Cette signature, c'est l'aboutissement d'un long combat. C'est aussi un paradoxe : car si le roi n'a aucune envie de perdre ses joyaux, la Belgique n'est pas franchement désireuse de les recueillir...
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Cette signature, c'est l'aboutissement d'un long combat. C'est aussi un paradoxe : car si le roi n'a aucune envie de perdre ses joyaux, la Belgique n'est pas franchement désireuse de les recueillir... C'était son empire. Son bébé même. Après de vaines tentatives à Taïwan, en Crète, à Chypre, au Cameroun et ailleurs, Léopold II s'était emparé du Congo en 1885. Pour assouvir ses lubies d'outre-mer, le souverain ne s'était entouré que de quelques fidèles. Il faut dire qu'à Bruxelles, l'opération suscitait plus de réactions négatives que d'enthousiasme. Définitivement, le Belge n'avait pas l'âme coloniale. Mais le sang vient bientôt à couler. Le système d'exploitation mis en place dans l'Etat indépendant du Congo est performant. Vers le tournant du siècle, on commence même à parler du " miracle du caoutchouc ". Mais le profit a un coût : régime de travail impitoyable, prises d'otages, destruction de villages... Soumis à des impératifs de rentabilité toujours plus contraignants, les responsables blancs se laissent structurellement aller à de tragiques dérives. D'abord isolées, des voix commencent à dénoncer le système. En Grande-Bretagne d'abord. Puis ailleurs. Alors que propagande et contre-propagande s'affrontent, l'image du pays est menacée. Soudainement, le Congo devient un problème politique majeur. Et la rue de la Loi s'inquiète. Jusqu'alors, les milieux politiques belges ne s'étaient jamais beaucoup intéressés au Congo. Les colons sont peu nombreux : moins de 2 000 Belges vivent dans l'immense territoire. Mais à présent, il faut agir. Et convaincre Léopold II de lâcher prise. Tour à tour, les ministres se succèdent auprès du vieil homme. Qui n'entend rien. Le roi ne souhaite pas voir lui échapper les juteux dividendes coloniaux. Par ailleurs, il considère que l'opinion publique nationale n'est pas " mûre " pour gérer le Congo. " Si l'annexion est prononcée, on gouvernera la colonie en dépit du bon sens et ce sera une honte perpétuelle ", glisse-t-il à son secrétaire. Le souverain n'a pas tout à fait raison. Mais il est manifeste que la plupart des Belges ne se sentent pas concernés par le projet colonial. " La nation n'a repris le Congo que par devoir ", reconnaîtront, avec le recul, les milieux coloniaux. Le coeur n'y était pas. Dans sa majorité, la nation ne croyait pas à la pérennité du Congo. " La persévérance des milieux politiques agace le roi. " Il serait peut-être préférable de vendre le Congo à la France ", ose-t-il soupirer, aigri. Mais Léopold II finit par plier. En 1906, la reprise du Congo par la Belgique se dessine. Plus d'une année sera encore nécessaire à l'élaboration d'une charte. Le 18 octobre 1908, le texte est signé. Il sera d'application jusqu'en 1960.