Les attentats de Paris et les accusations d'être la plaque tournante du terrorisme musulman dans le monde ont valu l'étiquette de failed state à la Belgique, un reproche partagé par les journaux de renommée internationale The Financial Times et The New York Times. En Belgique, on a haussé les épaules : la situation n'est pas si grave, non?
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Les attentats de Paris et les accusations d'être la plaque tournante du terrorisme musulman dans le monde ont valu l'étiquette de failed state à la Belgique, un reproche partagé par les journaux de renommée internationale The Financial Times et The New York Times. En Belgique, on a haussé les épaules : la situation n'est pas si grave, non? Six mois plus tard, le rédacteur en chef de Politico, Matthew Kaminski, n'a pas changé d'avis. "La Belgique n'est pas la Somalie, mais il y a quelque chose de fondamentalement de travers. Nulle part, je n'ai vu un pays doté d'un système d'état aussi cher, compliqué et fondamentalement inefficace." Son analyse est de plus en plus partagée à l'étranger. La semaine dernière, le quotidien néerlandais NRC Handelsblad publiait un article sur "la crise de structure belge". Le journal énumère plusieurs éléments : "le régime pénitentiaire en crise, les critiques contre l'organisation de la police, la structure sécuritaire trop faible, les routes de la capitale délabrées. La liste ne doit plus beaucoup s'allonger", écrit-il. Et il oublie les grèves qui paralysent Zaventem à tout bout de champ. Selon le quotidien, "on s'inquiète de plus en plus à l'étranger" au sujet de la Belgique, le port d'attache de l'Union européenne et de l'OTAN. L'atteinte à la réputation est incommensurable. Interrogé par Knack, le président du CD&V Wouter Beke déclare qu'il refuse d'entrer dans ces histoires d'état défaillant et qu'il y a aussi des choses dont nous pouvons être fiers, tels que l'enseignement et les soins de santé. C'est exact, mais cela n'empêche pas que le délabrement soit important, au point qu'il y a six mois, Frank Van Massenhove, à la tête du SPF Sécurité sociale, écrivait que la Belgique "sombrait lentement, mais sûrement dans le statut de 'failed state'". Cet avis est partagé par de plus en plus de compatriotes. La semaine dernière, Béatrice Delvaux écrivait dans son billet pour le De Standaard que "la Belgique craque de partout, des routes aux tunnels en passant par les prisons et les contrôleurs du trafic aérien". Delvaux se dit très inquiète qu'aucun politique ne veuille voir ce que la population et le reste du monde ont compris. Le professeur Herman Daems, président de la KuLeuven, rappelle au magazine Knack que les dépenses publiques sont de 53% et que l'endettement s'élève à 105% du produit intérieur brut. Il n'y a donc pas beaucoup de marge pour investir dans le fonctionnement de l'état, la construction de prisons, l'infrastructure, etc. Cependant, il n'y a pas que l'aspect financier qui joue un rôle. Daems souligne une autre cause : "Nous n'arrivons plus à clôturer les consultations et à trancher. Et quand on décide quelque chose, c'est immédiatement discuté. Ce n'est pas ainsi qu'on avance." Aussi qualifie-t-il la Belgique d'état 'exténué'. Afin d'éviter de sombrer encore plus, certains trouvent qu'il faut retransférer les compétences des régions à l'état fédéral. Ils oublient que la sécurité et la justice, deux domaines où la situation est très préoccupante, sont fédérales, même si la Flandre n'est pas toujours un modèle d'efficacité non plus. La succession de réformes de l'état nous a plongés dans un labyrinthe hautement complexe. Ce n'est pas non plus une unification plus poussée de l'Europe qui nous sauvera. L'Union européenne ne réussit pas à faire preuve du dynamisme nécessaire pour résoudre ses problèmes. Il suffit de voir comment elle gère la crise grecque et le problème des réfugiés. Tous les jours, le projet européen perd en crédibilité. Le risque d'implosion de l'UE ne fait qu'augmenter. Il n'y a pas que la Belgique qui est exténuée, l'Union européenne aussi l'est, déclare Herman Daems. Face à problème, nous ferions mieux de ne pas hausser les épaules. Plus que jamais, nous avons besoin de structures plus simples et transparentes qui aident les politiques à prendre des décisions qui servent l'intérêt général. Cela vaut tant pour l'organisation de zones de police que pour l'architecture de l'état.