La crise du COVID-19 nous rappelle notre interdépendance entre êtres humains et la nature globale des principaux défis auxquels est actuellement confronté notre monde, du changement climatique aux migrations, de la sécurité à la santé publique. On pourrait parfois penser que des frontières fortes ou des communautés locales bien gérées peuvent nous protéger de ces défis mondiaux, mais cette crise prouve le contraire. Aujourd'hui, nous devons faire face à une pandémie ; demain, il nous faudra ouvrir les yeux sur la réalité d'un autre défi mondial à relever. Nous devons cesser de penser de façon individuelle. Qui dit défis mondiaux, dit en effet réponses à l'échelon planétaire.

La présente crise du COVID-19 est un appel à plus de solidarité. Notre système de santé mondial n'est pas plus solide que son maillon le plus faible. Si un pays est laissé pour compte, cela peut mettre en danger le reste du monde. Il est donc crucial de garantir des normes minimales dans tous les pays ainsi qu'un certain niveau d'investissement mondial pour s'assurer que ces normes sont respectées. Les soins de santé, par exemple, sont un secteur crucial, mais des normes minimales devraient également s'appliquer à d'autres secteurs tels que l'éducation, la gouvernance, la sécurité, l'écologie... J'ai été stupéfait de voir comment différents pays européens ont pu, ces trois dernières semaines, modifier en profondeur leurs politiques nationales, en augmentant les dépenses publiques et en libérant des milliards d'euros à investir dans le secteur de la santé et dans leur économie. Le budget actuellement consacré à la coopération internationale ne représente qu'une infime partie de ces plans de relance.

"La pandémie de coronavirus va transformer les domaines de la santé mondiale et du développement"

Cette pandémie nous fait prendre conscience de la nécessité de plus d'égalité et de protection sociale. La santé est un droit humain fondamental ; une protection sociale minimale est, quant à elle, essentielle pour faire face à de telles crises. Je ne peux qu'espérer que cette crise ouvrira les yeux des différents pays, qu'elle les convaincra que chacun·e a droit à des services de santé de qualité et qu'ils doivent investir dans le secteur en conséquence. Le secteur privé peut certes contribuer, accélérer et innover, mais c'est essentiellement aux gouvernements qu'il revient de fournir des soins de santé de qualité pour tou·tes.

Il est intéressant de noter que cette crise montre également que l'innovation à faible coût peut être plus efficace que des solutions onéreuses de haute technologie. Les pays aux ressources limitées ont beaucoup à nous apprendre, car ils constituent généralement un terreau plus fertile pour des solutions originales. La même chose se produit à présent dans les pays "riches" qui se voient confrontés à des difficultés sans précédent. Des hôpitaux de pointe utilisent ainsi des masques de plongée pour fabriquer des respirateurs. De nombreux médecins en Europe sont aujourd'hui "contraints" de recourir à la télémédecine, alors que beaucoup d'entre eux rechignaient depuis longtemps à utiliser ce nouveau mode de travail. En Afrique, cette même "médecine à distance" est une pratique courante depuis des années déjà... De nombreux pays "riches" revoient leurs normes de sorte à permettre un développement plus rapide de vaccins et de médicaments. Pour leur part, bon nombre de pays en Afrique n'ont pas pu se permettre ce luxe pendant longtemps...

La présente crise a définitivement sonné le glas du paradigme Nord-Sud.

La présente crise a définitivement sonné le glas du paradigme Nord-Sud. Le monopole détenu par les "acteurs de développement" classiques ces 40 dernières années va rapidement s'éroder. Il n'y a pas si longtemps encore, la Chine et la Corée du Sud faisaient partie des bénéficiaires de l'aide. Aujourd'hui, ces deux nations aident l'OMS, l'Italie et d'autres pays européens à gérer la crise. Des organisations caritatives chinoises distribuent des masques aux gouvernements européens, à l'instar de l'Europe et des États-Unis qui le font depuis des années dans les pays en développement. Certains des plus grands hôpitaux d'Europe font désormais appel aux dons du grand public. L'organisation Médecins Sans Frontières (MSF), connue pour ses opérations internationales dans les zones de conflit et de pauvreté, met désormais en place des camps médicaux dans le centre de Bruxelles !

Dans ce contexte changeant, les agences de développement n'auront plus de légitimité si elles agissent de façon autonome et dans une perspective Nord-Sud. Des changements d'attitude sont par conséquent cruciaux. Si nous voulons conserver notre pertinence, nous devons nous spécialiser dans des domaines thématiques clés où nous pouvons faire montre de notre leadership international, notre valeur ajoutée et nos connaissances comparatives. Il nous faut forger des alliances avec diverses parties prenantes, non seulement avec les partenaires de développement traditionnels, mais aussi avec des institutions universitaires, des ONG locales et internationales, des fondations et des entreprises privées. Nous devons diversifier nos effectifs et notre gouvernance, en assurant de la sorte une perspective internationale à la prise de décision, à l'innovation et à l'exécution. En tant qu'agences de développement, nous devons oeuvrer au sein de réseaux interconnectés, en conservant la capacité d'agir sur le terrain avec une forte présence et de solides connaissances locales, tout en étant dans le même temps actives au niveau du programme de développement international.

Les acteurs du développement, tels que les agences des Nations unies, les agences gouvernementales et les ONG internationales, doivent démontrer leur rôle et leur valeur ajoutée dans la crise mondiale à laquelle nous sommes aujourd'hui confronté·es. Dans le cas contraire, nous courons le risque d'une instabilité et d'une insécurité mondiales, car, à l'échelon planétaire, nous sommes aussi solides que notre maillon le plus faible.

Jean Van Wetter, directeur d'Enabel (l'agence belge de développement).

La crise du COVID-19 nous rappelle notre interdépendance entre êtres humains et la nature globale des principaux défis auxquels est actuellement confronté notre monde, du changement climatique aux migrations, de la sécurité à la santé publique. On pourrait parfois penser que des frontières fortes ou des communautés locales bien gérées peuvent nous protéger de ces défis mondiaux, mais cette crise prouve le contraire. Aujourd'hui, nous devons faire face à une pandémie ; demain, il nous faudra ouvrir les yeux sur la réalité d'un autre défi mondial à relever. Nous devons cesser de penser de façon individuelle. Qui dit défis mondiaux, dit en effet réponses à l'échelon planétaire.La présente crise du COVID-19 est un appel à plus de solidarité. Notre système de santé mondial n'est pas plus solide que son maillon le plus faible. Si un pays est laissé pour compte, cela peut mettre en danger le reste du monde. Il est donc crucial de garantir des normes minimales dans tous les pays ainsi qu'un certain niveau d'investissement mondial pour s'assurer que ces normes sont respectées. Les soins de santé, par exemple, sont un secteur crucial, mais des normes minimales devraient également s'appliquer à d'autres secteurs tels que l'éducation, la gouvernance, la sécurité, l'écologie... J'ai été stupéfait de voir comment différents pays européens ont pu, ces trois dernières semaines, modifier en profondeur leurs politiques nationales, en augmentant les dépenses publiques et en libérant des milliards d'euros à investir dans le secteur de la santé et dans leur économie. Le budget actuellement consacré à la coopération internationale ne représente qu'une infime partie de ces plans de relance.Cette pandémie nous fait prendre conscience de la nécessité de plus d'égalité et de protection sociale. La santé est un droit humain fondamental ; une protection sociale minimale est, quant à elle, essentielle pour faire face à de telles crises. Je ne peux qu'espérer que cette crise ouvrira les yeux des différents pays, qu'elle les convaincra que chacun·e a droit à des services de santé de qualité et qu'ils doivent investir dans le secteur en conséquence. Le secteur privé peut certes contribuer, accélérer et innover, mais c'est essentiellement aux gouvernements qu'il revient de fournir des soins de santé de qualité pour tou·tes.Il est intéressant de noter que cette crise montre également que l'innovation à faible coût peut être plus efficace que des solutions onéreuses de haute technologie. Les pays aux ressources limitées ont beaucoup à nous apprendre, car ils constituent généralement un terreau plus fertile pour des solutions originales. La même chose se produit à présent dans les pays "riches" qui se voient confrontés à des difficultés sans précédent. Des hôpitaux de pointe utilisent ainsi des masques de plongée pour fabriquer des respirateurs. De nombreux médecins en Europe sont aujourd'hui "contraints" de recourir à la télémédecine, alors que beaucoup d'entre eux rechignaient depuis longtemps à utiliser ce nouveau mode de travail. En Afrique, cette même "médecine à distance" est une pratique courante depuis des années déjà... De nombreux pays "riches" revoient leurs normes de sorte à permettre un développement plus rapide de vaccins et de médicaments. Pour leur part, bon nombre de pays en Afrique n'ont pas pu se permettre ce luxe pendant longtemps...La présente crise a définitivement sonné le glas du paradigme Nord-Sud. Le monopole détenu par les "acteurs de développement" classiques ces 40 dernières années va rapidement s'éroder. Il n'y a pas si longtemps encore, la Chine et la Corée du Sud faisaient partie des bénéficiaires de l'aide. Aujourd'hui, ces deux nations aident l'OMS, l'Italie et d'autres pays européens à gérer la crise. Des organisations caritatives chinoises distribuent des masques aux gouvernements européens, à l'instar de l'Europe et des États-Unis qui le font depuis des années dans les pays en développement. Certains des plus grands hôpitaux d'Europe font désormais appel aux dons du grand public. L'organisation Médecins Sans Frontières (MSF), connue pour ses opérations internationales dans les zones de conflit et de pauvreté, met désormais en place des camps médicaux dans le centre de Bruxelles !Dans ce contexte changeant, les agences de développement n'auront plus de légitimité si elles agissent de façon autonome et dans une perspective Nord-Sud. Des changements d'attitude sont par conséquent cruciaux. Si nous voulons conserver notre pertinence, nous devons nous spécialiser dans des domaines thématiques clés où nous pouvons faire montre de notre leadership international, notre valeur ajoutée et nos connaissances comparatives. Il nous faut forger des alliances avec diverses parties prenantes, non seulement avec les partenaires de développement traditionnels, mais aussi avec des institutions universitaires, des ONG locales et internationales, des fondations et des entreprises privées. Nous devons diversifier nos effectifs et notre gouvernance, en assurant de la sorte une perspective internationale à la prise de décision, à l'innovation et à l'exécution. En tant qu'agences de développement, nous devons oeuvrer au sein de réseaux interconnectés, en conservant la capacité d'agir sur le terrain avec une forte présence et de solides connaissances locales, tout en étant dans le même temps actives au niveau du programme de développement international.Les acteurs du développement, tels que les agences des Nations unies, les agences gouvernementales et les ONG internationales, doivent démontrer leur rôle et leur valeur ajoutée dans la crise mondiale à laquelle nous sommes aujourd'hui confronté·es. Dans le cas contraire, nous courons le risque d'une instabilité et d'une insécurité mondiales, car, à l'échelon planétaire, nous sommes aussi solides que notre maillon le plus faible. Jean Van Wetter, directeur d'Enabel (l'agence belge de développement).