Oui, le Belge continue à se sentir Belge. Davantage au fil du temps, même. Un constat étonnant. Mais la tendance des enquêtes d'opinion successives menées par l'UCL depuis 1979 témoigne de cet attachement patriotique, vraisemblablement renforcé par les crises institutionnelles à répétition. La dernière livraison, en 2015, était révélatrice de l'évolution de ces vingt dernières années. En Flandre, surtout. En 2014, 50 % des Flamands s'identifiaient avant tout à la Belgique, une progression de 5 % par rapport à l'enquête de 1991. D'autres données corroborent ce sursaut : 23 % des Flamands se sentent uniquement Belges, un dou...

Oui, le Belge continue à se sentir Belge. Davantage au fil du temps, même. Un constat étonnant. Mais la tendance des enquêtes d'opinion successives menées par l'UCL depuis 1979 témoigne de cet attachement patriotique, vraisemblablement renforcé par les crises institutionnelles à répétition. La dernière livraison, en 2015, était révélatrice de l'évolution de ces vingt dernières années. En Flandre, surtout. En 2014, 50 % des Flamands s'identifiaient avant tout à la Belgique, une progression de 5 % par rapport à l'enquête de 1991. D'autres données corroborent ce sursaut : 23 % des Flamands se sentent uniquement Belges, un doublement par rapport à l'étude réalisée en 2010 par la KUL après les élections fédérales, tandis que la proportion de Flamands se sentant davantage Flamands que Belges baissait dans le même temps de façon significative, de 27 à 18 %. L'enquête KUL montrait que tous les électeurs N-VA ne sont pas séparatistes ; 63 % veulent une plus grande responsabilisation des entités fédérées ; seuls 17 % rêvent d'une indépendance de la Flandre. Etonnant : 10 % des votants N-VA prônent même un retour à la Belgique unitaire. A l'issue des élections de 2014, la KUL renouvelle son enquête qui démontre que les nationalistes ont volé des électeurs au Vlaams Belang, bien sûr, mais aussi au CD&V et à l'Open VLD, dans une volatilité électorale jamais vue dans notre histoire. La même enquête montre que les opinions publiques ne sont pas si différentes en Flandre et en Wallonie. Au postulat " la Flandre doit devenir indépendante ", 21,4 % des personnes interrogées répondent par l'affirmative en Flandre - un taux en légère augmentation, donc - contre 10,6 % au sud. Un fossé, oui, mais pas de séparation annoncée. Du côté francophone, selon l'étude UCL 2015, le sentiment d'attachement à la Belgique avoisinait les 65 %, proportion ayant atteint 75 % lors de la longue crise politique de 2010-2011 ; sur 37 % des Wallons se déclarant " uniquement Belges ", 12 % se sentent davantage Wallons que Belges. Depuis la première réforme de l'Etat, en 1970, les hommes politiques ont fait de la Belgique un chantier permanent, parfois imposé à leurs électeurs. Une enquête, réalisée par les politologues Dave Sinardet (VUB), Min Reuchamps (UCL) et Jérémy Dodeigne (UCL), révélait début 2016 que les parlementaires de nombreux partis envisagent désormais une refédéralisation de certaines matières. " La sixième réforme de l'Etat, conclue en octobre 2011, semble avoir rassasié les parlementaires, à l'exception du Vlaams Belang, de la N-VA et du CD&V ", écrivent les auteurs. Un précédent exercice, en 2011, avait démontré que tous les partis, sans exception, aspiraient à une autonomie plus grande pour les entités fédérées. Désormais, la plupart des partis francophones souhaitent une évolution inverse. De toutes les formations, c'est le MR qui est en pointe à ce sujet. Le PS dépasse tout juste la moyenne. Seul DéFI est écartelé. En Flandre, Groen et le SP.A sont de loin les plus " belges ", mais l'Open VLD est passé lui aussi dans ce camp. Une volte-face réelle pour un parti qui se disait encore " confédéraliste " il y a trois ans.