Le groupe bancaire KBC supprime 1 400 emplois. Ce sont même 1 800 jobs qui vont passer à la trappe si l'on prend également en compte les intérimaires et les consultants externes. Le CEO de KBC, Johan Thijs, affirme qu'il ne s'agit pas d'une "opération d'économies", mais d'un "remaniement" pour "rester agile" alors que de plus de plus de "nouveaux venus défient les entreprises établies".

Des bénéfices exorbitants

Tout dépend du point de vue dont on observe la situation. Si l'on examine les chiffres des bénéfices de la KBC à la loupe, on constate que cette "agilité" n'est vraiment pas trop mauvaise... L'an dernier, KBC a enregistré 2,5 milliards d'euros de bénéfice. Net. La rentabilité sur fonds propres est de 17 %, soit une des plus fortes de toutes les banques européennes. KBC n'est pas vraiment le cancre de la classe.

Le jargon du discours de Thijs ne peut cacher que dans l'"exercice d'optimalisation" de la KBC, c'est tout simplement 10 % du personnel qui va passer à la trappe. Le but est clair : maintenir le haut niveau du flux des dividendes versés aux richissimes actionnaires. Bien sûr qu'il s'agit bel et bien d'une opération d'économies ! Pourquoi sinon la KBC voudrait-elle pousser vers la sortie les travailleurs de plus de 55 ans, c'est-à-dire les plus chers ? Et pourquoi 300 membres du personnel seraient-ils échangés contre des collègues bien moins chers des "shared service centers" internes de la KBC en République tchèque et en Bulgarie ?

Augmenter les dividendes ou réduire le temps de travail ?

"Nous allons procéder "à la manière KBC", sans licenciement secs", promet le CEO. Toutefois, ce sont bien 1 400 emplois qui vont définitivement disparaître. En dix ans, la KBC a supprimé 12 000 emplois. Personne ne nie le fait que le secteur bancaire doit s'adapter à la très rapide progression des banques en ligne. Le temps des cartes perforées remonte désormais à la préhistoire. Mais pourquoi la robotisation et la digitalisation devraient-elles automatiquement mener à des pertes d'emplois ?

Les chiffres élevés du bénéfice de la KBC offrent la possibilité d'une politique innovante en matière de personnel. Une plus haute productivité signifie en effet que le même volume de travail est réalisé en moins de temps. Au lieu de supprimer des emplois, KBC pourrait donc réduire la durée du temps de travail, avec maintien du salaire.

Alors que la digitalisation et la robotisation actuelles entraînent des pertes d'emplois et des burn-out, la réduction de la semaine de travail pourrait améliorer la vie en réduisant le stress et en permettant une meilleure combinaison de la vie professionnelle et familiale. L'innovation sociale donc, au lieu de restructurations à courte vue.

Toutefois, ce débat-là est tabou dans les salons de l'élite. Tant que les puissants groupes de capitaux dicteront la loi, nous resterons coincés dans le passé. Ce n'est pas la collectivité qui prime, mais le retour sur investissement. Derrière la KBC, il y a de puissants groupes de capitaux et des familles de millionnaires comme les Vlerick, Bosteels et Bostoen. Et ceux-ci en veulent toujours plus. En 2018, le groupe KBC a distribué plus d'1,5 milliard d'euros de dividendes. N'allez pas dire qu'il n'y a pas d'argent pour sauver 1 400 emplois ! Mais voilà, pour les actionnaires de KBC, il n'y a jamais assez de profit.

Les rapaces

Lorsque la crise bancaire a frappé en 2008, les banques belges ont reçu une bouée de sauvetage de... 14 milliards d'euros, payée par le contribuable. La KBC a elle aussi été sauvée en une seule nuit : "too big to fail", trop grande pour qu'on la laisse sombrer. Mais celui qui pensait que la collectivité s'en porterait mieux en est, comme le contribuable, pour ses frais. Dans le secteur bancaire, c'est business as usual.

La culture de la rapacité dans le secteur bancaire est plus présente que jamais. En cinq ans, la KBC a amassé 12 milliards d'euros de bénéfice net. Le CEO de la KBC Johan Thijs gagne... 1,8 million d'euros, salaire qui fait de lui l'un des CEO les mieux payés de Belgique. Les banquiers du comité de direction empochent un salaire de plus d'un million d'euros, plus une petite tirelire-pension qui va de 267 000 à 488 000 euros par an. Le personnel et la clientèle, eux, paient la facture. Plus tôt cette année, la KBC a déjà fermé 51 agences et augmenté les frais du compte en banque Plus de 2 euros à 2,5 euros par mois.

Entendre, voir et se taire

Pendant ce temps, les organisations patronales et les partis de droite font pression en disant qu'il faut augmenter le taux d'emploi si nous voulons maintenir notre sécurité sociale. L'actualité montre le cynisme de ces propositions car, si elles sont toujours accompagnées de plans "d'activation" des malades de longue durée ou des personnes sans emploi, elles n'évoquent jamais la responsabilité des multinationales qui suppriment massivement des emplois pour augmenter les dividendes.

Le débat ne concerne pas seulement la KBC, mais l'ensemble du secteur financier. Les banques qui ont été sauvées en 2008 et font aujourd'hui un maximum de profit annoncent l'une après l'autre des suppressions massives d'emplois. Nous avons besoin d'une alternative sociale qui ne supprime aucun emploi, mais aussi d'un véritable débat de société. Dans ce cadre, le PTB souhaite proposer la possibilité de réduire le temps de travail. La semaine de 30 heures est en effet parfaitement faisable et payable.