Le gouvernement Vivaldi est bien en place et, ces derniers jours, les ministres et secrétaires d'Etat ont présenté leurs notes d'intention au parlement. Comme le souligne François De Smet, président de DéFi, dans l'opposition, le principal mérite de cette majorité composé de sept partis est avant tout... d'exister. Le principal enjeu de l'équipe De Croo sera de rester soudée et de développer des accents nouveaux, tout en gérant la situation dantesque découlant de la crise sanitaire. Voici quelques accents, positifs et négatifs, perceptibles suite à cet exercice parlementaire et aux interviews qui y ont été liées.
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Le gouvernement Vivaldi est bien en place et, ces derniers jours, les ministres et secrétaires d'Etat ont présenté leurs notes d'intention au parlement. Comme le souligne François De Smet, président de DéFi, dans l'opposition, le principal mérite de cette majorité composé de sept partis est avant tout... d'exister. Le principal enjeu de l'équipe De Croo sera de rester soudée et de développer des accents nouveaux, tout en gérant la situation dantesque découlant de la crise sanitaire. Voici quelques accents, positifs et négatifs, perceptibles suite à cet exercice parlementaire et aux interviews qui y ont été liées.Ce n'est évidemment qu'un élément formel, mais il compte énormément dans notre pays trilingue, traversé par de perpétuelles convulsions communautaires: la connaissance de la langue de l'autre. Aussi, les prestations de deux secrétaires d'Etat francophones ont elles abasourdi l'opinion publique flamande. Mathieu Michel (MR), en charge de la Numérisation, a été l'objet de railleries multiples suite à une séquence où il balbutiait son néerlandais. Le principal intéressé expliquera ensuite qu'il maîtrise plutôt bien la langue de vondel, qu'il manque de pratique, que ladite séquence a été tirée de son contexte et qu'il trouve normal de tenter de répondre en néerlandais, par respect - mais en attendant, que de dégâts... Sarah Schlitz (Ecolo), en charge de l'égalité des chances, n'a quant à elle pas prononcé le moindre mot en néerlandais, mais elle était accompagnée d'une interprétation en langue des signes et a insisté sur l'orthographe inclusive - qui respecte les genres. "Je le dis: une secrétaire d'État qui insulte à ce point les Flamands n'est pas digne de cette fonction, clame dans une carte blanche l'ancien réalisateur Lukas Vander Taelen qui fut aussi... député Groen. Mais je doute qu'Ecolo se montre réceptif à ma critique : les racines fransquillonnes du parti sont trop profondément ancrées."Pour rappel, l'enjeu n'est pas mince quand on sait que la Vivaldi est minoritaire dans le groupe linguistique néerlandophone et doit faire face à une forte opposition nationaliste flamande - N-VA et Vlaams Belang: les partis francophones en sont portant conscients... Depuis la naissance de la Vivaldi, il est perceptible que des sujets sensibles feront l'objet de divisions entre partenaires de la majorité. C'est évidemment inhérent à notre système de coalition: le gouvernement Michel, dernier en date, était d'ailleurs qualifié de "kibbel kabinet" ou "cabinet de disputes" et les précédents n'ont pas dérogé à la règle. L'équipe De Croo compte, en outre, un nombre record de partenaires: pas moins de sept partis ont été nécessaires pour former, à l'arrachée, un gouvernement de plein exercice. Donc, forcément, cela va se frictionner.La taxation des "épaules les plus larges" ne cessait déjà d'opposer les socialistes et les libéraux, donnant lieu à de perpétuelles critiques du PTB: cela se prolonge. La fermeture confirmée des centrales nucléaires en 2025 provoque de nouvelles frictions, d'autant plus qu'Engie prend les devants en menaçant de mettre la majorité devant le fait accompli si rien n'est décidé d'ici la fin de l'année. Les "sages" rappellent qu'une évaluation aura lieu fin 2021 sur la faisabilité de cette décision, mais il arrive même qu'un commissaire européen de retour dans le débat belge (Didier Reynders, MR, pour ne pas le nommer) vienne ajouter son grain de sable en estimant que deux réacteurs devraient être maintenus. De quoi donner, aussi, des arguments à Bart De Wever (N-VA) qui promet une opposition "radioactive" et tente de forcer un vote pour mettre ces divergences en exergue. Chat échaudé craint l'eau froide: les principaux ministres du gouvernement De Croo, Premier ministre en tête, ne cachent pas leur crainte de relâcher trop rapidement la vis face à la deuxième vague du Covid et brandissent déjà la menace d'une troisième vague qui pourrait être provoquée par les fêtes de fin d'année. Mot d'ordre: on ne lâche rien. Mais cette vigilance cache aussi un manque de perspective sur l'après-Covid, à l'image de ce baromètre de la gestion de la crise annoncée à plusieurs reprises et qui n'a finalement... jamais été présenté. La gestion du déconfinement et le débat imminent sur la réouverture du commerce sera un test important pour la Vivaldi... en sachant qu'il s'agit aussi d'une gestion collective avec les autres exécutifs du pays, au sein du Comité de concertation.La suite sera tout aussi importante, si pas plus: la mise en place d'une stratégie de relance économique alors que les dégâts socio-économiques seront considérables. "Je ne parviens pas à déterminer un fil rouge d'un gouvernement qui prépare la relance, dit Maxime Prévot, président du CDH, au Soir. C'est la faille la plus inquiétante au moment où les Belges ont besoin de perspectives claires et de leviers forts." Thomas Dermine, secrétaire d'Etat et ancienne tête du services d'études du PS, a précisément pour mission de préparer ce plan afin d'appuyer sur le bouton Start dès que ce sera possible. En raison de la crise politique, le Belgique a pris du retard sur les autres pays européens, ce sera "le" test de ce gouvernement fédéral.Dans cet air du temps engorgé par la crise sanitaire et ses conséquences, le gouvernement Vivaldi tente aussi d'imposer d'autres dimensions, en phase avec la société de 2020. Au-delà de l'aspect linguistique, l'ambition de la secrétaire d'Etat Sarah Schlitz pour lutter contre les violences à l'encontre des femmes ou celle du secrétaire d'Etat Mathieu Michel pour lutter contre la haine proliférant sur les réseaux sociaux entendent montrer que cette équipe est en phase avec son temps. Il en va de même, bien sûr, pour sa dimension climatique.Une fois la crise sanitaire maîtrisée, la Vivaldi devra aussi se pencher au chevet de la Belgique malade en balisant la voie d'une réforme institutionnelle visant à davantage d'efficacité. Avec des accents démocratiques à la clé. L'horizon est clair : 2024 et la menace d'une montée populiste, 2030 et les deux cent ans de la Belgique. Fragile, cette coalition devra faire preuve d'une solidité à la hauteur des enjeux.