Tous les regards étaient tournés vers les représentations juives après la polémique de l'an dernier. À ce titre, les carnavaliers n'ont pas été refroidis par la décision de l'Unesco, qui a retiré l'événement de la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. Un groupe a même présenté les juifs sous forme d'insectes, ce qui a été dénoncé par des organisations se sentant assimilées à de la vermine. L'appel à l'interdiction du carnaval par le ministre israélien des Affaires étrangères a été mal vécu par les Alostois, ce qui semble avoir décuplé leur désir de provocation. "J'ai essayé d'éviter l'escalade ces derniers jours. Il y avait de l'animosité, mais les parodies ne peuvent pas être taxées d'antisémites", estime le bourgmestre. Le cortège sera à nouveau de sortie lundi. L'événement se prolongera jusqu'à mercredi.

Le Comité juif américain demande à l'UE d'ouvrir une enquête contre la Belgique

Pour l'AJC, dirigeants belges et européens doivent condamner ces représentations et examiner la possibilité d'ouvrir une enquête à l'encontre de la Belgique en vertu de l'article 7 du traité sur l'Union européenne, qui peut constater une violation grave par un État membre des valeurs défendues par l'UE. La coupole américaine dénonce notamment la représentation de juifs en insectes, "qui renvoie à la déshumanisation des juifs au temps du nazisme". "Tous les yeux sont en ce moment tournés, avec honte, vers la Belgique.

Alors que les autorités flamandes et fédérales ont refusé d'empêcher cette démonstration publique et grotesque de haine antisémite et, dans certains cas, la soutiennent même ouvertement, l'Union européenne devrait ouvrir une enquête", soutient dans un communiqué Daniel Schwammenthal, président du Transatlantic Institute, le bureau européen de l'AJC. "La Commission européenne doit lancer la procédure prévue par l'article 7 (qui peut mener à la suspension de certains des droits des États membres, y compris celui de vote au sein du Conseil européen, NDLR), puisque les autorités n'ont rien fait pour interdire les déguisements antisémites, ce qui contrevient de manière évidente aux valeurs européennes fondées sur les leçons tirées de l'Holocauste et de la Seconde guerre mondiale", poursuit le président.

Ce dernier estime d'ailleurs que la Belgique, qui héberge nombre d'institutions européennes, doit d'autant plus veiller au respect de la dignité humaine et des droits humains. "Il est incompréhensible que, 75 ans après la libération d'Auschwitz, ces horribles images antisémites soient autorisées au coeur de l'Europe."

Le musée américain de l'Holocauste a également rappelé dans un tweet dimanche, à propos du carnaval d'Alost, que "24.000 juifs belges ont été assassinés pendant la Shoah. Aujourd'hui, l'antisémitisme mortel ressurgit partout en Europe. Des évènements qui, comme le carnaval d'Alost, encouragent l'antisémitisme et attisent la haine et potentiellement la violence doivent être dénoncés par toutes les couches de la société."

Choc et douleur pour les organisations juives de Belgique

"Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. "C'est une redite de l'année passée, en pire." L'évènement a perdu l'an dernier sa reconnaissance au patrimoine immatériel de l'Unesco pour antisémitisme, en raison notamment de personnages au nez crochu et entourés de sacs d'or.

Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables

Les carnavaliers alostois en appellent pour leur part à l'humour, dirigé tant envers les juifs que les prêtres ou les musulmans. Pour le président du CCOJB cependant, il ne s'agit pas d'une question de liberté d'expression mais d'une question morale. "Nous sommes pour la liberté d'expression et le droit au blasphème", souligne-t-il. Mais "quel monde voulons-nous montrer à nos enfants? Des images de juifs en insectes à exterminer comme de la vermine, ou une société pluraliste? Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables."

M. Benizri, qui appelle au "dialogue et à l'ouverture du débat à tous les démocrates" pour "éviter un front opposant Alost aux juifs censeurs", espère dès lors que la classe politique réagira. "C'est comme le harcèlement scolaire. Il faut conscientiser le harceleur et, si celui-ci ne comprend pas, il est alors nécessaire d'éduquer toute la classe", conclut-il.

Du côté du Forum des organisations juives, la réaction est douloureuse: "On pouvait alors penser que l'objectif n'était pas de dénigrer, mais cela a été encore un cran plus loin cette fois", estime le porte-parole de la coupole, Hans Knoop.

Après analyse des images, le Forum est consterné. "Il est choquant qu'une fête dégénère à ce point dans un pays comme le nôtre, au coeur de l'Europe. Alost se présente à la face du monde comme un nid de l'antisémitisme. Je ne dis pas que c'est le cas, mais quiconque visionne ces images depuis l'étranger ne peut tirer d'autre conclusion", déplore M. Knoop.

Pour le Forum, l'analogie avec les représentations des années trente est inévitable. "Les juifs sont comparés à des insectes, après les rats et les souris de l'an dernier", se désole le porte-parole. La coupole d'associations se réjouit cependant des nombreuses réactions de rejet qui sont arrivées de l'étranger. Elle espère que la société se mobilisera pour parvenir à une solution. "Ce sont les juifs qui souffrent de l'antisémitisme, mais cela ne les concerne pas uniquement. Toute la société en pâtit."

Les réactions des politiques belges

La Belgique est une démocratie "fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d'expression", rappelle Mme Wilmès. "Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer."

Cependant, "cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l'antisémitisme et des autres discriminations", nuance la Première ministre. "Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi."

"L'utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble. A fortiori, quand il s'agit d'actions conscientes et répétées", conclut Mme Wilmès.

Dans un communiqué arrivé un peu plus tard, le président du parti de la Première ministre y va de sa propre réaction. Le MR "a toujours été Charlie", postule d'abord le texte envoyé par Georges-Louis Bouchez. Bien que "l'immense majorité des chars" du cortège de dimanche "était tout à fait dans l'esprit d'un carnaval, l'un d'entre eux n'avait pas pour vocation l'humour mais cristallisait l'ensemble des références antisémites: des juifs assimilés à des fourmis ou à des SS, dictant leur loi aux organisations internationales comme l'Unesco grâce à leur puissance financière, le tout ponctué de nez crochus", déplore le parti libéral, qui estime que "raviver" ainsi "les stéréotypes antisémites et discriminants" ayant mené à un génocide n'est pas "drôle".

DéFI parle de son côté d"un certain nombre de chars aux relents proprement antisémites". "Un certain nombre d'images en provenance d'Alost ressemblent à s'y méprendre aux images des carnavals qui se sont déroulés dans l'Allemagne nazie à partir de 1933", abonde le parti amarante, qui dénonce ce qui ressemble désormais à "un véritable acharnement" de la part du carnaval, vu la polémique déjà suscitée l'an dernier. Selon DéFI, il y a bien eu propagation via le carnaval "de l'incitation à la haine", ce qui devrait être sanctionné.

Plus tôt dans la journée, dans l'émission De Zevende Dag (VRT), l'ambassadeur israélien en Belgique Emmanuel Nahshon avait appelé à une réaction du gouvernement fédéral, taxant le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese d'"hypocrite".

Jan Jambon (N-VA), qui avait déjà par le passé jugé que les caricatures juives de l'an passé n'auraient pas dû être utilisées dans le contexte du carnaval d'Alost, a répété dimanche au micro de VTM qu'il n'est pas pour la censure. Il a fait un appel à "également rire d'autres après cette année".

Philippe Close, bourgmestre socialiste de Bruxelles, a quant à lui fustigé via Twitter une "obstination dans l'erreur" de le part de certains carnavaliers, qui "tourne au ridicule et à l'injure". "Cela donne une image calamiteuse de la Belgique et de la Flandre. L'humour de certains reste incompréhensible", ajoute-t-il, jugeant qu'il est "temps" qu'Unia fasse son boulot. Un même appel au centre interfédéral pour l'égalité des chances est d'ailleurs émis par DéFI.

A l'automne dernier, cette institution publique indépendante chargée de lutter contre la discrimination avait publié un rapport analysant la problématique du carnaval et des limites légales à la liberté d'expression. Elle rappelait dans ses conclusions que selon la jurisprudence, "il est autorisé d'utiliser sa liberté d'expression pour choquer, inquiéter ou offenser", et avait plaidé pour un dialogue ouvert entre les carnavaliers et les communautés se sentant offensées. L'instance proposait aussi comme une des pistes de solution de mettre sur pied au niveau local "un travail de sensibilisation pour rendre le carnaval plus inclusif".

Tous les regards étaient tournés vers les représentations juives après la polémique de l'an dernier. À ce titre, les carnavaliers n'ont pas été refroidis par la décision de l'Unesco, qui a retiré l'événement de la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. Un groupe a même présenté les juifs sous forme d'insectes, ce qui a été dénoncé par des organisations se sentant assimilées à de la vermine. L'appel à l'interdiction du carnaval par le ministre israélien des Affaires étrangères a été mal vécu par les Alostois, ce qui semble avoir décuplé leur désir de provocation. "J'ai essayé d'éviter l'escalade ces derniers jours. Il y avait de l'animosité, mais les parodies ne peuvent pas être taxées d'antisémites", estime le bourgmestre. Le cortège sera à nouveau de sortie lundi. L'événement se prolongera jusqu'à mercredi.Le Comité juif américain demande à l'UE d'ouvrir une enquête contre la BelgiquePour l'AJC, dirigeants belges et européens doivent condamner ces représentations et examiner la possibilité d'ouvrir une enquête à l'encontre de la Belgique en vertu de l'article 7 du traité sur l'Union européenne, qui peut constater une violation grave par un État membre des valeurs défendues par l'UE. La coupole américaine dénonce notamment la représentation de juifs en insectes, "qui renvoie à la déshumanisation des juifs au temps du nazisme". "Tous les yeux sont en ce moment tournés, avec honte, vers la Belgique. Alors que les autorités flamandes et fédérales ont refusé d'empêcher cette démonstration publique et grotesque de haine antisémite et, dans certains cas, la soutiennent même ouvertement, l'Union européenne devrait ouvrir une enquête", soutient dans un communiqué Daniel Schwammenthal, président du Transatlantic Institute, le bureau européen de l'AJC. "La Commission européenne doit lancer la procédure prévue par l'article 7 (qui peut mener à la suspension de certains des droits des États membres, y compris celui de vote au sein du Conseil européen, NDLR), puisque les autorités n'ont rien fait pour interdire les déguisements antisémites, ce qui contrevient de manière évidente aux valeurs européennes fondées sur les leçons tirées de l'Holocauste et de la Seconde guerre mondiale", poursuit le président. Ce dernier estime d'ailleurs que la Belgique, qui héberge nombre d'institutions européennes, doit d'autant plus veiller au respect de la dignité humaine et des droits humains. "Il est incompréhensible que, 75 ans après la libération d'Auschwitz, ces horribles images antisémites soient autorisées au coeur de l'Europe." Le musée américain de l'Holocauste a également rappelé dans un tweet dimanche, à propos du carnaval d'Alost, que "24.000 juifs belges ont été assassinés pendant la Shoah. Aujourd'hui, l'antisémitisme mortel ressurgit partout en Europe. Des évènements qui, comme le carnaval d'Alost, encouragent l'antisémitisme et attisent la haine et potentiellement la violence doivent être dénoncés par toutes les couches de la société."Choc et douleur pour les organisations juives de Belgique"Je suis vraiment choqué par ces images de juifs caricaturés en insectes ou à côté de sacs de diamants", a réagi Yohan Benizri. "C'est une redite de l'année passée, en pire." L'évènement a perdu l'an dernier sa reconnaissance au patrimoine immatériel de l'Unesco pour antisémitisme, en raison notamment de personnages au nez crochu et entourés de sacs d'or.Les carnavaliers alostois en appellent pour leur part à l'humour, dirigé tant envers les juifs que les prêtres ou les musulmans. Pour le président du CCOJB cependant, il ne s'agit pas d'une question de liberté d'expression mais d'une question morale. "Nous sommes pour la liberté d'expression et le droit au blasphème", souligne-t-il. Mais "quel monde voulons-nous montrer à nos enfants? Des images de juifs en insectes à exterminer comme de la vermine, ou une société pluraliste? Certaines choses sont moralement répréhensibles, même si elles ne sont pas pénalement condamnables." M. Benizri, qui appelle au "dialogue et à l'ouverture du débat à tous les démocrates" pour "éviter un front opposant Alost aux juifs censeurs", espère dès lors que la classe politique réagira. "C'est comme le harcèlement scolaire. Il faut conscientiser le harceleur et, si celui-ci ne comprend pas, il est alors nécessaire d'éduquer toute la classe", conclut-il.Du côté du Forum des organisations juives, la réaction est douloureuse: "On pouvait alors penser que l'objectif n'était pas de dénigrer, mais cela a été encore un cran plus loin cette fois", estime le porte-parole de la coupole, Hans Knoop.Après analyse des images, le Forum est consterné. "Il est choquant qu'une fête dégénère à ce point dans un pays comme le nôtre, au coeur de l'Europe. Alost se présente à la face du monde comme un nid de l'antisémitisme. Je ne dis pas que c'est le cas, mais quiconque visionne ces images depuis l'étranger ne peut tirer d'autre conclusion", déplore M. Knoop. Pour le Forum, l'analogie avec les représentations des années trente est inévitable. "Les juifs sont comparés à des insectes, après les rats et les souris de l'an dernier", se désole le porte-parole. La coupole d'associations se réjouit cependant des nombreuses réactions de rejet qui sont arrivées de l'étranger. Elle espère que la société se mobilisera pour parvenir à une solution. "Ce sont les juifs qui souffrent de l'antisémitisme, mais cela ne les concerne pas uniquement. Toute la société en pâtit." Les réactions des politiques belgesLa Belgique est une démocratie "fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d'expression", rappelle Mme Wilmès. "Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer." Cependant, "cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l'antisémitisme et des autres discriminations", nuance la Première ministre. "Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi." "L'utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble. A fortiori, quand il s'agit d'actions conscientes et répétées", conclut Mme Wilmès. Dans un communiqué arrivé un peu plus tard, le président du parti de la Première ministre y va de sa propre réaction. Le MR "a toujours été Charlie", postule d'abord le texte envoyé par Georges-Louis Bouchez. Bien que "l'immense majorité des chars" du cortège de dimanche "était tout à fait dans l'esprit d'un carnaval, l'un d'entre eux n'avait pas pour vocation l'humour mais cristallisait l'ensemble des références antisémites: des juifs assimilés à des fourmis ou à des SS, dictant leur loi aux organisations internationales comme l'Unesco grâce à leur puissance financière, le tout ponctué de nez crochus", déplore le parti libéral, qui estime que "raviver" ainsi "les stéréotypes antisémites et discriminants" ayant mené à un génocide n'est pas "drôle". DéFI parle de son côté d"un certain nombre de chars aux relents proprement antisémites". "Un certain nombre d'images en provenance d'Alost ressemblent à s'y méprendre aux images des carnavals qui se sont déroulés dans l'Allemagne nazie à partir de 1933", abonde le parti amarante, qui dénonce ce qui ressemble désormais à "un véritable acharnement" de la part du carnaval, vu la polémique déjà suscitée l'an dernier. Selon DéFI, il y a bien eu propagation via le carnaval "de l'incitation à la haine", ce qui devrait être sanctionné. Plus tôt dans la journée, dans l'émission De Zevende Dag (VRT), l'ambassadeur israélien en Belgique Emmanuel Nahshon avait appelé à une réaction du gouvernement fédéral, taxant le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese d'"hypocrite". Jan Jambon (N-VA), qui avait déjà par le passé jugé que les caricatures juives de l'an passé n'auraient pas dû être utilisées dans le contexte du carnaval d'Alost, a répété dimanche au micro de VTM qu'il n'est pas pour la censure. Il a fait un appel à "également rire d'autres après cette année". Philippe Close, bourgmestre socialiste de Bruxelles, a quant à lui fustigé via Twitter une "obstination dans l'erreur" de le part de certains carnavaliers, qui "tourne au ridicule et à l'injure". "Cela donne une image calamiteuse de la Belgique et de la Flandre. L'humour de certains reste incompréhensible", ajoute-t-il, jugeant qu'il est "temps" qu'Unia fasse son boulot. Un même appel au centre interfédéral pour l'égalité des chances est d'ailleurs émis par DéFI. A l'automne dernier, cette institution publique indépendante chargée de lutter contre la discrimination avait publié un rapport analysant la problématique du carnaval et des limites légales à la liberté d'expression. Elle rappelait dans ses conclusions que selon la jurisprudence, "il est autorisé d'utiliser sa liberté d'expression pour choquer, inquiéter ou offenser", et avait plaidé pour un dialogue ouvert entre les carnavaliers et les communautés se sentant offensées. L'instance proposait aussi comme une des pistes de solution de mettre sur pied au niveau local "un travail de sensibilisation pour rendre le carnaval plus inclusif".