Les sportifs connaissent bien. Les policiers, les militaires et les pompiers, aussi. Et Maggie De Block, maintenant. On peut passer très vite, mais alors vraiment très vite, de modèle, de favorite, de ce type quand même, de au moins, elle, elle est pas formatée je l'adore, une statue vite! , à honni, périmé, salope, amenez le goudron et les plumes! On vit, là, depuis quelques semaines, un de ces lynchages d'idoles encore toutes récentes en bonne et due forme. Celui de "les jeunes", comme on dit en bon langage contemporain, donc tribalisant.
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Les sportifs connaissent bien. Les policiers, les militaires et les pompiers, aussi. Et Maggie De Block, maintenant. On peut passer très vite, mais alors vraiment très vite, de modèle, de favorite, de ce type quand même, de au moins, elle, elle est pas formatée je l'adore, une statue vite! , à honni, périmé, salope, amenez le goudron et les plumes! On vit, là, depuis quelques semaines, un de ces lynchages d'idoles encore toutes récentes en bonne et due forme. Celui de "les jeunes", comme on dit en bon langage contemporain, donc tribalisant. "Les jeunes". Il y a un an, c'était la valeur refuge. L'étoile du berger. Ils allaient sauver la planète, ils prenaient le pouvoir, et OK boomer, et c'est à cause de vous qu'on court à la catastrophe bande de vieilles peaux, et merci hein de vous être comportés comme des crétins égoïstes, vous êtes criminels, shame on you. "Les jeunes"? Les héros de 2019! La sagesse, c'était eux. La conscience, c'était eux. La responsabilité, eux. Le courage, eux. Il n'y avait plus que d'atrabilaires quadras et + qui n'avalaient pas leur rayonnement, leurs aspirations, leurs indignations, leurs mobilisations. Et voilà qu'ils sont devenus la menace. On en connaît, des adultes, qui continuent à vouloir qu'on se voie à plein au boulot, le lien social tu comprends, au resto sinon on appelle un traiteur et on le fait chez nous, oh moi à mon âge je vais pas rester cloîtrée hein, oups j'ai oublié mon masque, je vais pas me priver de voir mes petits-enfants tu sais. Mais c'est "les jeunes" qui posent les mines. La circulation du virus mode journées porte ouvertes, c'est eux. La deuxième vague, eux. Parce que ça fait la nouba tous les soirs! Irresponsables! Egoïstes! Tu penses bien, après deux tournées générales et trois parties de beer pong, avec la musique hurlante, ça sait même plus à quoi ça ressemble un masque, ça boit dans le même verre, ça se bécote à bouche que veux-tu, distanciation ah ah ah. Et deux jours plus tard retour maison, salut, je reste la semaine, oui je suis venu en train, bon douche là ça fait depuis mercredi que j'en voudrais, j'ai mangé chez des copains ce midi ça va, dis tu pourras me ramener pour voir pourquoi on peut plus ouvrir la fenêtre du séjour?, waah lundi le concert trop bien c'était blindé on a dansé c'était pas possible autrement, le lendemain c'était l'adieu d'Alicia elle part à Marseille avec le type qu'on y a rencontré cet été il était là regarde on a fait des photomatons c'était galère pour qu'on soit tous dessus, ils sont où les mouchoirs, non une allergie t'inquiète. Bref, "les jeunes", aujourd'hui, = bombe à retardement. Mi-kamikazes, façon Creeper, ce monstre du jeu Minecraft, qui arrive en douce, silencieusement, derrière votre personnage, et boum, il vous fait sauter, et lui avec ; mi-ouin ouin, genre Calimero, parce que oui mais nous on en meurt pas, oui mais on l'a déjà eu, oui mais on est asymptomatiques, oui mais on n'a pas pu faire la fête en fin d'année scolaire dernière, oui mais on nous avait pas dit, oui mais on s'en fout, oui mais marre des mauvaises nouvelles, oui mais on va quand même pas rester enfermés. Dans un même sac, en tout cas, même les icônes passent à la trappe. Et tout à trac.