Le 22 mars 2016, la chasse à l'homme en cours depuis quatre mois pour arrêter Salah Abdeslam venait de prendre fin et la menace terroriste était dès lors à son paroxysme.

Deux ans plus tard, elle a sensiblement baissé. L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace a ainsi ramené son niveau à 2 (sur une échelle de 4) pour la plupart du territoire en janvier dernier.

Cette décision a été prise sur base de critères objectifs, et "on le sent également au nombre de dossiers terrorisme entrants qui diminue", souligne M. Van Leeuw.

Les "returnees", soit les djihadistes de retour d'Irak et de Syrie, ont pendant longtemps cristallisé les craintes au sein des services des forces de l'ordre et de la justice. Cependant, la plupart ont décidé de combattre sur place "jusqu'à leur dernier souffle", explique le procureur. "La problématique est moins aiguë qu'on aurait pu le craindre. La frontière syrienne est beaucoup moins poreuse depuis quelque temps, il est donc plus difficile de partir mais aussi de revenir. Certains vont réussir à rentrer, mais pas tous avec un projet d'attentat. Il faut aussi être attentif aux éventuels changements d'alliance sur place qui pourraient ouvrir des couloirs permettant aux combattants de se déplacer et de frapper à nouveau."

En mars 2016, le terrorisme représentait une part énorme du travail des polices judiciaires. Cette part a désormais nettement baissé, ce qui présente plusieurs avantages, selon M. Van Leeuw.

D'une part, "les infractions terroristes étant très spécifiques et parfois difficiles à prouver, il faut pouvoir être attentif aux phénomènes connexes comme les faux papiers, les achats de chargeurs,... Si on a trop le nez sur le terrorisme, on risque de rater des informations importantes". D'un autre côté, "il ne faut pas oublier la lutte contre les organisations criminelles, qui font des victimes quotidiennement et jouent, dans la durée, un rôle déstabilisateur de la société", souligne le magistrat fédéral.

Pour mener à bien ces missions, le parquet a principalement besoin que les cadres des polices judiciaires soient remplis comme l'a recommandé la commission d'enquête parlementaire sur les attentats, rappelle M. Van Leeuw.

Si la menace a bien baissé, réduisant ainsi l'extrême tension qui a durant un temps régné au sein du parquet fédéral, celui-ci doit désormais amener les centaines de dossiers qui ont été ouverts devant le tribunal. "Un autre type de pression, mais cela requiert énormément de travail", explique encore le procureur.

Un procès gigantesque espéré en 2019

Le procès des attentats de Bruxelles s'annonce en effet démesuré, avec quelque 1.000 victimes et parties civiles. S'il est encore difficile de prévoir précisément quand il aura lieu, Frédéric Van Leeuw estime que le calendrier judiciaire permet de l'envisager en 2019 ou début 2020.

"Avec toutes les réserves liées aux éventuels devoirs d'enquête, les juges d'instruction ont annoncé leur intention de clôturer en 2018, ce qui donnerait un début de procédure en 2019 et un procès en 2019 ou 2020", explique le magistrat.

La France et la Belgique sont intimement liées dans ce dossier, qui est composé de trois parties: l'attaque du Thalys en août 2015, les attentats de Paris en novembre 2015 et la fin de la séquence, à savoir les événements de Bruxelles le 22 mars 2016.

"Chaque dossier a son importance. Celui du 13 novembre a vocation à être jugé à Paris, mais 90% de l'enquête a eu lieu en Belgique, et il y a encore des choses à faire", détaille M. Van Leeuw.

Le calendrier judiciaire ne fait pas à proprement parler l'objet d'un accord avec Paris. "Les justices ont des rythmes différents", souligne le procureur fédéral. "Il y aura à un moment une accélération de la procédure en France, puisque la loi ne leur permet pas d'aller au-delà de cinq ans de détention préventive. Il est cependant clair qu'on doit se parler, puisque les groupes ont été actifs sur les deux territoires et qu'il y eu des victimes des deux côtés. Il faudra communiquer pour éviter tout problème, comme cela a déjà été le cas pour le procès de la rue du Dries."

Au niveau de l'enquête, il serait très intéressant de pouvoir mener des devoirs d'enquête en Syrie ou en Irak, estime le magistrat. "Cela permettrait de fermer des portes, de déterminer si un suspect est mort ou pas, mais c'est impossible en raison de la situation actuelle. On dépense beaucoup de capacités pour des dossiers alors que les personnes sont probablement mortes. Ceci dit, il faut être très prudent. Abdelhamid Abaaoud avait été déclaré mort plusieurs fois, Hicham Chaib et Oussama Attar également."

En termes d'organisation, M. Van Leeuw reconnaît que le procès sera "difficile à gérer" et que la réflexion à ce sujet est donc déjà en cours. "Il y a déjà eu des procès avec énormément de parties civiles, comme ceux de la catastrophe de Ghislenghien ou de l'affaire Fortis, mais dans le cas du terrorisme, il y a aussi l'aspect sécurité. Il faudra peut-être s'inspirer de ce qui s'est déjà passé à l'étranger."

Le 22 mars 2016, la chasse à l'homme en cours depuis quatre mois pour arrêter Salah Abdeslam venait de prendre fin et la menace terroriste était dès lors à son paroxysme. Deux ans plus tard, elle a sensiblement baissé. L'Organe de coordination pour l'analyse de la menace a ainsi ramené son niveau à 2 (sur une échelle de 4) pour la plupart du territoire en janvier dernier. Cette décision a été prise sur base de critères objectifs, et "on le sent également au nombre de dossiers terrorisme entrants qui diminue", souligne M. Van Leeuw. Les "returnees", soit les djihadistes de retour d'Irak et de Syrie, ont pendant longtemps cristallisé les craintes au sein des services des forces de l'ordre et de la justice. Cependant, la plupart ont décidé de combattre sur place "jusqu'à leur dernier souffle", explique le procureur. "La problématique est moins aiguë qu'on aurait pu le craindre. La frontière syrienne est beaucoup moins poreuse depuis quelque temps, il est donc plus difficile de partir mais aussi de revenir. Certains vont réussir à rentrer, mais pas tous avec un projet d'attentat. Il faut aussi être attentif aux éventuels changements d'alliance sur place qui pourraient ouvrir des couloirs permettant aux combattants de se déplacer et de frapper à nouveau." En mars 2016, le terrorisme représentait une part énorme du travail des polices judiciaires. Cette part a désormais nettement baissé, ce qui présente plusieurs avantages, selon M. Van Leeuw. D'une part, "les infractions terroristes étant très spécifiques et parfois difficiles à prouver, il faut pouvoir être attentif aux phénomènes connexes comme les faux papiers, les achats de chargeurs,... Si on a trop le nez sur le terrorisme, on risque de rater des informations importantes". D'un autre côté, "il ne faut pas oublier la lutte contre les organisations criminelles, qui font des victimes quotidiennement et jouent, dans la durée, un rôle déstabilisateur de la société", souligne le magistrat fédéral. Pour mener à bien ces missions, le parquet a principalement besoin que les cadres des polices judiciaires soient remplis comme l'a recommandé la commission d'enquête parlementaire sur les attentats, rappelle M. Van Leeuw. Si la menace a bien baissé, réduisant ainsi l'extrême tension qui a durant un temps régné au sein du parquet fédéral, celui-ci doit désormais amener les centaines de dossiers qui ont été ouverts devant le tribunal. "Un autre type de pression, mais cela requiert énormément de travail", explique encore le procureur.Le procès des attentats de Bruxelles s'annonce en effet démesuré, avec quelque 1.000 victimes et parties civiles. S'il est encore difficile de prévoir précisément quand il aura lieu, Frédéric Van Leeuw estime que le calendrier judiciaire permet de l'envisager en 2019 ou début 2020."Avec toutes les réserves liées aux éventuels devoirs d'enquête, les juges d'instruction ont annoncé leur intention de clôturer en 2018, ce qui donnerait un début de procédure en 2019 et un procès en 2019 ou 2020", explique le magistrat. La France et la Belgique sont intimement liées dans ce dossier, qui est composé de trois parties: l'attaque du Thalys en août 2015, les attentats de Paris en novembre 2015 et la fin de la séquence, à savoir les événements de Bruxelles le 22 mars 2016. "Chaque dossier a son importance. Celui du 13 novembre a vocation à être jugé à Paris, mais 90% de l'enquête a eu lieu en Belgique, et il y a encore des choses à faire", détaille M. Van Leeuw. Le calendrier judiciaire ne fait pas à proprement parler l'objet d'un accord avec Paris. "Les justices ont des rythmes différents", souligne le procureur fédéral. "Il y aura à un moment une accélération de la procédure en France, puisque la loi ne leur permet pas d'aller au-delà de cinq ans de détention préventive. Il est cependant clair qu'on doit se parler, puisque les groupes ont été actifs sur les deux territoires et qu'il y eu des victimes des deux côtés. Il faudra communiquer pour éviter tout problème, comme cela a déjà été le cas pour le procès de la rue du Dries." Au niveau de l'enquête, il serait très intéressant de pouvoir mener des devoirs d'enquête en Syrie ou en Irak, estime le magistrat. "Cela permettrait de fermer des portes, de déterminer si un suspect est mort ou pas, mais c'est impossible en raison de la situation actuelle. On dépense beaucoup de capacités pour des dossiers alors que les personnes sont probablement mortes. Ceci dit, il faut être très prudent. Abdelhamid Abaaoud avait été déclaré mort plusieurs fois, Hicham Chaib et Oussama Attar également." En termes d'organisation, M. Van Leeuw reconnaît que le procès sera "difficile à gérer" et que la réflexion à ce sujet est donc déjà en cours. "Il y a déjà eu des procès avec énormément de parties civiles, comme ceux de la catastrophe de Ghislenghien ou de l'affaire Fortis, mais dans le cas du terrorisme, il y a aussi l'aspect sécurité. Il faudra peut-être s'inspirer de ce qui s'est déjà passé à l'étranger."