Durant sept semaines, focus sur un parti francophone en lice pour le scrutin du 26 mai. Cette semaine : DéFI.
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Adversaire intransigeant de ce gouvernement Michel qui vit l'ancien partenaire MR s'unir à l'éternel ennemi N-VA, DéFI s'est, mécaniquement, rapproché de ce PS qui l'avait choisi en 2014 pour gouverner Bruxelles, mais aussi de ces écologistes avec qui il choisit, en 2017, de ne pas s'associer au MR et au CDH pour gouverner Bruxelles. Inflexible opposant à la Chambre sur le plan des droits humains, sur la question migratoire et même sur certaines dispositions adoptées après les attentats, mais aussi, bien sûr, quant à la défense d'intérêts francophones qu'aurait gravement lésés l'entrée du lion flamand dans la bergerie fédérale, le parti d'Olivier Maingain a ainsi profité de la droitisation du MR pour renforcer sa fibre libérale sociale. Et il est appelé, dans les prochaines semaines, à encore traiter avec la gauche francophone : les pronostics l'annoncent, sauf énorme catastrophe, dans la coalition régionale bruxelloise à venir avec les rouges et les verts. Alors, DéFI se montre encore plus social que libéral. C'était assez loin d'être le cas il y a cinq ans, et c'est pourtant loin d'être rappelé. En 2014, le programme économique de DéFI était, pour ses premières élections générales en solitaire depuis sa rupture avec le MR, bien plus libéral que social, et parfois même bien plus libéral que réformateur. DéFI était en effet le seul parti démocratique francophone à réclamer la hausse à 67 ans de l'âge légal de la pension ainsi qu'une réforme substantielle du système d'indexation automatique des salaires. On sait combien la pension à 67 ans et le saut d'index appliqués par le MR et ses coalisés minèrent la confiance en la parole de Charles Michel. Alors, discrètement, DéFI a lui aussi réformé ses ambitions économiques, pour paraître plus social et moins libéral. Mais gratter un peu le social montre parfois du bon gros libéral. Ainsi, la pension à 67 ans, réclamée en 2014, devra faire l'objet d'un prudent " moratoire " en 2019. Et la fin de l'indexation des salaires à partir d'un certain seuil figure tant en 2014 qu'en 2019 au programme amarante, mais il y a longtemps que plus aucune figure du parti ne s'en est prévalue. Ainsi également, le projet de réforme fiscale présenté en début d'année par Olivier Maingain, par laquelle revenus du travail et du capital seraient taxés, à travers deux " boîtes " distinctes selon le modèle néerlandais, est apparemment compatible avec ceux d'une globalisation des revenus portés par ses partenaires écologistes et socialistes allégués. Il ne l'est qu'en apparence, dès lors que la " boîte " des revenus du capital ne serait que taxée forfaitairement et pas progressivement comme le veulent rouges et verts. Et la fin de carrière ministérielle de Didier Gosuin, figure de la gauche du parti, et son possible (probable ?) remplacement par Bernard Clerfayt, figure de la droite du parti, au gouvernement régional bruxellois, pourraient laisser voir autre chose que ce que la campagne de DéFI laisse voir : les amarantes ont gagné à se montrer sociaux contre les libéraux, ils pourraient vouloir se montrer libéraux contre les socialistes. Mais pas tout de suite.