L'évanescence vaporeuse propre au cumulus s'est cristallisée en transparences irisées et en contours acérés. Avec la délicatesse d'une composition qui attire et aspire le regard vers le détail des légers coups de pinceau, cela est d'abord de la peinture. Or, ce qui est représenté pointe un sujet grave : la pollution par les plastiques que le peintre visualise transportée par les océans et les airs comme les graines de notre jardin planétaire.

Le propos est frontal, violent, glacé dans la manière de l'incarner. La thématique relève à la fois du constat scientifique et de la peur que le peintre condense en une seule image du nuage qui se prête d'autant mieux au jeu qu'il occupe les peintres depuis le XIXe siècle selon ces deux approches, scientifique et romantique.

Constable en faisait un sujet d'étude nouveau qui l'éloignait de la tyrannie de l'anatomie alors qu'avec Carl David Friedrich, "le voyage au-dessus d'une mer de nuages", le ciel lourd de nuages, devient acteur d'angoisse. Cependant, le nuage peut aussi devenir le complice d'une approche poétique et conceptuelle. Et de citer "la corde sensible" de René Magritte où, dans un paysage de montagnes, un nuage s'est posé sur un verre de cristal. Ou mieux encore, "les idées claires" de 1965 où, par-dessus la mer, apparaissent suspendus l'un au-dessus de l'autre et de forme identique, un nuage et un rocher.

Bien sûr, depuis, dans sa série "Cloud" (1970), Gerhard Richter aura pointé le lien entre la représentation mécanique (la photographie) et le pouvoir de la peinture. C'est au coeur de toutes ces interrogations que cette artiste belge traite, comme Ron Mueck le fait par la sculpture hors échelle ou Victoria Reynolds par ses "fleurs de viande", des questions liées à notre présent.

De Meridiaan. Casinoplein 9, Blanckenberghe. Jusqu'au 29 septembre. Tous les jours sauf lundi de 14h à 17h. www.blanckenberghe.be/cultuur.