Cinq ans que la guerre est finie. Et cinq ans que la question demeure sans réponse. Léopold III reviendra-t-il sur le trône? Pas de réponse. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque. Chez lui en tout cas. Toujours bien conscient de son devoir, et très confiant en ses capacités, le souverain rêve de récupérer sa couronne. Mais ses opposants sont nombreux. Et bruyants. On les trouve dans le camp socialiste, la famille libérale, et même chez les sociaux-chrétiens. Pour sortir de la crise, une procédure inédite va être lancée.
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Cinq ans que la guerre est finie. Et cinq ans que la question demeure sans réponse. Léopold III reviendra-t-il sur le trône? Pas de réponse. Ce n'est pourtant pas l'envie qui manque. Chez lui en tout cas. Toujours bien conscient de son devoir, et très confiant en ses capacités, le souverain rêve de récupérer sa couronne. Mais ses opposants sont nombreux. Et bruyants. On les trouve dans le camp socialiste, la famille libérale, et même chez les sociaux-chrétiens. Pour sortir de la crise, une procédure inédite va être lancée. L'idée d'une consultation populaire circule depuis 1945. Léopold lui-même la défend ardemment. Il a alors beau jeu d'affirmer qu'il ne reviendra pas sans le soutien de la population: il sait que celle-ci est avec lui. En témoignent les 22 796 lettres qu'il reçoit à l'occasion du 21 juillet 1945. Mais le temps qui passe affecte sa popularité. En 1950, le roi déclare qu'il ne reviendra que s'il obtient 55% de votes favorables. La consultation, finalement organisée le 12 mars 1950, n'est toutefois pas un référendum: l'avis de la population n'a pas de valeur décisionnelle. C'est à 9 heures, le lundi 13 mars, que les ministres se retrouvent rue de la Loi pour analyser les événements de la veille. En même temps qu'une revue de la presse, le Premier ministre Gaston Eyskens fait distribuer à ses collègues le détail des résultats. Les détails, justement, sont importants: le roi obtient 57,68% de "oui" et emporte vingt et un des trente arrondissements. Mais il n'est majoritaire que dans une région sur trois - la Flandre. Autant que le pays, le gouvernement est divisé. C'est Auguste Buisseret qui ouvre le bal: le libéral estime que "le roi a obtenu une satisfaction morale" et "qu'il peut abdiquer dans les meilleures conditions". Son collègue Albert Devèze abonde: "Si l'on était en république, le roi serait incontestablement élu président". "Mais nous sommes en monarchie. Un roi peut-il constituer le trait d'union nécessaire quand il a contre lui 42% des électeurs?" Le partenaire social-chrétien a un tout autre point de vue. Pour Jean Duvieusart, c'est "le principe démocratique qui serait mis en cause si la majorité n'était pas suivie". Son collègue Albert De Vleeschauwer renchérit, usant d'un étonnant argument: il observe que c'est dans les régions les plus marquées par la présence communiste que le souverain est le plus contesté. Or, les communistes "se comportent comme des étrangers à la communauté belge". Les préférences exprimées dans ces régions devraient dès lors être moins considérées. A 10 h 30, les ministres se séparent. Sans accord mais sans conflit. Juste avant cela, Jean Rey a prévenu: "Il ne faut pas sous-évaluer les remous qui se produiront dans l'opinion publique si le roi revient." L'histoire allait lui donner raison.Que s'est-il passé ce jour-là? Remontez le temps avec notre calendrier historique: