En août dernier, le Premier Ministre, Charles Michel, déclarait d'ailleurs dans ces colonnes : "J'ai compris très tôt que des journalistes et des pseudo-experts, surtout du côté francophone, étaient des anciens adorateurs du PS qui haïssent désormais la N-VA. La bataille contre ce microcosme bien-pensant n'est pas simple." Ces déclarations permettent de poser un vrai débat qui s'avère sain et utile en démocratie. Si la presse informe, interroge, donne son avis tous les jours sur le monde politique, parfois en des termes assez crus, il n'est pas anormal que, de temps en temps, un politique puisse s'interroger sur le pluralisme dans l'univers médiatique, condition primordiale à un juste débat démocratique.

Ce sentiment d'une presse majoritairement de gauche est-il un fantasme?

Ce sentiment d'une presse majoritairement de gauche, exprimé par Louis Michel et partagé par beaucoup d'autres, est-il un fantasme ? Loin de moi l'idée de critiquer la presse, j'en suis un grand lecteur (tous titres et tendances confondus) et un grand défenseur. Je considère que des médias libres sont une mesure primordiale de la qualité d'une démocratie. Je n'ai rien contre les éditos engagés, cela fait partie des outils qu'ont les journalistes pour s'exprimer dans le débat public. Et je ne suis certainement pas pour moins de débats... au contraire ! Je trouve d'ailleurs que le paysage francophone est assez pauvre en matière de débat grand public, contrairement à ce qui se passe au nord du pays où il y a davantage d'émissions de débats politiques qui font d'ailleurs des taux d'audience appréciables.

Aborder la question du pluralisme dans les médias est un débat qu'il faut aborder avec nuance. Certains vous diront que tous les journalistes sont de gauche, d'autres qu'ils sont tous vendus au grand capital. La vérité ne se trouve dans aucun de ces deux camps, mais la sociologie des journalistes montre une certaine uniformité plutôt à gauche. Une grande partie des journalistes font bien leur travail et le font honnêtement, et ce, toutes tendances politiques confondues. Cependant, si la question de savoir si les journalistes sont majoritairement de gauche revient souvent dans l'actualité, c'est qu'elle est réelle. Personne n'oserait lancer un débat sur 'les journalistes sont-ils tous de droite' ? Cela n'aurait aucun sens, tellement cela semble loin de la réalité. Un vrai sujet existe et il faut oser l'aborder. On peut constater qu'il y a une certaine sociologie plutôt marquée à gauche au sein des journalistes et que cela se ressent dans la façon de traiter l'information politique ou sociétale. Je ne parle pas évidemment de l'information de type sportive...

Une étude de l'Association des Journalistes Professionnels de 2013 dresse le profil des journalistes. Certains essayent de décrédibiliser cette étude. Le questionnaire de l'étude a été conçu et diffusé par l'AJP elle-même auprès de l'ensemble des journalistes (2394) et 731 ont répondu, ce qui donne quand même un bon échantillon. L'AJP a trié elle-même les réponses avec le centre d'Etude de l'opinion de l'ULG. C'est donc une analyse sérieuse, pas exhaustive certes, mais qui donne une réelle indication. La majorité de ces journalistes se classe à gauche, avec une très nette préférence pour Ecolo (46 %), le PS (15 %) et le PTB (4 %). Plus de 3/4 se disent actifs dans l'associatif et 39 % sont membres d'un syndicat, deux chiffres bien supérieurs à la moyenne nationale. D'autres études disent la même chose, par exemple, le sondage réalisé par l'Ifop pour l'hebdomadaire Marianne en avril 2001, avant l'élection présidentielle de 2002. À l'époque, 63 % des journalistes consultés avaient l'intention de voter à gauche (dont 32 % pour Lionel Jospin, qui fut éliminé dès le premier tour). La droite ne recueillait que 6 % des voix dans les intentions de vote des journalistes. En 2012 en France, un autre sondage montre aussi des journalistes qui votent beaucoup plus à gauche que le reste de la population.

Pour revenir à la Belgique et à la presse francophone en particulier, deux thématiques sont traitées de manière "unilatérale" pour reprendre l'expression de Louis Michel. La NV-A et l'immigration. À lire tous les éditos contre la N-VA dans la presse francophone, on peut se demander comment leurs ministres sont si populaires côté francophone ou comment il est, et de très loin, le premier parti flamand. Je suis pour la défense du pays et je ne rejoins nullement la vision séparatiste du parti de Bart De Wever, mais je trouve le parti pris médiatique à sens unique excessif. Il est évident qu'il est sain d'avoir des éditos critiques et engagés dans la presse traditionnelle, là n'est évidemment pas la question. La vraie question est sans doute : est-il normal qu'il n'y ait jamais un seul édito écrit par un journaliste qui soit parfois favorable à la N-VA, à Monsieur Jambon ou à Théo Francken, ou en tous cas mesuré ? Dans un monde médiatique, où la quasi-totalité des titres est subsidiée, il serait normal de constater un plus grand pluralisme d'opinions rédigées par des journalistes et non pas toujours le même point de vue convenu. Concernant l'immigration, alors que, selon le sondage noir, jaune, blues, 77 % des Belges disent "ne plus se sentir chez eux comme avant" ou que 65 % déclarent "avoir peur de l'afflux de réfugiés", on ne lit que des papiers qui encouragent l'immigration ou qui encensent la politique de Merkel désignée comme le nouveau modèle à suivre. Est-ce normal que tous les sondages montrent que les Belges ne veulent pas plus d'immigration, mais qu'aucun édito n'aille dans ce sens ?

Je m'étonne également des indignations sélectives sur différents sujets. Alors que la presse soutient (et heureusement !) le mouvement Metoo qui lutte contre toutes formes de harcèlement des femmes, elle ne parle quasiment pas de la difficulté des femmes à se promener en jupe dans certains quartiers de Bruxelles ou des problèmes d'autorités que peuvent rencontrer certains professeurs féminins dans l'enseignement uniquement parce qu'elles sont femmes. On parle beaucoup de lutte contre le racisme et c'est fondamental, mais on parle très peu de l'impossibilité des juifs à se promener partout dans Bruxelles. On parle beaucoup de l'inclusion, du vivre-ensemble, mais on parle très peu des personnes qui quittent certains quartiers, car ils ne s'y sentent plus chez eux. Dans l'enseignement, on sent une vaste résistance tant des parents, que des directeurs et des professeurs à toutes les réformes engagées depuis 10 ans (décret inscription, pacte d'excellence, décret titres et fonctions) toujours faites au nom de l'égalité et de la pédagogie de la bienveillance, mais qui créent encore plus d'inégalité dans un enseignement francophone franchement pas bon aux classements internationaux. Peu de journalistes vont dans ce sens. On pourrait poursuivre en matière économique, où certains préfèrent sans cesse faire le lien entre les dizaines de milliers d'emplois créés en Belgique depuis 2014 et la croissance mondiale en n'y voyant jamais un effet des mesures prises par ce gouvernement.

Mon billet se veut être une invitation à une prise de conscience que le pluralisme dans la presse au lieu d'attaquer la démocratie la renforce. Il y aurait évidemment encore énormément de choses à dire sur le sujet. Il est cependant parfois bon de rappeler que si le lecteur achète un journal, c'est pour être informé, pouvoir lire des analyses intéressantes et voir la réalité décrite telle qu'elle est et non telle qu'on aimerait qu'elle soit. Une plus grande diversité des plumes et de l'angle depuis lequel est abordée l'information peut y contribuer. Je suis d'ailleurs certain qu'un plus grand pluralisme du traitement de l'information sera aussi bénéfique aux ventes de notre presse, trésor que nous avons tous en commun.

En août dernier, le Premier Ministre, Charles Michel, déclarait d'ailleurs dans ces colonnes : "J'ai compris très tôt que des journalistes et des pseudo-experts, surtout du côté francophone, étaient des anciens adorateurs du PS qui haïssent désormais la N-VA. La bataille contre ce microcosme bien-pensant n'est pas simple." Ces déclarations permettent de poser un vrai débat qui s'avère sain et utile en démocratie. Si la presse informe, interroge, donne son avis tous les jours sur le monde politique, parfois en des termes assez crus, il n'est pas anormal que, de temps en temps, un politique puisse s'interroger sur le pluralisme dans l'univers médiatique, condition primordiale à un juste débat démocratique.Ce sentiment d'une presse majoritairement de gauche, exprimé par Louis Michel et partagé par beaucoup d'autres, est-il un fantasme ? Loin de moi l'idée de critiquer la presse, j'en suis un grand lecteur (tous titres et tendances confondus) et un grand défenseur. Je considère que des médias libres sont une mesure primordiale de la qualité d'une démocratie. Je n'ai rien contre les éditos engagés, cela fait partie des outils qu'ont les journalistes pour s'exprimer dans le débat public. Et je ne suis certainement pas pour moins de débats... au contraire ! Je trouve d'ailleurs que le paysage francophone est assez pauvre en matière de débat grand public, contrairement à ce qui se passe au nord du pays où il y a davantage d'émissions de débats politiques qui font d'ailleurs des taux d'audience appréciables.Aborder la question du pluralisme dans les médias est un débat qu'il faut aborder avec nuance. Certains vous diront que tous les journalistes sont de gauche, d'autres qu'ils sont tous vendus au grand capital. La vérité ne se trouve dans aucun de ces deux camps, mais la sociologie des journalistes montre une certaine uniformité plutôt à gauche. Une grande partie des journalistes font bien leur travail et le font honnêtement, et ce, toutes tendances politiques confondues. Cependant, si la question de savoir si les journalistes sont majoritairement de gauche revient souvent dans l'actualité, c'est qu'elle est réelle. Personne n'oserait lancer un débat sur 'les journalistes sont-ils tous de droite' ? Cela n'aurait aucun sens, tellement cela semble loin de la réalité. Un vrai sujet existe et il faut oser l'aborder. On peut constater qu'il y a une certaine sociologie plutôt marquée à gauche au sein des journalistes et que cela se ressent dans la façon de traiter l'information politique ou sociétale. Je ne parle pas évidemment de l'information de type sportive...Une étude de l'Association des Journalistes Professionnels de 2013 dresse le profil des journalistes. Certains essayent de décrédibiliser cette étude. Le questionnaire de l'étude a été conçu et diffusé par l'AJP elle-même auprès de l'ensemble des journalistes (2394) et 731 ont répondu, ce qui donne quand même un bon échantillon. L'AJP a trié elle-même les réponses avec le centre d'Etude de l'opinion de l'ULG. C'est donc une analyse sérieuse, pas exhaustive certes, mais qui donne une réelle indication. La majorité de ces journalistes se classe à gauche, avec une très nette préférence pour Ecolo (46 %), le PS (15 %) et le PTB (4 %). Plus de 3/4 se disent actifs dans l'associatif et 39 % sont membres d'un syndicat, deux chiffres bien supérieurs à la moyenne nationale. D'autres études disent la même chose, par exemple, le sondage réalisé par l'Ifop pour l'hebdomadaire Marianne en avril 2001, avant l'élection présidentielle de 2002. À l'époque, 63 % des journalistes consultés avaient l'intention de voter à gauche (dont 32 % pour Lionel Jospin, qui fut éliminé dès le premier tour). La droite ne recueillait que 6 % des voix dans les intentions de vote des journalistes. En 2012 en France, un autre sondage montre aussi des journalistes qui votent beaucoup plus à gauche que le reste de la population. Pour revenir à la Belgique et à la presse francophone en particulier, deux thématiques sont traitées de manière "unilatérale" pour reprendre l'expression de Louis Michel. La NV-A et l'immigration. À lire tous les éditos contre la N-VA dans la presse francophone, on peut se demander comment leurs ministres sont si populaires côté francophone ou comment il est, et de très loin, le premier parti flamand. Je suis pour la défense du pays et je ne rejoins nullement la vision séparatiste du parti de Bart De Wever, mais je trouve le parti pris médiatique à sens unique excessif. Il est évident qu'il est sain d'avoir des éditos critiques et engagés dans la presse traditionnelle, là n'est évidemment pas la question. La vraie question est sans doute : est-il normal qu'il n'y ait jamais un seul édito écrit par un journaliste qui soit parfois favorable à la N-VA, à Monsieur Jambon ou à Théo Francken, ou en tous cas mesuré ? Dans un monde médiatique, où la quasi-totalité des titres est subsidiée, il serait normal de constater un plus grand pluralisme d'opinions rédigées par des journalistes et non pas toujours le même point de vue convenu. Concernant l'immigration, alors que, selon le sondage noir, jaune, blues, 77 % des Belges disent "ne plus se sentir chez eux comme avant" ou que 65 % déclarent "avoir peur de l'afflux de réfugiés", on ne lit que des papiers qui encouragent l'immigration ou qui encensent la politique de Merkel désignée comme le nouveau modèle à suivre. Est-ce normal que tous les sondages montrent que les Belges ne veulent pas plus d'immigration, mais qu'aucun édito n'aille dans ce sens ? Je m'étonne également des indignations sélectives sur différents sujets. Alors que la presse soutient (et heureusement !) le mouvement Metoo qui lutte contre toutes formes de harcèlement des femmes, elle ne parle quasiment pas de la difficulté des femmes à se promener en jupe dans certains quartiers de Bruxelles ou des problèmes d'autorités que peuvent rencontrer certains professeurs féminins dans l'enseignement uniquement parce qu'elles sont femmes. On parle beaucoup de lutte contre le racisme et c'est fondamental, mais on parle très peu de l'impossibilité des juifs à se promener partout dans Bruxelles. On parle beaucoup de l'inclusion, du vivre-ensemble, mais on parle très peu des personnes qui quittent certains quartiers, car ils ne s'y sentent plus chez eux. Dans l'enseignement, on sent une vaste résistance tant des parents, que des directeurs et des professeurs à toutes les réformes engagées depuis 10 ans (décret inscription, pacte d'excellence, décret titres et fonctions) toujours faites au nom de l'égalité et de la pédagogie de la bienveillance, mais qui créent encore plus d'inégalité dans un enseignement francophone franchement pas bon aux classements internationaux. Peu de journalistes vont dans ce sens. On pourrait poursuivre en matière économique, où certains préfèrent sans cesse faire le lien entre les dizaines de milliers d'emplois créés en Belgique depuis 2014 et la croissance mondiale en n'y voyant jamais un effet des mesures prises par ce gouvernement.Mon billet se veut être une invitation à une prise de conscience que le pluralisme dans la presse au lieu d'attaquer la démocratie la renforce. Il y aurait évidemment encore énormément de choses à dire sur le sujet. Il est cependant parfois bon de rappeler que si le lecteur achète un journal, c'est pour être informé, pouvoir lire des analyses intéressantes et voir la réalité décrite telle qu'elle est et non telle qu'on aimerait qu'elle soit. Une plus grande diversité des plumes et de l'angle depuis lequel est abordée l'information peut y contribuer. Je suis d'ailleurs certain qu'un plus grand pluralisme du traitement de l'information sera aussi bénéfique aux ventes de notre presse, trésor que nous avons tous en commun.