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Tout d'abord : légaliser = banaliser, estimant sans doute qu'aujourd'hui le cannabis est toujours planqué sous le tapis. Même si chaque village, en plus de son église, a aussi désormais son CBD shop. Que dans les AirPods des ados alternent : " Ce soir, je fumerai de la bonne weed " avec " Un peu d'Amsterdam dans la bouche... " Que des médecins commencent à prescrire du cannabis médical. Qu'oser affirmer " fumer un petit joint de temps en temps " est depuis longtemps déjà accepté socialement. Alors, franchement ? Peut-on encore banaliser davantage la substance illicite la plus consommée à travers le monde ? Autre argument : légaliser = encourager. La consommation de tabac, bien que légale, est-elle pour autant encouragée ? Photo trash et paquet neutre, prix dissuasifs, restriction des lieux smoker friendly... La prise de conscience de la nocivité du tabac est collective. Les campagnes antitabac battent leur plein et sa consommation diminue depuis vingt ans. Quant à légaliser = faciliter l'accès ? Pareil. Quel consommateur n'a pas son " plan " pour trouver ce qu'il cherche : résine, herbe, shit ? En trois sms, l'affaire est dans le sachet. On sait aussi que toutes les politiques qui ont misé sur la pénurie pour enrayer la fumette n'ont abouti qu'à une chose : faire grimper les prix et attirer encore davantage de producteurs dans une filière d'autant plus rentable. La question n'est donc pas : " faut-il légaliser le cannabis ? " mais " comment bien le légaliser ? ", en établissant des objectifs clairs. En matière de santé publique d'abord, pour reculer l'âge de la première taffe, préserver les mineurs, réduire les dépendances, prévenir les consommations problématiques. Pour contrôler la chaîne d'approvisionnement, ensuite, afin de veiller à la qualité de la production et à la fixation d'un prix équilibré. Comment, donc ? Des pistes ont été mises sur la table par plusieurs universitaires, qui vont de la dépénalisation à l'ouverture au marché privé en passant par une légalisation sous contrôle et monopole de l'Etat. Avec un gros avantage pour la dernière hypothèse : un gain financier pour les deniers publics, montant qui devra être utilisé dans la prévention. Car, ne l'oublions pas, si douce qu'elle soit appelée et si récréative qu'elle soit présentée, la marijuana reste une drogue. Avec ses effets psychotropes, ses conséquences physiques et psychologiques. Et ses dangers. En un mot comme en cent, le war on drug ne marche pas. Il faut l'accepter et oser changer de modèle. Pour enfin prévenir plutôt que punir.