Alors que, depuis la crise bancaire et financière de 2008, les prix étaient relativement stables, depuis quelques semaines, le spectre d'une résurgence de l'inflation réapparaît. Pour confirmer cette inquiétude, les statistiques américaines ont signalé qu'en février, l'indice des prix à la production avait crû de 2,8% sur les douze derniers mois. L'Europe semble encore à l'abri de ces tensions, comme le suggèrent les dernières statistiques.
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Alors que, depuis la crise bancaire et financière de 2008, les prix étaient relativement stables, depuis quelques semaines, le spectre d'une résurgence de l'inflation réapparaît. Pour confirmer cette inquiétude, les statistiques américaines ont signalé qu'en février, l'indice des prix à la production avait crû de 2,8% sur les douze derniers mois. L'Europe semble encore à l'abri de ces tensions, comme le suggèrent les dernières statistiques. L'inflation correspond à la variation des prix au cours d'une période donnée. Elle peut prendre différentes formes et concerner les prix à la consommation ou à la production. L'inflation augmente avec les chocs de demande (politique monétaire et budgétaire) et baisse avec ceux d'offre (variation de la production et du prix des matières premières). Avec la crise de la Covid, les gouvernements ont mis en place des plans de relance d'une ampleur jamais vue. En particulier, celui proposé par le nouveau président américain correspond à une injection de liquidités de 1 900 milliards de dollars. En comparaison, l'administration Obama avait (seulement) injecté 400 milliards de dollars pendant la crise de 2008. L'amplitude du choc budgétaire, principalement du côté de la demande, est estimée en 2021 autour de 10% du PIB (produit intérieur brut), sans compter le soutien monétaire de la Réserve fédérale américaine. Un tel choc de demande ne pourra pas être totalement absorbé par l'offre et devrait entraîner une augmentation de l'inflation. Certains économistes ont déjà tiré la sonnette d'alarme. L'Europe et la Belgique sont pour l'instant à l'abri car les plans de relance sont de moindre amplitude et, au vu des couacs de la campagne vaccinale, la croissance anticipée en 2021 ne pourra être que nettement plus faible que celle aux Etats-Unis. Cependant, l'inflation pourrait nous être transmise par deux canaux: tout d'abord par les prix des matières premières qui augmentent, poussés par les demandes américaine et chinoise. Ensuite, l'Europe pourrait être affectée par la réaction de la Réserve fédérale américaine qui, face aux pressions inflationnistes, sera immanquablement amenée à relever ses taux d'intérêt. Cette réaction monétaire entraînera, outre une baisse sur les marchés financiers mondiaux, une dépréciation de l'euro et donc une inflation due aux biens importés. Si la BCE (Banque centrale européenne) réagit pour limiter l'augmentation des prix en augmentant aussi ces taux directeurs, alors la relance de l'activité européenne s'en trouvera réduite. Doit-on redouter ce retour possible de l'inflation? Cela correspondrait clairement à une perte de pouvoir d'achat pour les consommateurs mais aussi à une baisse équivalente de la dette publique. De plus, le retour de l'inflation risque d'être persistant dans des économies peu flexibles comme la Belgique, où le cercle vicieux prix-salaire-prix est très présent. Finalement, l'incertitude liée à l'inflation risque aussi de décourager les investisseurs étrangers. Le retour d'une inflation soutenue et incontrôlée n'est donc pas souhaitable. La BCE s'accorde pour fixer son objectif d'inflation autour de 2%. Pour satisfaire cet objectif et éviter une transmission de l'inflation américaine, il est nécessaire que les plans de relance ne portent pas exclusivement sur la demande mais stimulent au moins autant sur l'offre, afin que l'économie belge puisse absorber une partie de la demande américaine mais aussi faire face, le cas échéant, à une hausse des taux d'intérêt.