comme en témoigne l'échec de l'institut Pasteur dans la course au vaccin contre la Covid. Est-ce à cause d'un manque de moyens, de lourdeurs administratives, d'un problème organisationnel ou autre? L'avenir nous le dira mais la coopération, à travers des partenariats comme celui entre AstraZeneca et l'université d'Oxford, et la formation des chercheurs hautement qualifiés semblent plus efficaces. L'intervention rapide et massive des administrations américaines et britanniques ont aussi joué un rôle positif de catalyseur dans le développement du vaccin. A l'heure où l'épidémie semble reculer, l'écueil principal serait d'oublier les messages précédents et de réduire les budgets publics et privés alloués à la recherche, comme ce fut le cas au cours des crises précédentes. Par contre, une réflexion et une optimisation des structures de recherche au niveau européen semblent nécessaires. De même, il serait judicieux d'orienter une partie de l'épargne accumulée pendant la crise vers la recherche appliquée mais aussi fondamentale (en proposant, par exemple, des avantages fiscaux aux entreprises et aux ménages). Il en va de notre croissance future et de la résilience de l'économie face à la crise.