Cher Petit Papa Noël,
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Cher Petit Papa Noël, Je sais que c'est toi qui descendras du ciel, la semaine prochaine. Ça fait des années que je ne crois plus que le gros monsieur barbu qui devient tout rouge quand il fait froid et qui crie très fort quand il donne des cadeaux est mon père. Il a bien essayé un peu de t'imiter, quand on était gamins, à Jodoigne, mais avec sa houppelande bleue et son écharpe de bourgmestre, il était pas fort crédible, le père. Bon, mon frère Mathieu et moi on a quand même continué à faire semblant d'être surpris, pour les cadeaux. Je me rappelle encore quand il m'a offert ce siège de député fédéral. S'il avait su que je n'y croyais plus, ça me serait passé sous le nez et tout ce qui m'arrive ne serait pas arrivé. Pourtant, j'avais 24 ans, c'est plus l'âge où on met un verre de goutte devant la cheminée au soir du 24 décembre en espérant gâter un vieux migrant lapon, hein. Mais je sais que tu ne me lis pas pour m'écouter raconter ma vie. Je sais que tu reçois beaucoup de courrier. Mon copain Alexander qui s'occupe de tout ça me fait lire les plus marrants, ça nous amuse beaucoup (ça fait perdre du temps à ses fonctionnaires, mais il s'en fiche, il me dit déjà qu'ils n'ont rien à faire de leur journée et qu'ils n'ont qu'à en profiter pour fonder leur start-up ou postuler chez Amazon). Si je t'écris, cette année, ce n'est même pas pour te demander des cadeaux, ni pour moi, ni pour ma famille, ni pour mes copains. Parce qu'en fait, cette année, j'ai eu tout ce que je voulais. Je ne sais pas si ça vient de toi ou des habiles externalisations que tu as implémentées (Saint-Nicolas, déjà, c'était futé, mais alors ces cadeaux de Hanoukka et de l'Aïd, quel sublime exemple de diversification entrepreneuriale ! Tu es un prophète de la nouvelle économie. Tu fais des séminaires, au fait ? Parce qu'on cherche des influenceurs, au Centre Jean Gol), mais vraiment, là, je suis comblé. Pour tout dire, ça va même un peu trop bien. Chaque fois que j'ouvre le journal auquel mon copain Cauderlier m'a fait abonner, un journal avec des pages orange sur lesquelles il y a plein de grilles de chiffres à la fin et plein de trucs très chouettes écrits sur moi au début, je me dis que c'est peut-être une blague. Mais chaque fois je vérifie, et pour ça, je téléphone à mon copain Olivier, celui à qui j'ai prêté mon ancien bureau pour qu'il l'entretienne et qui a gardé toutes les photos de moi dans de jolis cadres, et il me dit que non, en effet, tout va très bien et que c'est grâce à moi. En fait, ça va si bien que c'est moi qui suis en train de faire des cadeaux. Parfois, les gens, ils n'en veulent pas. Ils sont bizarres, les gens. Par exemple, à mon copain Olivier, j'ai voulu filer un nouveau bureau, au bord de deux rivières où mes copains et moi on ne passait plus trop ces trente dernières années. Il n'en a pas voulu, il disait qu'il ne voulait pas déplacer ses cadres avec toutes ces belles photos de moi jusque-là. Alors j'ai donné le nouveau bureau à mon autre copain, Willy, qui ne refuse jamais un nouveau bureau, lui, tout en donnant son nouvel ancien bureau à mon copain Denis. On l'a reçu comme ça, ce bureau, d'un type de la campagne qui s'appelle Benoît. J'ai pas compris pourquoi il faisait ça, et j'ai pas compris pourquoi il n'avait pas compris que du coup, nous, on va tout lui piquer, ses anciens copains et ses anciens électeurs (si c'est un cadeau de ta part, Petit Papa, merci, hein). Mais bref. Toujours est-il que puisque cette année c'est à moi de descendre du ciel avec des jouets par milliers, cette fois-ci, ma liste, c'est pas une liste de cadeaux à recevoir, c'est une liste de cadeaux à donner. Alors je te l'envoie pour que tu me dises ce que tu en penses. Y a des trucs qui sont déjà distribués, comme la possibilité de travailler au-delà des 67 ans quand on n'a pas un métier pénible, que j'ai donnée, avec mon copain Daniel des pensions, à l'ancien pote à papa avec son noeud papillon, celui qui me regarde toujours bizarrement et qui veut continuer à empiler les annuités jusqu'à 80 ans. Ou comme la suppression des provinces sans supprimer les provinces que j'ai fait donner à mon frère Mathieu (la province, il adore, je ne sais pas pourquoi) par mon copain Willy et ma copine Valérie (qu'est-ce qu'il a été content, Mathieu !). Ou comme un tweet sur la Catalogne pour mon copain Bart (ça, c'était pas cher, il est pas exigeant, mon copain Bart). Mais il y a des machins que je dois encore acheter. Par exemple, j'avais pensé : A un stage de danse orientale à la Maison des cultures de Molenbeek, et puis un abonnement à l'Espanyol de Barcelone (je ne sais pas pourquoi mais il a l'air de bien aimer cette région-là) pour mon copain Jan, celui qui aime bien se déguiser en policier. A un dictionnaire de citations latines pour mon copain Kris qui a emménagé dans la ville de mon copain Bart et qui aime tant les langues romanes (" asinus asinum fricat ", Kris, hi hi hi). A un pack triple play de chez VOO et à un abonnement à L'Avenir pour mon copain Daniel qui ne connaît pas du tout cette entreprise wallonne, il paraît, le pauvre. A un jeu rigolo, par exemple un Docteur Maboul, que quand tu es trop brutal avec ton patient son nez devient tout rouge, pour ma copine Maggie, qui ne s'amuse plus comme avant on dirait. A des piles, pour mettre dans le Docteur Maboul de ma copine Maggie comme ça on est sûrs que Maggie ne risque pas de s'électrocuter en s'amusant, pour ma copine Marie-Christine, qui est si gentille pour fournir de l'électricité à tout le monde. A un train fou en Lego qui foncerait dans le brouillard, il paraît qu'ils en fabriquent des écologistes pour mon copain Johan, qui est si méticuleux quand il fait des calculs. A une mitre avec une croix dessus que je ferai dédicacer par mon copain Denis, qui ne rigole pas avec ça non plus et qui vient de recevoir un nouveau bureau (je ne sais plus si je te l'ai déjà dit) pour mon copain Theo, qui est si attaché à nos valeurs religieuses et que ça il faut toujours respecter. Et aussi : Pour mon copain Didier qui est toujours parti mais qui m'aime beaucoup et à qui je manque fort (je le vois bien à chaque fois qu'il me regarde), je voudrais lui donner l'occasion de rester plus souvent près de moi. Alors dès qu'un poste à l'international s'ouvrira pour un Belge, je ferai tout pour que ça ne soit pas lui. Pour mon copain Pieter, qui a tant de travail, je me demande s'il ne faudrait pas se cotiser pour lui payer des vacances. J'aimerais bien le lui proposer, mais je ne le vois jamais. Tu en dis quoi, toi ? Bisous. Charles