On ne change pas des éléments de langage qui gagnent. Willy Demeyer, campagne électorale 2012 : " Notre bilan est tellement visible qu'il est difficilement contestable " ( La Libre). Willy Demeyer, campagne 2018 : " Mon bilan est visible par tous les Liégeois " ( La Meuse). En 2012, le bourgmestre de Liège surfait sur la gare Calatrava, l'Opéra royal, la Médiacité. En 2018, il pourra convoquer le musée de La Boverie, les quais de Meuse ou la tour des finances. Sous son règne, c'est sûr, la Cité ardente a joliment mué.
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On ne change pas des éléments de langage qui gagnent. Willy Demeyer, campagne électorale 2012 : " Notre bilan est tellement visible qu'il est difficilement contestable " ( La Libre). Willy Demeyer, campagne 2018 : " Mon bilan est visible par tous les Liégeois " ( La Meuse). En 2012, le bourgmestre de Liège surfait sur la gare Calatrava, l'Opéra royal, la Médiacité. En 2018, il pourra convoquer le musée de La Boverie, les quais de Meuse ou la tour des finances. Sous son règne, c'est sûr, la Cité ardente a joliment mué. Faut-il s'en tenir à quelques projets immobiliers ? Poser la question à l'opposition, c'est y répondre. Raoul Hedebouw, PTB, jamais avide d'une formule : " La majorité a beaucoup investi dans la brique, pas dans le coeur. " Caroline Saal, Vert ardent : " Ce fut une législature de quelques grands projets pour valoriser le centre, au détriment de la vie dans les quartiers et des besoins des habitants. " Christine Defraigne, MR, sous de faux airs de fan de Johnny : " Il faut redonner aux Liégeois l'envie d'avoir envie. Vouloir réinventer la ville est un aveu de faiblesse. Il faut la relancer, avec de nouvelles énergies. " Allusion à " Réinventons Liège ", une campagne participative menée en 2017, appelant les citoyens à proposer des idées innovantes adoucissant la vie en bords de Meuse. Septante-sept ont été retenues, une manière d'actualiser le projet de ville qui réunissait les promesses de la coalition PS-CDH au lendemain du scrutin de 2012. Ou d'en faire oublier ses invisibilités. Ainsi, toujours pas de tram, ni de nouveaux parkings-relais et souterrains censés l'accompagner. Ni d'écoquartier de Coronmeuse, ni de rénovation du palais des congrès, ni de concrétisation de Bavière, ni de transformation de Droixhe, pas plus que celle des Chiroux. Sur les douze projets métropolitains annoncés, seuls deux ont été entièrement achevés : le quartier des Guillemins (englobant la nouvelle passerelle, le réaménagement des quais, l'aménagement de la place devant la gare et un projet immobilier privé lancé sur l'esplanade) et le musée de La Boverie. Un troisième - la rénovation de la Cité administrative - est annoncé pour 2020 mais pas encore concrétisé. Mi-figue, mi-raisin aussi pour la valorisation du coeur historique (la restauration de l'église Saint-André est pressentie pour la fin d'année mais l'aménagement du site Tivoli reste un mystère temporel) et la création de parcs d'activité économique. Le Val Benoît est entamé, celui bordant le futur CHC de Glain est auguré, le Sart-Tilman s'est développé, à la différence de Bressoux, Rocourt et Angleur. Les 4 000 nouveaux emplois annoncés sont surtout fantasmés. Willy Demeyer répète volontiers que la concrétisation de grands projets dure plus longtemps qu'une législature. Mais, ces six dernières années, Liège a surtout vécu sur ses acquis, la plupart des investissements précités ayant été mis en oeuvre avant 2012. Les initiatives privées, censées succéder à l'effort public, se laissent désirer. Insuffisante embellie. Dans son projet de ville 2012-2022, la majorité avait placé la densification tout en haut de ses cinq objectifs stratégiques. Atteindre le cap des 200 000 habitants, Willy Demeyer en rêve chaque matin en se rasant. Sans doute s'est-il coupé, en apprenant début d'année que 430 personnes avaient quitté le territoire par rapport à 2017 (total au 1er janvier : 196 337), mettant fin à une lente courbe ascendante. La faute au logement, avançait-il dans La Meuse. " [Le territoire] ne propose plus une offre suffisamment diversifiée pour contenter les demandes. " L'opposition opine, chaque parti à sa manière. " Le logement public est étouffé, il y a eu ces dernières années une diminution de 1 000 à 1 200 unités ", assure Raoul Hedebouw. " Il faut répondre aux défis pour les familles, plaide Christine Defraigne. Rénover ne suffit plus, il faut créer. " Seuls 7,1 % du bâti date d'après 1982, dont 0,6 % d'après 2011 alors que la moyenne wallonne est à 2,2 %, selon l'Iweps. Les statistiques rappellent le noeud du problème démographique liégeois. Une ville trop jeune. On s'y installe pour étudier, pour démarrer dans la vie. Pas pour fonder une famille : les 35 ans et plus y sont sous-représentés, tous comme les enfants âgés de 5 et 19 ans. Parce que les maisons avec jardin ou les vastes appartements sont des denrées rares ou chères. Par lassitude du quotidien urbain. Dans le projet de ville, les citoyens plaçaient la lutte contre les incivilités comme première priorité. Vandalisme, déjections canines (voire humaines...), tags, mendicité, toxicomanie... Point, évidemment, de cadastre pour évaluer, ces six dernières années, la progression du nombre de graffitis, de flaques de pipi, d'excréments dérangeants ou d'immondices malplaisants. Reste quelques statistiques policières contrastées. Moins de vols (toutes catégories confondues) : 19 350 en moyenne par an entre 2007 et 2012, contre 17 084 entre 2013 et mi-2017. Moins de vandalisme, aussi (sur des biens mobiliers) : 387 en moyenne par an entre 2007 et 2012, contre 255 par la suite. Mais plus de faits d'ivresse et d'alcool : 986 en moyenne par an avant 2012, 1 108 ensuite. Et plus de tapages nocturnes : 66 en moyenne par an (2007-2012), contre 222 (2013-mi 2017). Ces hausses dépeignent peut-être une attention policière accrue. Comme les baisses peuvent traduire un déplacement des priorités ou, peut-être, les retombées positives d'une présence militaire liée aux attentats. Restent la toxicomanie, le sans-abrisme et la mendicité. Bien visibles, malgré les tentatives d'occultation. On équipe les bancs des abribus de barres latérales pour empêcher que quiconque s'y allonge, on ferme chaque nuit les agences bancaires pour éviter que quiconque s'y injecte de la drogue, on prie les indigents d'aller tendre la main dans des quartiers différents selon les jours de la semaine et on le leur interdit le dimanche, pour que quiconque ne s'en irrite. On écarte les problèmes, comme on avait déjà chassé les prostituées des vitrines de Cathédrale-Nord. Tant mieux pour le confort touristique. Liège donne l'impression d'être de plus en plus visitée, le pari de l'internationalisation (autre action prioritaire de la majorité) semble en passe d'être gagné. Tant pis pour les habitants, pour les usagers du quotidien et, accessoirement, pour ceux que l'on tente de disséminer. Mais quelles solutions ? En matière de toxicomanie, Willy Demeyer en défendait deux : l'ouverture d'une salle de consommation et la poursuite de Tadam, du nom de cette expérience pilote de distribution contrôlée d'héroïne menée entre 2011 et 2013. Elle a doublement échoué. A cause du fédéral, qui refuse tout soutien financier et toute adaptation légale. Aujourd'hui, le bourgmestre se démène, rencontre les ministres de la Santé (sans succès) et de la Justice (prochainement), promet qu'il ouvrira une salle de shoot, même sans leur autorisation. En période électorale, difficile d'affirmer le contraire. Football panique, comme le dénonce Caroline Saal ? " A six mois du scrutin, une série d'idées fleurissent, c'est le jeu de la politique politicienne. " " Comme cette annonce d'un nouveau parc dans le quartier du Longdoz, enchaîne Christine Defraigne. C'est bien, mais on aurait pu le faire avant ! " Niveau espaces verts et de détente (deuxième revendication des habitants), la majorité a pourtant plutôt tenu ses promesses, concernant la création ou le réaménagement de parcs (Sainte-Agathe, Chartreuse, Morinval, passerelle Vivegnis vers les Coteaux...), les développements de plaines de jeux (Closeraie, Fayembois, Sainte-Walburge, Bressoux...) et même la réduction de l'utilisation de produits phytosanitaires. Tant et si bien que certains ont fini par rouspéter parce que les cimetières, sous " gestion différenciée ", donnaient l'impression d'être mal désherbés. Difficile contentement. D'ailleurs, malgré les efforts, sept Liégeois sur dix n'ont pas accès à un espace vert de qualité, selon le récent aveu des échevins (PS) Jean-Pierre Hupkens (urbanisme) et Maggy Yerna (aménagement du territoire). Il paraît que, dans certains quartiers, réduire l'emprise de la voiture dans l'espace public permettrait d'offrir la verdure tant souhaitée. Sauf que la Cité ardente n'a jamais compté autant de véhicules (93 113 en 2017, selon l'Iweps). Et que la majorité a peu oeuvré pour que ses administrés puissent " mieux se déplacer " (action prioritaire n°2). Pas (encore ? ) de tram, pas de réorganisation du réseau de bus, pas de signalétique dynamique des parkings, un plan piéton datant de 2004 et un plan cyclable dont 67 % des aménagements ne sont pas réalisés, selon le Gracq (asbl des cyclistes au quotidien). En attendant, l'immobilité reste bien visible par tous les Liégeois, pour paraphraser un élément de langage à la mode.