Fraude fiscale internationale grave et organisée. Blanchiment d'argent. Corruption active. Fraude aux subsides. Ces charges pénales, lourdes comme de l'acier Duferco, pèsent sur les épaules de Franco Dragone, présumé innocent mais inculpé. Au centre d'une instruction judiciaire ouverte en 2012 à Mons (Le Vif/L'Express du 18 janvier 2013), le Louviérois, via son groupe tentaculaire implanté dans de nombreux paradis fiscaux, aurait fraudé puis blanchi plusieurs dizaines de millions d'euros entre 2005 et 2012.
...

Fraude fiscale internationale grave et organisée. Blanchiment d'argent. Corruption active. Fraude aux subsides. Ces charges pénales, lourdes comme de l'acier Duferco, pèsent sur les épaules de Franco Dragone, présumé innocent mais inculpé. Au centre d'une instruction judiciaire ouverte en 2012 à Mons (Le Vif/L'Express du 18 janvier 2013), le Louviérois, via son groupe tentaculaire implanté dans de nombreux paradis fiscaux, aurait fraudé puis blanchi plusieurs dizaines de millions d'euros entre 2005 et 2012.Ces millions, ce sont essentiellement des royalties, c'est-à-dire des droits d'auteur perçus par Dragone sur les spectacles mêlant danse et cirque qu'il a conçus au cours de ce dernier quart de siècle. Ces royalties ont été perçues en bout de course par Canterlo Limited, la société offshore "patrimoniale" que Franco Dragone a créée le 7 décembre 1998 à Tortola, aux îles Vierges britanniques.Ces sommes colossales n'ont jamais été déclarées au fisc belge par Dragone en tant que revenus professionnels. Elles sont restées sagement à l'ombre des palmiers sur plusieurs comptes ouverts aux îles Vierges auprès de la FirstCaribbean International Bank, dont celui de Canterlo. Dès lors, chaque fois qu'un dollar de ces comptes a été réinjecté dans l'économie belge, il s'agit, techniquement, aux yeux de la justice, de blanchiment d'argent noir.L'architecte de cette machine à cash ? Le géant de l'audit et du conseil fiscal Ernst & Young, dont un représentant montréalais devrait encore être entendu par les enquêteurs au Canada. D'autres devoirs d'enquête devraient être diligentés avant de boucler l'instruction et transmettre - sans doute pas avant juin 2019 - le dossier au parquet.Les lourds soupçons pesant sur Franco Dragone nourris par le juge montois Alain Blondiaux ont amené celui-ci à poser deux gestes forts en cours d'instruction. Primo, inculper Dragone pour fraude fiscale, blanchiment et corruption en décembre 2015. Secundo, comme l'ont dévoilé nos confrères de L'Echo, saisir, en décembre 2016, les biens immobiliers du metteur en scène sur le territoire belge, à titre conservatoire.Le Vif/L'Express est aujourd'hui en mesure de révéler les détails de cette imposante saisie qui atteint 17 millions d'euros. Un chiffre recoupé auprès de multiples sources. Les biens concernés ? La nouvelle villa que Franco Dragone a fait construire avenue Valère Beaufort à Haine-Saint-Pierre, estimée à 8,5 millions d'euros. Deux appartements avec vue sur mer situés sur la digue à La Panne, au 8e étage d'un immeuble de standing. Deux autres appartements, plus modestes, situés rue Jules Destrée à La Louvière, au-dessus du siège social de Créations du Dragon, la société de management belge de Dragone. Mais aussi plusieurs terrains à bâtir dans la région du Centre sur lesquels le metteur en scène avait prévu de construire des immeubles via sa société Résidences du Dragon.Rappelons qu'une saisie conservatoire n'est pas une confiscation. Franco Dragone peut toujours jouir de ces biens. Ce sera à un juge du fond, si un procès en correctionnelle a lieu, d'estimer le montant de la fraude fiscale et du blanchiment éventuels, ainsi que les amendes et peines de prison qui y correspondraient...