A partir de 2015, l'auteur et dramaturge Ismaël Saidi a sillonné les quatre coins de la France pour y jouer, après son succès en Belgique, la pièce Djihad dans le cadre du plan national de prévention de la radicalisation. Des échanges qu'il a eus avec les spectateurs a l'issue des représentations, il tire Comme un musulman en Fran...

A partir de 2015, l'auteur et dramaturge Ismaël Saidi a sillonné les quatre coins de la France pour y jouer, après son succès en Belgique, la pièce Djihad dans le cadre du plan national de prévention de la radicalisation. Des échanges qu'il a eus avec les spectateurs a l'issue des représentations, il tire Comme un musulman en France (1), un témoignage de terrain qui se veut plus optimiste pour le vivre- ensemble en France que l'image donnée par les débats sur une législation contre les séparatismes. L'auteur n'élude pourtant pas les problèmes des "quartiers": le "marasme" du communautarisme, l'injonction à choisir un camp entre "nous" et "les autres", les postures victimaires, l'enfermement que consacre l'expansion du halal, la difficulté à vivre son homosexualité et à la faire accepter. Son récit présente aussi l'intérêt de rapporter les réactions de publics variés: des détenus pour terrorisme d'une prison de Valence que sa pièce divise, des victimes des attentats de novembre 2015 à Paris qui soulèvent courageusement la question du pardon, ou des jeunes de la campagne près d'Epinal qui, en regard de l'abandon qu'ils ressentent, en viennent à jalouser l'attention supposée portée par l'Etat aux banlieues... En présentant quelques exemples de bienfaits que la vision de la pièce et ces échanges ont suscités (la jeune fille qui a osé parler de son homosexualité à ses parents, le garçon qui s'affranchit des clichés sur l'inaccessibilité du marché de l'emploi), Ismaël Saidi, qui se dit dealer de mots, entend démontrer qu'avec le dialogue, tout, ou presque, est possible.