C'était un grand chahut annoncé. Et il y a eu lieu, en deux temps, ce jeudi après-midi à la Chambre, à l'occasion d'une première escarmouche en début de séance, puis d'un débat animé en fin de séance.

La Première ministre libérale Sophie Wilmès s'était engagée devant les députés à redemander la confiance, si aucun gouvernement fédéral de plein exercice n'était en place pour ce 17 septembre, six mois après avoir reçu exceptionnellement le soutien de neuf partis pour gérer la crise sanitaire. La Vivaldi ayant pris du retard, elle sollicitait des députés une prolongation de deux semaines. Une majorité de 87 députés, la Vivaldi, a finalement accepté de prolonger le gouvernement Wilmès jusqu'au 1er octobre. Ce jour-là, une déclaration gouvernementale du nouveau gouvvernement sera mise à l'ordre du jour.

L'opposition, nationaliste flamande en tête, était remontée. Tandis que la Vivaldi doit faire face aux nouvelles hésitations du CD&V, après les sorties critiques des ministres Pieter De Crem et Wouter Beke, ce jeudi.

"La Première ministre ne tient pas parole"

14h20. Après un hommage de la Chambre à deux anciennes parlementaires décédées cet été, Antoinette Spaak et Ilse Uyttersprot, Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre, entame le débat en rémémorant la promesse faite par Sophie Wilmès, il y a six mois, de redemander la confiance à la Chambre. "Elle avait déclaré que dans six mois, elle ferait une déclaration de gouvernement pour demander la confiance. Nous sommes en droit de l'attendre." Patrick Dewael (Open VLD) président de la Chambre, rappelle qu'il a été décidé en conférence des présidents qu'un débat aurait lieu au départ d'une interpellation, suite auquel la Première ministre interviendrait. "Le gouvernement s'est engagé à répondre à ces questions."

La Première ministre ne tient pas parole, tacle Peter De Roover. "Le 16 août, elle le rappelait encore dans une interview." Patrick Dewael bloque l'incident de procédure.

Mais la séance se poursuit dans le tumulte, la N-VA et le Vlaams Belang s'emportant sur le président de la Chambre. Une illustration de ce que risque d'être la prochaine législature.

.

Peter De Roover (N-VA): "Nous vivons des moments historiques. Je respecte la Première ministre dans sa fonction, mais je compte sur le soutien de l'ensemble de l'assemblée pour s'opposer à ce qui se passe." Il poursuit d'emblée, en prenant la parole dans les questions d'actualité: "J'ai donc dû lire dans les médias que vous avez l'intention de poursuivre jusqu'au 1er octobre. Mais que va-t-il se passer s'il n'y a pas de gouvernement, ce qui est possible au vu des sentiments du CD&V. Combien de temps allez-vous jouer ce petit jeu? Ne pensez-vous pas qu'il aurait été estimable de partager cela avec la Chambre et de présenter vos projets pour les deux prochaines semaines? La junte Vivaldi a décidé de boycotter le parlement. Mais vous êtes encore la Première ministre du gouvernement Wilmès II."

Peter Mertens (PvdA) enchaîne: "La question est légitime. Nous ne vous avions pas accordé la confiance il y a six mois. Six mois plus tard, les riches sont encore plus riches. (...) Les soins de santé sont prêts à descendre dans la rue. Je peux comprendre que vous ne demandiez pas la confiance parce que dans la population, il n'y a que de la méfiance."

Sophie Wilmès intervient une première fois: "Je m'étais engagée à ne pas dépasser le périmètre pour gérer la crise. Si le parlement le décide, nous allons continuer dans le même périmètre. Comme vous le savez il y a un Conseil national de sécurité important la semaine prochaine, il est essentiel que le gouvernement fédéral continue à travailler."

Peter De Roover: "Madame la Première ministre, ce que vous venez de dire peut être fait en affaires courantes. Il n'y a aucune raison de ne pas faire ce à quoi vous vous étiez engagée." Peter Mertens demande quant à lui un débat de fond sur le contenu des politiques. Fin du premier épisode.

Gérer la crise du coronavirus

Puis, c'est... business as usual, le temps des autres questions d'actualité. La première concerne les engagements européens annoncés dans la déclaration sur l'Etat de l'Union, de la présidente de la Commission européenne. Sophie Wilmès: "Une de ses propositions clés est de réduire à moins de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Les Etats membres ont la possibilité d'examiner cette proposition. La Belgique soutient l'objectif actuel (-40%). La position par rapport à la nouvelle proposition sera déterminée par une concertation entre l'Etat fédéral et les entités fédérées."

Sander Loones (N-VA) exprime les craintes de la Flandre dans la répartition des moyens du plan de relance européen. "La Belgique doit remettre un seul plan à partir du 15 octobre, répond la Première ministre. Je m'étonne que votre tonalité soit différente alors que vous aviez eu l'occasion de l'exprimer auparavant. Peut-être est-ce dû à la formation d'un nouveau gouvernement?" Le nationaliste regrette la réponse et réitère le souhait de voir la Première ministre demander la confiance.

Plusieurs questions concernent encore la gestion de la crise du coronavirus et le rebond que l'on constate actuellement. "Les médecins généralistes sont débordés", soulignent plusieurs intervenants. "Les citoyens sont partagés entre inquiétude et lassitude." La crainte, entend-on, n'est autre que l'écroulement du système. Il est encore question des tests, qui restent trop peu nombreux.

Sophie Wilmès répond: "Les mesures prises cet été visaient à permettre le retour à l'école et cela a réussi, en respectant bien sûr des mesures sanitaires. Mais nous savons que rien n'est acquis, nous constatons que le virus a repris sa propagation. (...) Les tendances sont inquiétantes. J'entends trop souvent dire que la situation n'est pas grave. Tout un chacun doit mesurer que cette situation est préoccupante, nous devons la prendre au sérieux."

Elle regrette les déclarations qui mettent en doute les mesures et reconnaît la complexité des mesures. "Mais les gestes barrières sont notre première protection. La réponse à la pandémie réside dans un engagement individuel dans un élan collectif. C'est cela que j'ai voulu dire à la population dans mon message vidéo. Toujours taper sur le même clou."

Evidemment, dit-elle, les autorités doivent agir. Un Conseil national de sécurité a lieu la semaine prochaine. "C'est vrai que ce ne sera pas simple de trouver le juste équilibre entre le fait de simplifier les règles, voire de les assouplir pour certaines, tout en tenant compte de l'évolution de la situation. La communication est importante. Notre débat démocratique ne peut pas avoir pour conséquence que l'on oublie la dangerosité du virus." Elle évoque aussi "la possibilité de soulager les médecins de premièe ligne."

Sophie Wilmès s'éclipse alors que les critiques fusent sur la politique de tests, à l'attention du ministre Open VLD Philippe De Backer. Fin de l'interlude.

L'ordre des travaux décidée témoigne d'une chose de la part des partis de la future Vivaldi: la gestion du pays en ce temps difficile prime, cela doit dépasser pour l'instant les remous de la formation du nouveau gouvernement.

Le débat sur la prolongation, enfin...

Débat, clap, deuxième. Il est finalement 16h43 lorsque la députée Vlaams Belang Barbara Pas monte à la tribune pour dénoncer la "promesse qui a été bafouée par la Première ministre" de demander la confiance. "Quel mépris affichez-vous aujourd'hui!" Elle dénonce le caractère "antidémocratique et antiflamand" du gouvernement et souligne que son parti utilisera tous les moyens pour le combattre en citant... le N-VA Théo Francken.

"La seule option est la démission de ce gouvernement, ce que l'on ferait dans toute démocratie, pour convoquer de nouvelles élections", dit la députée d'extrême droite. Qui dénonce "le barnum de la rue de la Loi". Et souligne que "le seul ciment de la Vivaldi, c'est la peur de l'électeur".

Catherine Fonck, cheffe de groupe CDH, est plus mesurée. "Madame la Première ministre, il y a six mois, vous vous étiez engagée à demander la confiance, vous parliez de grande union. Le CDH s'est montré constructif en faisant des propositions. Certains ont souhaité que le CDH ne soit pas à la table de négociation, dont acte. Cela ne nous rend pas amer." Elle dénonce le "fédéralisme de combat" mené par les partis d'opposition et appelle un "projet positif" pour le pays.

"Sept partis vont remettre en selle votre gouvernement minoritaire. C'est par la presse que nous avons appris que sept présidents de partis avaient décidé de prolonger votre gouvernement jusqu'au 1er octobre. Ce n'est pas très respectueux de la démocratie." Le CDH ne soutiendra pas ce report, mais il s'abstiendra. "Sept partis vont donc vous soutenir, j'espère qu'ils vous soutiendront pour des mesures d'urgence qui s'imposent", ajoute Catherine Fonck, qui évoque notamment le prolongement du congé parental Corona. "Avez-vous oui ou non obtenu l'engagement que cela pourra se faire?" Le PS annoncera plus tard le dépot d'une proposition de loi à ce sujet.

Raoul Hedebouw (PTB) enchaîne: "Madame la Première ministre, vous nous avez menti. C'est important, la parole en politique. "Vous dénoncez le populisme, mais c'est vous les machines industrielles de production du mécontentement." Le porte-parole de l'extrême gauche dénonce la "bulle des sept" où tout se discute en secret. Sur le fond, il dénonce le fait que le projet maintiendra sans doute la pension à 67 ans ou qui ne taxera pas le capital. "Vous allez pouvoir compter sur une opposition authentique de gauche ces prochaines années."

François De Smet (DéFi) revient lui aussi sur cet engagement. "Ce n'est pas de votre faute personnelle qu'il n'y a pas de gouvernement, mais c'est bien de la faute des grands partis. Le temps a été perdu avant la contamination d'un préformateur. Pendant ce temps-là, modestement, mon parti annonçait que la solution résidait dans une coalition autour de l'arc-en-ciel."

"Nous n'allons pas ajouter nos voix aux semeurs de chaos" et aux extrêmes, ajoute le président de DéFI. "Nous mènerons bien une opposition constructive, mais je suis inquiet. Ce que je vois, ce sont six partis qui ont envie de gouverner et un septième qui hésite." Il dénonce le renvoi en commission de la réforme de l'IVG. "C'est un scandale sur le fond, pour les femmes, mais c'est aussi un scandale sur la forme, une récompense de la flibuste." Il conclut: "Il est temps de trouver votre cap et d'accorder vos violons."

Peter De Roover, chef de groupe N-VA, reprend: "Madame la Première ministre, le 17 mars, vous avez dit ce que vous avez dit. J'ai pensé que vous nous demanderiez aujourd'hui si vous pouviez poursuivre. Et... vous ne dites rien. Si personne n'avait déposé d'interpellation, nous serions passé à l'ordre du jour. C'est une attitude curieuse, je me demande ce qui vous pousse à agire de la sorte. Qu'est-ce qui vous pousse à ne pas poser la question de la confiance?"

Il n'y a aucun lien entre le fait qu'il n'y ait pas de gouvernement et le fait de demander la confiance, dit la N-VA. "La maladie de M. Lachaert n'est pas un argument, poursuit Peter De Roover. Qu'est ce-qui peut vous inspirer? Le fait qu'il y ait des mesures importantes à prendre? C'est un argument qui peut sembler valable, mais qui ne l'est pas. Apparemment, quelque part, il y a eu une réunion au cours de laquelle sept collègues ont participé, au cours de laquelle il a été décidé de reporter au 1er octobre. Est-ce que vous pouvez confirmer cela?"

Sophie Wilmès, dit le chef de file N-VA, se cache derrière les sept présidents de partis. "Vous avez peur du PS. Vous pensez que c'est un mauvais moment pour démissionner." Le seul accord de la Vivaldi, c'est de ne pas respecter le parlement, charge-t-il.

Jean-Marie Dedecker abonde lui aussi dans la tonalité générale de l'opposition: "La démocratie est bafouée."

Une majorité soutient Wilmès

Au tour des partis de la future Vivaldi de prendre la parole. Benoît Piedboeuf, chef de groupe MR, constate qu'il y a une situation difficile en raison du coronavirus et que le gouvernement Wilmès a pris les mesures qui s'mposaient jusqu'ici. "Nous pensons, et je parle d'une majorité parlermentaire, qu'il est nécessaire que ce gouvernement poursuive son travail pour assurer les décisions qui doivent être prises."

Le chef de file libéral pousuit: "Quand j'entends parler de démocratie.. je vais déposer une motion pure et simple défendue par une majorité de 87 députés - ceux de la Vivaldi. Nous souhaitons ce prolongement pour une courte durée." Une motion d'ordre sera déposée afin que la déclaration gouvernementale de la future Vivaldi soit faite le er octobre. "Je n'ai rien d'autre à ajouter parce que j'ai entendu tellement d'âneries qu'il n'est pas nécessaire d'en ajouter", conclut-il.

Georges Gilkinet (Ecolo): "Les Belges veulent un projet de solutions. Sept partis ont choisi de se mettre autour de la table pour le rédiger." Cette réalité dérange, je le sais dit-il, ceux qui prônent l'opposition et les grincheux qui ne veulent pas se pencher sur l'avenir. Ecolo annonce qu'il va soutenir cette demande de prolongation "dans le respect des affaires courantes".

Ahmed Laaouej, chef de groupe PS, rappelle pourquoi il avait soutenu la confiance et les pouvoirs spéciaux, il y a six mois. "Nous savions que la période allait être très difficile. Alors où en sommes-nous? Pour certains, il faudrait un gouvernement minoritaire en affaire courantes, alors que nous ne sommes pas sortis de la pandémie. Nous ne faisons pas ce choix. Je veux saluer le fait que sept partis se sont associés pour donner un avenir à ce pays. Oui, c'est compliqué, mais il y a une volonté d'aboutir le plus vite possible. Il y a un cap fixé, le 1er octobre, c'est dans cet esprit que nous voulons soutenir un gouvernement de durée très limitée."

Servais Verherstraeten, chef de groupe CD&V, regrette qu'il n'y ait toujours pas de gouvernement depuis mai 2019. "Faut-il s'étonner que les citoyens perdent confiance en la politique?, demande-t-il. Nous avions dit que nous préférerions un gouvernement qui associe les deux grands partis au niveau régional, parce qu'une bonne collaboration entre le fédéral et les Régions est indispensable. Mais si ce n'est pas possible, il faut tenter d'autres options. Nous voulons des solutions. Aujourd'hui, nous sommes à sept partis autour de la table, sept visions divergentes" à accorder.

Ce n'est possible que dans le respect et la confiance, prolonge le CD&V. "Les collègues connaissent nos préoccupations", dit-il. Il insiste sur la sécurité sociale, une Flandre forte et une Belgique dynamique, une politique migratoire humaine mais ferme, des débats sur les questions éthiques qui doivent se poursuivre. "Chers collègues, j'ai entendu de grandes déclarations. Vous permettez de les relativiser car certains partis qui ne sont pas autour de la table auraient tenu un autre discours s'ils étaient autour de la table." Une allusion à la N-VA et une affirmation de la solidité du CD&V.

Vincent Van Quickenborne (Open VLD) se réjouit que la dignité du débat soit revenue. "Conseil à M. De Roover, dit-il, ne vous laissez pas influencer par le Vlaams Belang. On ne dépasse pas l'extrême droite par sa droite." Il constate que deux camps s'opposent, celui du blocage qui préfère les affaires courantes, et la "coalition du progrès".

Dont acte.

Sophie Wilmès: "Un débat démocratique"

La Première ministre Sophie Wilmès constate le caractère unique de la situation politique, salue la mémoire des victimes du coronavirus et remercie les gestes de solidarité. "Le 17 mars dernier, je m'engageais à exercer loyalement la confiance, dit-emme. Il a toujours été évident pour moi non seulement que ce gouvernement devait travailler dans le périmètre strict de la confiance accordée et respecter la clause du 17 septembre. C'est chose faite. Ce gouvernement s'inscrit toujours dans le schéma que le Chambre a dessiné."

"Nous menons un débat démocratique et seul le parlement peut en décider l'issue", poursuit-elle. "Vous déciderez les conditions dans lesquelles ce gouvernement pourr continuer à travailler." Elle constate qu'une majorité de 87 députés soutient le gouvernement afin qu'il poursuive son travail dans le prolongement de ce qui a été fait depuis la mi-mars et appelle de ses voeux une majorité plus durable.

L'opposition, sans surprise, est déçue de la réponse et regrette ne ne pas savoir précisément ce qui se fera dans les deux semaines à venir. La perplexité demeure au sujet la réussite de la Vivaldi. "Mais nous vous fixons rendez-vous le 1er octobre", dit François De Smet. "Nous avons eu un débat surprenant sur la coalition Vivaldi, ironise Peter De Roover. Mais nous ne savons pas pourquoi l'engagement n'a pas été respecté."

Une motion pure et simple déposée par les partis de la majorité Vivaldi, est finalemetn votée par une majorité de 84 députés, ceux de la Vivaldi. Le Vlaams Belang, la N-VA et le PTB avaient déposé des motions de défiance, en vain.

C'était un grand chahut annoncé. Et il y a eu lieu, en deux temps, ce jeudi après-midi à la Chambre, à l'occasion d'une première escarmouche en début de séance, puis d'un débat animé en fin de séance.La Première ministre libérale Sophie Wilmès s'était engagée devant les députés à redemander la confiance, si aucun gouvernement fédéral de plein exercice n'était en place pour ce 17 septembre, six mois après avoir reçu exceptionnellement le soutien de neuf partis pour gérer la crise sanitaire. La Vivaldi ayant pris du retard, elle sollicitait des députés une prolongation de deux semaines. Une majorité de 87 députés, la Vivaldi, a finalement accepté de prolonger le gouvernement Wilmès jusqu'au 1er octobre. Ce jour-là, une déclaration gouvernementale du nouveau gouvvernement sera mise à l'ordre du jour.L'opposition, nationaliste flamande en tête, était remontée. Tandis que la Vivaldi doit faire face aux nouvelles hésitations du CD&V, après les sorties critiques des ministres Pieter De Crem et Wouter Beke, ce jeudi.14h20. Après un hommage de la Chambre à deux anciennes parlementaires décédées cet été, Antoinette Spaak et Ilse Uyttersprot, Peter De Roover, chef de groupe N-VA à la Chambre, entame le débat en rémémorant la promesse faite par Sophie Wilmès, il y a six mois, de redemander la confiance à la Chambre. "Elle avait déclaré que dans six mois, elle ferait une déclaration de gouvernement pour demander la confiance. Nous sommes en droit de l'attendre." Patrick Dewael (Open VLD) président de la Chambre, rappelle qu'il a été décidé en conférence des présidents qu'un débat aurait lieu au départ d'une interpellation, suite auquel la Première ministre interviendrait. "Le gouvernement s'est engagé à répondre à ces questions." La Première ministre ne tient pas parole, tacle Peter De Roover. "Le 16 août, elle le rappelait encore dans une interview." Patrick Dewael bloque l'incident de procédure. Mais la séance se poursuit dans le tumulte, la N-VA et le Vlaams Belang s'emportant sur le président de la Chambre. Une illustration de ce que risque d'être la prochaine législature.. Peter De Roover (N-VA): "Nous vivons des moments historiques. Je respecte la Première ministre dans sa fonction, mais je compte sur le soutien de l'ensemble de l'assemblée pour s'opposer à ce qui se passe." Il poursuit d'emblée, en prenant la parole dans les questions d'actualité: "J'ai donc dû lire dans les médias que vous avez l'intention de poursuivre jusqu'au 1er octobre. Mais que va-t-il se passer s'il n'y a pas de gouvernement, ce qui est possible au vu des sentiments du CD&V. Combien de temps allez-vous jouer ce petit jeu? Ne pensez-vous pas qu'il aurait été estimable de partager cela avec la Chambre et de présenter vos projets pour les deux prochaines semaines? La junte Vivaldi a décidé de boycotter le parlement. Mais vous êtes encore la Première ministre du gouvernement Wilmès II."Peter Mertens (PvdA) enchaîne: "La question est légitime. Nous ne vous avions pas accordé la confiance il y a six mois. Six mois plus tard, les riches sont encore plus riches. (...) Les soins de santé sont prêts à descendre dans la rue. Je peux comprendre que vous ne demandiez pas la confiance parce que dans la population, il n'y a que de la méfiance."Sophie Wilmès intervient une première fois: "Je m'étais engagée à ne pas dépasser le périmètre pour gérer la crise. Si le parlement le décide, nous allons continuer dans le même périmètre. Comme vous le savez il y a un Conseil national de sécurité important la semaine prochaine, il est essentiel que le gouvernement fédéral continue à travailler."Peter De Roover: "Madame la Première ministre, ce que vous venez de dire peut être fait en affaires courantes. Il n'y a aucune raison de ne pas faire ce à quoi vous vous étiez engagée." Peter Mertens demande quant à lui un débat de fond sur le contenu des politiques. Fin du premier épisode.Puis, c'est... business as usual, le temps des autres questions d'actualité. La première concerne les engagements européens annoncés dans la déclaration sur l'Etat de l'Union, de la présidente de la Commission européenne. Sophie Wilmès: "Une de ses propositions clés est de réduire à moins de 55% les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Les Etats membres ont la possibilité d'examiner cette proposition. La Belgique soutient l'objectif actuel (-40%). La position par rapport à la nouvelle proposition sera déterminée par une concertation entre l'Etat fédéral et les entités fédérées."Sander Loones (N-VA) exprime les craintes de la Flandre dans la répartition des moyens du plan de relance européen. "La Belgique doit remettre un seul plan à partir du 15 octobre, répond la Première ministre. Je m'étonne que votre tonalité soit différente alors que vous aviez eu l'occasion de l'exprimer auparavant. Peut-être est-ce dû à la formation d'un nouveau gouvernement?" Le nationaliste regrette la réponse et réitère le souhait de voir la Première ministre demander la confiance.Plusieurs questions concernent encore la gestion de la crise du coronavirus et le rebond que l'on constate actuellement. "Les médecins généralistes sont débordés", soulignent plusieurs intervenants. "Les citoyens sont partagés entre inquiétude et lassitude." La crainte, entend-on, n'est autre que l'écroulement du système. Il est encore question des tests, qui restent trop peu nombreux.Sophie Wilmès répond: "Les mesures prises cet été visaient à permettre le retour à l'école et cela a réussi, en respectant bien sûr des mesures sanitaires. Mais nous savons que rien n'est acquis, nous constatons que le virus a repris sa propagation. (...) Les tendances sont inquiétantes. J'entends trop souvent dire que la situation n'est pas grave. Tout un chacun doit mesurer que cette situation est préoccupante, nous devons la prendre au sérieux."Elle regrette les déclarations qui mettent en doute les mesures et reconnaît la complexité des mesures. "Mais les gestes barrières sont notre première protection. La réponse à la pandémie réside dans un engagement individuel dans un élan collectif. C'est cela que j'ai voulu dire à la population dans mon message vidéo. Toujours taper sur le même clou."Evidemment, dit-elle, les autorités doivent agir. Un Conseil national de sécurité a lieu la semaine prochaine. "C'est vrai que ce ne sera pas simple de trouver le juste équilibre entre le fait de simplifier les règles, voire de les assouplir pour certaines, tout en tenant compte de l'évolution de la situation. La communication est importante. Notre débat démocratique ne peut pas avoir pour conséquence que l'on oublie la dangerosité du virus." Elle évoque aussi "la possibilité de soulager les médecins de premièe ligne." Sophie Wilmès s'éclipse alors que les critiques fusent sur la politique de tests, à l'attention du ministre Open VLD Philippe De Backer. Fin de l'interlude.L'ordre des travaux décidée témoigne d'une chose de la part des partis de la future Vivaldi: la gestion du pays en ce temps difficile prime, cela doit dépasser pour l'instant les remous de la formation du nouveau gouvernement. Débat, clap, deuxième. Il est finalement 16h43 lorsque la députée Vlaams Belang Barbara Pas monte à la tribune pour dénoncer la "promesse qui a été bafouée par la Première ministre" de demander la confiance. "Quel mépris affichez-vous aujourd'hui!" Elle dénonce le caractère "antidémocratique et antiflamand" du gouvernement et souligne que son parti utilisera tous les moyens pour le combattre en citant... le N-VA Théo Francken."La seule option est la démission de ce gouvernement, ce que l'on ferait dans toute démocratie, pour convoquer de nouvelles élections", dit la députée d'extrême droite. Qui dénonce "le barnum de la rue de la Loi". Et souligne que "le seul ciment de la Vivaldi, c'est la peur de l'électeur".Catherine Fonck, cheffe de groupe CDH, est plus mesurée. "Madame la Première ministre, il y a six mois, vous vous étiez engagée à demander la confiance, vous parliez de grande union. Le CDH s'est montré constructif en faisant des propositions. Certains ont souhaité que le CDH ne soit pas à la table de négociation, dont acte. Cela ne nous rend pas amer." Elle dénonce le "fédéralisme de combat" mené par les partis d'opposition et appelle un "projet positif" pour le pays."Sept partis vont remettre en selle votre gouvernement minoritaire. C'est par la presse que nous avons appris que sept présidents de partis avaient décidé de prolonger votre gouvernement jusqu'au 1er octobre. Ce n'est pas très respectueux de la démocratie." Le CDH ne soutiendra pas ce report, mais il s'abstiendra. "Sept partis vont donc vous soutenir, j'espère qu'ils vous soutiendront pour des mesures d'urgence qui s'imposent", ajoute Catherine Fonck, qui évoque notamment le prolongement du congé parental Corona. "Avez-vous oui ou non obtenu l'engagement que cela pourra se faire?" Le PS annoncera plus tard le dépot d'une proposition de loi à ce sujet.Raoul Hedebouw (PTB) enchaîne: "Madame la Première ministre, vous nous avez menti. C'est important, la parole en politique. "Vous dénoncez le populisme, mais c'est vous les machines industrielles de production du mécontentement." Le porte-parole de l'extrême gauche dénonce la "bulle des sept" où tout se discute en secret. Sur le fond, il dénonce le fait que le projet maintiendra sans doute la pension à 67 ans ou qui ne taxera pas le capital. "Vous allez pouvoir compter sur une opposition authentique de gauche ces prochaines années."François De Smet (DéFi) revient lui aussi sur cet engagement. "Ce n'est pas de votre faute personnelle qu'il n'y a pas de gouvernement, mais c'est bien de la faute des grands partis. Le temps a été perdu avant la contamination d'un préformateur. Pendant ce temps-là, modestement, mon parti annonçait que la solution résidait dans une coalition autour de l'arc-en-ciel.""Nous n'allons pas ajouter nos voix aux semeurs de chaos" et aux extrêmes, ajoute le président de DéFI. "Nous mènerons bien une opposition constructive, mais je suis inquiet. Ce que je vois, ce sont six partis qui ont envie de gouverner et un septième qui hésite." Il dénonce le renvoi en commission de la réforme de l'IVG. "C'est un scandale sur le fond, pour les femmes, mais c'est aussi un scandale sur la forme, une récompense de la flibuste." Il conclut: "Il est temps de trouver votre cap et d'accorder vos violons."Peter De Roover, chef de groupe N-VA, reprend: "Madame la Première ministre, le 17 mars, vous avez dit ce que vous avez dit. J'ai pensé que vous nous demanderiez aujourd'hui si vous pouviez poursuivre. Et... vous ne dites rien. Si personne n'avait déposé d'interpellation, nous serions passé à l'ordre du jour. C'est une attitude curieuse, je me demande ce qui vous pousse à agire de la sorte. Qu'est-ce qui vous pousse à ne pas poser la question de la confiance?"Il n'y a aucun lien entre le fait qu'il n'y ait pas de gouvernement et le fait de demander la confiance, dit la N-VA. "La maladie de M. Lachaert n'est pas un argument, poursuit Peter De Roover. Qu'est ce-qui peut vous inspirer? Le fait qu'il y ait des mesures importantes à prendre? C'est un argument qui peut sembler valable, mais qui ne l'est pas. Apparemment, quelque part, il y a eu une réunion au cours de laquelle sept collègues ont participé, au cours de laquelle il a été décidé de reporter au 1er octobre. Est-ce que vous pouvez confirmer cela?"Sophie Wilmès, dit le chef de file N-VA, se cache derrière les sept présidents de partis. "Vous avez peur du PS. Vous pensez que c'est un mauvais moment pour démissionner." Le seul accord de la Vivaldi, c'est de ne pas respecter le parlement, charge-t-il.Jean-Marie Dedecker abonde lui aussi dans la tonalité générale de l'opposition: "La démocratie est bafouée."Au tour des partis de la future Vivaldi de prendre la parole. Benoît Piedboeuf, chef de groupe MR, constate qu'il y a une situation difficile en raison du coronavirus et que le gouvernement Wilmès a pris les mesures qui s'mposaient jusqu'ici. "Nous pensons, et je parle d'une majorité parlermentaire, qu'il est nécessaire que ce gouvernement poursuive son travail pour assurer les décisions qui doivent être prises."Le chef de file libéral pousuit: "Quand j'entends parler de démocratie.. je vais déposer une motion pure et simple défendue par une majorité de 87 députés - ceux de la Vivaldi. Nous souhaitons ce prolongement pour une courte durée." Une motion d'ordre sera déposée afin que la déclaration gouvernementale de la future Vivaldi soit faite le er octobre. "Je n'ai rien d'autre à ajouter parce que j'ai entendu tellement d'âneries qu'il n'est pas nécessaire d'en ajouter", conclut-il.Georges Gilkinet (Ecolo): "Les Belges veulent un projet de solutions. Sept partis ont choisi de se mettre autour de la table pour le rédiger." Cette réalité dérange, je le sais dit-il, ceux qui prônent l'opposition et les grincheux qui ne veulent pas se pencher sur l'avenir. Ecolo annonce qu'il va soutenir cette demande de prolongation "dans le respect des affaires courantes".Ahmed Laaouej, chef de groupe PS, rappelle pourquoi il avait soutenu la confiance et les pouvoirs spéciaux, il y a six mois. "Nous savions que la période allait être très difficile. Alors où en sommes-nous? Pour certains, il faudrait un gouvernement minoritaire en affaire courantes, alors que nous ne sommes pas sortis de la pandémie. Nous ne faisons pas ce choix. Je veux saluer le fait que sept partis se sont associés pour donner un avenir à ce pays. Oui, c'est compliqué, mais il y a une volonté d'aboutir le plus vite possible. Il y a un cap fixé, le 1er octobre, c'est dans cet esprit que nous voulons soutenir un gouvernement de durée très limitée."Servais Verherstraeten, chef de groupe CD&V, regrette qu'il n'y ait toujours pas de gouvernement depuis mai 2019. "Faut-il s'étonner que les citoyens perdent confiance en la politique?, demande-t-il. Nous avions dit que nous préférerions un gouvernement qui associe les deux grands partis au niveau régional, parce qu'une bonne collaboration entre le fédéral et les Régions est indispensable. Mais si ce n'est pas possible, il faut tenter d'autres options. Nous voulons des solutions. Aujourd'hui, nous sommes à sept partis autour de la table, sept visions divergentes" à accorder.Ce n'est possible que dans le respect et la confiance, prolonge le CD&V. "Les collègues connaissent nos préoccupations", dit-il. Il insiste sur la sécurité sociale, une Flandre forte et une Belgique dynamique, une politique migratoire humaine mais ferme, des débats sur les questions éthiques qui doivent se poursuivre. "Chers collègues, j'ai entendu de grandes déclarations. Vous permettez de les relativiser car certains partis qui ne sont pas autour de la table auraient tenu un autre discours s'ils étaient autour de la table." Une allusion à la N-VA et une affirmation de la solidité du CD&V.Vincent Van Quickenborne (Open VLD) se réjouit que la dignité du débat soit revenue. "Conseil à M. De Roover, dit-il, ne vous laissez pas influencer par le Vlaams Belang. On ne dépasse pas l'extrême droite par sa droite." Il constate que deux camps s'opposent, celui du blocage qui préfère les affaires courantes, et la "coalition du progrès".Dont acte.La Première ministre Sophie Wilmès constate le caractère unique de la situation politique, salue la mémoire des victimes du coronavirus et remercie les gestes de solidarité. "Le 17 mars dernier, je m'engageais à exercer loyalement la confiance, dit-emme. Il a toujours été évident pour moi non seulement que ce gouvernement devait travailler dans le périmètre strict de la confiance accordée et respecter la clause du 17 septembre. C'est chose faite. Ce gouvernement s'inscrit toujours dans le schéma que le Chambre a dessiné.""Nous menons un débat démocratique et seul le parlement peut en décider l'issue", poursuit-elle. "Vous déciderez les conditions dans lesquelles ce gouvernement pourr continuer à travailler." Elle constate qu'une majorité de 87 députés soutient le gouvernement afin qu'il poursuive son travail dans le prolongement de ce qui a été fait depuis la mi-mars et appelle de ses voeux une majorité plus durable.L'opposition, sans surprise, est déçue de la réponse et regrette ne ne pas savoir précisément ce qui se fera dans les deux semaines à venir. La perplexité demeure au sujet la réussite de la Vivaldi. "Mais nous vous fixons rendez-vous le 1er octobre", dit François De Smet. "Nous avons eu un débat surprenant sur la coalition Vivaldi, ironise Peter De Roover. Mais nous ne savons pas pourquoi l'engagement n'a pas été respecté."Une motion pure et simple déposée par les partis de la majorité Vivaldi, est finalemetn votée par une majorité de 84 députés, ceux de la Vivaldi. Le Vlaams Belang, la N-VA et le PTB avaient déposé des motions de défiance, en vain.