Tant à l'interne du Parti qu'à l'extérieur, et même au-delà de la frontière linguistique. Le résultat sera dévoilé ce vendredi dans la journée par les instances compétentes.

Quels sont les enseignements et constats que l'on peut tirer de l'élection à la Présidence du MR alors que la campagne du deuxième tour bat son plein ?

1. Il est rare, pour ne pas dire nouveau, qu'une telle élection, du côté francophone ait suscitée, autant d'attention et de débats de la part des militants.

N'est-ce donc pas la manifestation de la part des militants d'un contentement de retrouver la culture du débat et d'un formidable esprit de démocratie interne. De toute évidence, cela est suscité, par le départ pour d'autres cieux, de deux figures tutélaires du MR, ayant accaparé le devant de la scène politique belge, Didier Reynders et Charles Michel.

2. L'élection se distingue aussi, par le nombre de candidats ayant postulé à la fonction présidentielle. 3 hommes (Ducarme, Bouchez, et Goffin) et 2 femmes (Defraigne et Barzin).

La parité a été quasiment de mise. Le Hainaut, la Province de Liège et Bruxelles ont présenté des candidats. Avec pour certain(e)s, des vraies différences sur le fond des choses tant dans le fonctionnement interne que sur le plan de la ligne à suivre. Il y avait donc des vrais choix à faire et le second tour ne déroge pas à la règle.

3. Cette élection se distingue encore par le fait qu'elle est à 2 tours. En effet, aucun des candidats n'ayant atteint la majorité absolue au premier tour.

L'exercice est intéressant, car les 2 challengers (Ducarme et Bouchez) doivent donc, pour l'emporter rassembler et sortir du confort de leurs convictions profondes.

Ils doivent convaincre celles et ceux qui n'ont pas voté pour eux de le faire au second tour. D'autant plus que l'on constate qu'ils sont tous les deux marqués ou plutôt catalogués sur la droite de l'échiquier politique.

L'exercice n'est pas anodin, car le MR ne se réduit pas, comme on veut trop souvent le laisser penser, à une vision gauche-droite archaïque et souvent dépassée au regard des innombrables enjeux de société.

Il existe aussi en son sein, un axe conservateur et un autre progressiste, qui ont toujours su par le passé coexister. Christine Defraigne s'est présentée comme la digne représentante de ce courant progressiste lors du premier tour, et a sollicité des 2 candidats encore en course un droit de tendance, comme en bénéficie le MCC.

Le nouveau Président va devoir démontrer qu'il n'est pas le tenant exclusif d'une ligne, mais bien d'une ligne qui se veut consensuelle, qui rassemble, qui ne divise pas et qui est forte en termes d'idées et de valeurs. Pas de consensus mou, mais la force des idées et des propositions pour une société rassemblée.

L'exercice n'est pas facile, au sortir de cinq années à gouverner avec la N-VA, de s'extirper de l'isolement qui s'en est suivi et qui fut celui du MR au sein des partis francophones. On ne peut gouverner seul contre tous indéfiniment.

4. Les battus (le terme n'est pas le meilleur) du premier tour, ont eu des attitudes différentes dans leurs déclarations, quant à savoir quels candidats ils soutiendraient pour le second tour.

D'aucuns (Ph.Goffin, et C. Barzin) se sont ralliés à la vitesse de l'éclair, voire de la lumière, à un étendard (celui de G.L.Boucher), tout en invitant à le soutenir par le vote. Sans apporter des justifications précises, voire en ne se justifiant pas.

Il n'est donc pas interdit, de donner du crédit, au bruit qui court, que ces candidatures ont été suscitées par des esprits inquiets, pour affaiblir d'autres candidats. Chacun se fera son opinion.

L'objectivité impose toutefois de reconnaitre, que Christine Defraigne, tenante du courant progressiste (qui ne peut être réduit à son seul score électoral), est la seule, en prenant le temps de la réflexion, à avoir invité les 2 candidats à la magistrature suprême, à répondre à un questionnaire programmatique et d'intention politique.

Ensuite de quoi, elle a exprimé sa préférence, en déclarant qu'à titre personnel, elle voterait pour Denis Ducarme, en précisant pourquoi, au regard des réponses apportées par chacun des deux candidats.

En conclusions, si on se fait l'écho des commentateurs bien informés ou de sources internes , on a deux ralliements prévus et prévisibles, voire préparés et un s'inscrivant dans la culture du débat, fait à titre personnel et sans donner des consignes de vote.

Les deux premiers ralliements s'inscrivent, si on les analyse dans une conception collectiviste qui considère, que l'on est propriétaire de ses voix, et qui veut imposer ou guider à tout le moins fermement la main du militant lorsqu'il votera.

Alors que le troisième s'inscrit dans une vision individualiste ou chacun est maître de son destin et de sa conscience intime pour voter, pour tenter d'aboutir à un projet partagé et librement consenti au sein du MR.

5. Une ligne de fracture nette oppose les deux candidats .Georges-Louis Bouchez est soutenu par la quasi-totalité de l'appareil, depuis le début de la campagne, qui appelle à voter pour lui alors que Denis Ducarme s'en remet au choix souverain des militants. Cela pose une vraie question qui est celle de la primauté de l'un sur l'autre (entre l'appareil et les militants).

Un parti existe avant toute chose, par ses militants. Sans eux, il n'a pas de raison d'être et surtout de légitimité. Les élus et ceux qui ne le sont pas, mais qui exercent des responsabilités doivent rendre des comptes aux militants. Une élection et le débat qui en résulte sont donc salutaires. Cela s'appelle la démocratie participative et directe, l'un des chevaux de bataille des libéraux.

Il ne peut donc être question d'opposer les uns aux autres. Les militants ont le pouvoir du dernier mot. Ce soutien martial, d'un des candidats heurte de plein fouet les règles de la statistique et des probabilités. On ne peut donc s'empêcher de penser que cela cache d'autres choses faites d'ambition personnelle et de calcul. A chacun de se faire une opinion en âme et conscience.

6. La proposition formulée par Georges-Louis Bouchez de collaborer plus ouvertement avec le CDH par le biais de listes commune aux élections ou par un rapprochement plus structurel est surprenante.

Elle est, en effet, porteuse d'inquiétudes pour un grand nombre au sein du MR. Le CDH est un parti authentiquement conservateur et dont certaines valeurs heurtent l'idéal libéral.

Le moment du dévoilement de cette stratégie pose question, se produisant en pleine campagne électorale, pour la Présidence du Parti.

Est-il l'heure de heurter un collègue Président de parti (qui a démenti toutes négociations en ce sens), et les adhérents à ce parti qui se voient réduits à des parts de marché. Qui plus est en cette période de négociations gouvernementales ou il faut tendre des ponts pour sortir de l'ornière.

Denis Ducarme, c'est fortement opposé à cette proposition. Pour lui l'élection ne concerne que les militants du MR, elle ne doit pas être porteuse de clivage en son sein, et il termine en déclarant que nous sommes différents du CDH, mais que nous les respectons.

Mais à bien y regarder, cette proposition faite par Georges-Louis Boucher est-elle le fruit de sa seule imagination prolixe ? On a du mal à le penser, vu que l'appareille le soutient et que l'on imagine mal, que celui-ci n'ait pas cautionné cela.

La preuve en est que Gerard Deprez, a bondi tel un diable de sa boite pour défendre l'idée, et que l'idée s'est répandue dans le landerneau politique que les relations entre Charles Michel et Benoit Lutgen se sont fortement réchauffé alors qu'elles étaient notoirement exécrables.

On peut légitimement se poser la question de la liberté d'action de G.L.Boucher ?

L'ombre oppressante d'un ancien Premier de classe ne pèse-t-elle pas sur son action future ? Sera-t-il libre de tous ses mouvements et ce d'autant plus qu'il sera redevable, si il est élu, à l'ensemble de l'appareil, qui pourrait le cornaquer.

N'est-ce pas aussi la preuve, que si Georges-Louis Boucher est President, le MR aura vocation, à devenir un parti de Droite, conservateur et assumé, du style de la formation politique "Les républicains" en France ? Dont on ne peut pas dire qu'elle suscite l'enthousiasme et une forte adhésion. Nul n'est prophète en son pays.

La fréquentation de la N-VA a-t-elle déteint à ce point sur le MR, au cours de ces cinq dernières années à gouverner ensemble ? Le risque n'est-il pas grand de fragmenter le parti au lieu de le rassembler en prônant exclusivement un idéal figé et qui regarde en arrière ?

Autant de questions, que les militants auront à départager.

7. Des majorités dans l'ensemble des Régions ont été constituées. Le MR gouverne avec le PS et ECOLO en Wallonie. Preuve en est, qu'au sein du MR, on ne s'arrête pas à un antisocialisme primaire et que l'on pratique "la real politik".

L'écueil est maintenant de former un gouvernement fédéral. Depuis le début de la Campagne présidentielle au sein du MR, les avis ont été partagés, quant à savoir si le MR devait lier son sort à la N-VA, dans le cadre des négociations fédérales.

Comme préambule, n'est-il pas utile de rappeler que la N-VA est composée d'une part pour partie de politiciens au passé douteux, et sulfureux de par leurs attitudes et propos et d'autre part, qu'il s'agit d'un parti nationaliste qui prône le repli sur soi et le rejet de l'autre. Il prône la fin de la Belgique et estime que les francophones sont un poids pour le redéploiement de la Flandre.

Les étrangers sont une cible, comme le sont les francophones, personne ne peut être dupe. Avec eux, nous les francophones, nous sommes étrangers en notre propre pays. La N-VA prône un programme économique cartésien, comptable, sans âme et sans volonté affirmée d'être à l'écoute de tous.

La question doit être posée aux militants de savoir, s'ils privilégient envers et contre tout une alliance avec la N-VA. Entre les deux candidats, de fortes différences existent ?

Denis Ducarme, tout en ne rejetant pas une partie du bilan engrangé par le gouvernement sortant, revendique un droit d'inventaire, après les cinq ans passés au pouvoir avec la N-VA. On ne peut pas dénier que de bonnes choses ont été faites par l'actuel gouvernement.

Il a exprimé avec force que la N-VA n'est pas une fin en soi. Déclarant, "cela peut être avec ou sans eux". Il ne veut pas fermer des portes, en ce temps de grande instabilité politique, mais il veut aussi ouvrir le jeu, pour donner toutes ses chances à une solution réaliste. La politique n'est-ce pas l'art du possible, de rester fréquentable et crédible ?

Georges-Louis Boucher, quant à lui, a déclaré qu'il faisait sien, dans son intégralité, le bilan du gouvernement avec la N-VA et que de facto, la N-VA pouvait rester un partenaire privilégié.

En précisant toutefois que cela ne se ferait pas sans le VLD, qui au moment où ces propos ont été tenus, restait collé à la N-VA. Ce qui n'est plus le cas, ces jours-ci, ou un libéralisme des lumières a fait sa réapparition au VLD et qui prône que l'on peut très bien gouverner ce pays, sans la N-VA.

Voilà deux positions tranchées et qui devront être débattues par l'électeur-militant. En tout cas, on peut relever que la ligne qui consiste à estimer que la N-VA est contournable, et exprimée depuis peu, n'est nullement écartée par le formateur Paul Magnette et séduit petit à petit. Wait and see.

8. L'élection est-elle jouée. Avec presque 45 pour cent de voix au premier tour, Georges-Louis Boucher à un avantage indéniable. Il lui faut maintenant concrétiser l'essai alors que beaucoup le voyait large vainqueur au premier tour au regard du soutien total de l'appareil du parti.

La moitié des militants n'ont pas voté au premier tour. Vont-ils se mobiliser pour le second tour où le choix doit se faire entre deux candidats avec des personnalités différentes et des programmes, à bien y regarder, s'opposant au-delà des nuances ?

Le ralliement ou pas des candidats évincés qui appellent à voter pour G.L. Boucher se manifestera-t-il à son profit par un effet mécanique ou sera-t-il contre-productif ?

Les militants pouvant se sentir dépossédés de leur droit de vote.

La position exprimée par Christine Defraigne aura-t-elle une incidence à savoir, "Je vous laisse libre de votre choix", sur son électorat et surtout sur celui des autres, lesquels ne doivent pas être considérés comme étant des blocs monolithiques.

L'avenir nous le dira. Une élection reste une élection. Il ne faut jamais "vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué" et ne pas croire en ses chances. Rares, pour ne pas dire inexistants, sont les exemples d'élections à deux tours, pour un Président de parti francophone. Il ne faut pas perdre de vue que le vote du militant est un vote d'engagement actif et participatif et non d'adhésion à un projet.

9. L'élection a-t-elle un sens ? Il est heureux que l'on vote et que le débat existe. Pour le reste, il appartiendra à chacun de se faire son opinion. Mais l'on sent bien que le MR est à la croisée des chemins et que son unité et sa pertinence démocratique sont les grands enjeux de cette élection.