Le travail de Marguerite Humeau (°1986) nous y aide. Fascinant autant que dérangeant, d'une douceur de velours autant que d'une silencieuse violence, il se nourrit de sciences autant que d'intuitions. A la manière d'une odyssée, sa trajectoire traverse les savoirs puisque cette diplômée du Royal College of Art de Londres se nourrit de recherches et de rencontres avec des biologistes, des anthropologues, des éthologues, des spécialistes de l'archéologie et des mythologies, du langage, du son ou encore de la chirurgie réparatrice.

Après cette période d'enquêtes, elle entame une réflexion où l'imaginaire enlacé à la connaissance accumulée, s'incarne dans la création de sculptures aux allures biomorphiques souvent inquiétantes.

Dans la galerie, chaque pièce évoque l'univers des belugas dont les suicides l'interpellent comme, plus tôt, l'origine du langage (au Palais de Tokyo) ou encore le chamanisme à la Préhistoire (Centre Pompidou). La plus grande oeuvre, couchée sur le dos, offre son ventre blanc étincelant alors que la peau du dos déjà bleuie souligne la présence de la mort et, en même temps, grâce à une recherche technique particulière (une forme de glacis), suggère le souffle des vagues en leur surface apaisée. Oui, on sait aujourd'hui bien davantage sur la douleur ressentie par le monde animal et les rituels qui accompagnent les moments de la séparation.

Dès le début des années 2000, Valérie Vergara (Vancouver) comme Melissa Regate (Milan) entre autres spécialistes de ces cétacés, ont révélé la manière dont les belugas comme les dauphins accompagnent leur mort en le veillant et en le protégeant, parfois des jours durant. Ces comportements (loin d'être uniques dans le monde animal) ouvrent de nouvelles perspectives sur nos rapports avec l'animalité. Mieux, nous dit l'artiste, ils ouvrent une béance dans laquelle peut s'imaginer la naissance de la spiritualité.

Le beluga femelle sculpté par Marguerite Humeau peut alors, nous expliquait-t-elle à quelques heures de l'ouverture de l'exposition, "rappeler l'image d'un Christ offert" afin que l'homme, enfin, envisage à l'occasion des déluges annoncés, un nouveau monde, lumineux et numineux, ce que Rudolf Otto, en 1917 dans son livre "le sacré", appelait le "mysterium tremendum.

Galerie Clearing. 311, av Van Volxem (1190 Bruxelles). Jusqu'au 19 octobre. Du mardi au samedi de 10h à 18h. www.clearing.com