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La hausse des prix a un impact énorme sur les enfants en situation de pauvreté

Le Vif

En raison de l’inflation, le revenu dont une famille a besoin pour participer pleinement à la vie en société a sensiblement augmenté. Pour les ménages en situation de pauvreté, la hausse des prix de l’énergie et des biens de consommation est telle que le budget dédié aux activités parascolaires, aux dépenses en vêtements et aux relations sociales doit être drastiquement raboté, constate vendredi la Fondation Pelicano, qui lutte contre la précarité infantile.

Le budget de référence des familles, qui désigne le revenu minimum dont une famille a besoin pour participer pleinement à la vie en société, a augmenté, en l’espace de six mois, de 84 euros en moyenne par mois, passant précisément de 2.321 euros à 2.405. Cela représente une hausse de 4% pour la période allant de juin 2021 à janvier 2022, selon des chiffres du centre de conseil et de recherche budgétaire de la haute école Thomas More (CEBUD), relayés vendredi par la Fondation Pelicano.

Pour étudier les ressources financières des ménages, le CEBUD détermine, en fonction de différents critères, quels biens et services sont nécessaires pour participer à la société. Parmi eux, on retrouve notamment une alimentation saine, un logement adéquat, des soins de santé accessibles, des vêtements adaptés, le repos et la détente, une enfance paisible et une mobilité en toute sécurité.

« Nous constatons la forte augmentation des prix de consommation de gaz, d’électricité et d’eau. En à peine six mois, ces frais ont augmenté d’environ 48%, passant en moyenne de 167 euros à 247 euros par mois », indique Bérénice Storms, coordinatrice et chercheuse au CEBUD. « Et les prix de l’énergie ont encore augmenté depuis lors », ce qui « a un impact énorme sur les familles qui sont déjà en difficulté », ajoute-t-elle.

C’est l’insouciance qui trinque

« L’insouciance, les loisirs et les relations sociales sont primordiaux pour les enfants en situation de pauvreté, mais ne sont plus guère possibles, étant donné qu’une très grande partie de leur budget est absorbée par les autres besoins de base », relève Christiaan Hoorne, directeur général de la Fondation Pelicano. « La probabilité que ces enfants sortent du cercle de la pauvreté pour devenir plus tard un membre à part entière de la société diminue dès lors visiblement », s’inquiète-t-il.

Une enquête menée par la Fondation Pelicano auprès de 103 services sociaux (écoles, CPAS,…) faisant partie de son réseau montre par ailleurs que l’argent manque de plus en plus pour permettre aux enfants de fréquenter pleinement l’école. « Environ 65% des services sociaux signalent que les familles en situation de pauvreté n’ont plus de ressources financières à consacrer aux activités extrascolaires. De plus, ils remarquent également que les enfants en situation de pauvreté ne portent pas de vêtements appropriés (52%), que leur hygiène laisse à désirer (45%) ou qu’ils n’emportent pas assez voire pas du tout de nourriture à l’école (42%) », ressort-il de l’enquête. Environ 40% des services sociaux indiquent encore que les enfants en situation de pauvreté n’ont pas la possibilité d’aller aux fêtes d’anniversaire d’amis, parce que les parents n’ont pas les moyens d’acheter un cadeau par exemple. Si la hausse des budgets de référence se poursuit, « même les familles qui arrivent normalement à joindre les deux bouts seront en difficulté », craint Bérénice Storms du CEBUD

La Fondation Pelicano se montre par ailleurs critique par rapport aux derniers chiffres sur la pauvreté infantile publiés par l’office de statistiques Statbel. « Ces chiffres (qui datent de 2019) ne tiennent pas compte de la crise du coronavirus et des derniers développements socio-économiques et donnent donc une image déformée. En apparence, nous nous en sortons plutôt bien, mais c’est le contraire », épingle Christiaan Hoorne, qui insiste sur la nécessité d’avoir des données actualisées afin de renvoyer une image fidèle de la réalité. « Ce n’est que de cette façon que nous pourrons démontrer l’urgence de la situation et que le gouvernement pourra agir avec plus de précision », conclut-il.

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