Le messager du Roi, Koen Geens, propose à Paul Magnette le baiser qui tue. Un mariage de raison avec Bart De Wever. Le président du PS n'est pas suicidaire. Même si Koen Geens le supplie, lui baise les pieds, entame une grève de la faim, il ne cédera pas. Pour une raison simple : si les socialistes copinent avec la N-VA, ils se font hara-kiri.

Une bouillie indigeste

Ces derniers jours, j'ai rencontré des militants socialistes pratiquement unanimes : gouverner avec la N-VA, non merci. Trop à droite, trop antisociale, trop nationaliste, trop sécuritaire. Mélanger les programmes des deux partis donnerait une bouillie infâme. Absolument immangeable.

Paul Magnette partage le rejet ultra-majoritaire de sa base, allergique au programme de Bart De Wever. Impensable de commencer sa présidence par ce qui serait perçu comme une trahison. Il se mettrait tout le monde à dos, les militants, les cadres, les grands et petits chefs, les syndicalistes de la FGTB... Rarement le PS a été à ce point uni autour d'une certitude : flirter avec la N-A serait le début de la fin du Parti.

Le prochain 1er mai se déroulerait dans une ambiance d'émeute. Les socialistes ont connu pareil scénario cauchemardesque à la fin des années 1980. A l'époque, le trio Happart-Dehousse-Van Cauwenberghe, partisans du maintien dans l'opposition, s'opposait aux ténors Spitaels-Cools-Moureaux, partisans d'un retour au gouvernement fédéral. Le PS était sorti meurtri de cette lutte fratricide. Au Boulevard de l'Empereur, la ligne est claire : plus jamais çà !

Question de vie ou de mort

Paul Magnette sait qu'il joue gros. S'il baisse la garde face à la N-VA, il torpille sa présidence. Il compromet tant son avenir personnel que celui de son parti. Il déroule le tapis rouge pour le PTB. Il resterait ainsi dans l'Histoire comme le fossoyeur du PS.

Magnette ne se laissera pas pousser dans le trou. Pour le PS, c'est une question de vie ou de mort. Lors du scrutin de mai, il est resté de justesse le premier parti en Wallonie et à Bruxelles. Mais les statistiques sont mauvaises. A l'époque de Guy Spitaels, le PS frôlait les 45% en Wallonie. Aujourd'hui, il dépasse péniblement la barre des 25%. Pour remonter la pente, Magnette a besoin de durcir le ton. Il sera donc le cogneur, l'homme qui dit non : non à Koen Geens, non au Palais, non à Bart De Wever.

Nouvelle radicalité

Une bonne partie de la base socialiste est en attente d'une nouvelle radicalité. Les militants estiment que l'air du temps n'est plus au consensus mou. Participer à un gouvernement avec la N-VA, c'est la certitude d'avaler une couleuvre à chaque repas. Ce n'est pas raisonnable.

Les socialistes sont conscients que les appels au "sens des responsabilités" vont se multiplier. La phase de dramatisation n'est pas loin : le PS doit sauver l'Etat belge, estiment certains commentateurs. Erreur d'analyse. Le PS doit, surtout, sauver sa peau.

Négocier l'après-Belgique fédérale ?

Un jour, pourtant, le PS devra discuter sérieusement avec la N-VA. Pas pour former un gouvernement classique. Pour négocier l'après-Belgique fédérale. Puisque celle-ci est paralysée, puisque le "compromis à la belge" semble impraticable, puisque le Nord et le Sud s'éloignent, il faudra sortir des sentiers battus. Ouvrir la boîte de Pandore du confédéralisme ? A l'écart des micros, d'aucuns ne l'excluent plus, au PS.

Le confédéralisme à la sauce N-VA n'est évidemment pas acceptable pour les francophones. Ceux-ci exigeront des compensations financières, conditions indispensables pour consentir au divorce belge. Dès qu'il sera question de gros sous, la discussion sera encore plus complexe.

Koen Geens, le pape du CD&V

"Je pense que le fait que la Flandre ait voté à droite et la Wallonie à gauche, voire à l'extrême gauche, rend ce pays ingouvernable", vient de déclarer Bart De Wever. Le patron des nationalistes flamands n'a pas tort. On peut le déplorer. Mais c'est la réalité. Sans doute l'une des rares certitudes en ces temps incertains. Avec une autre conviction forte : Koen Geens, le chargé de mission royal, a autant de chance de convaincre le PS de se marier avec la N-VA que Sa Sainteté le pape de convaincre ses cardinaux de se prononcer en faveur de la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA). Un scénario burlesque, évidemment. La mission de Koen Geens, le pape du CD&V, est tout aussi burlesque. Elle est condamnée à l'échec.

Le messager du Roi, Koen Geens, propose à Paul Magnette le baiser qui tue. Un mariage de raison avec Bart De Wever. Le président du PS n'est pas suicidaire. Même si Koen Geens le supplie, lui baise les pieds, entame une grève de la faim, il ne cédera pas. Pour une raison simple : si les socialistes copinent avec la N-VA, ils se font hara-kiri.Une bouillie indigesteCes derniers jours, j'ai rencontré des militants socialistes pratiquement unanimes : gouverner avec la N-VA, non merci. Trop à droite, trop antisociale, trop nationaliste, trop sécuritaire. Mélanger les programmes des deux partis donnerait une bouillie infâme. Absolument immangeable.Paul Magnette partage le rejet ultra-majoritaire de sa base, allergique au programme de Bart De Wever. Impensable de commencer sa présidence par ce qui serait perçu comme une trahison. Il se mettrait tout le monde à dos, les militants, les cadres, les grands et petits chefs, les syndicalistes de la FGTB... Rarement le PS a été à ce point uni autour d'une certitude : flirter avec la N-A serait le début de la fin du Parti.Le prochain 1er mai se déroulerait dans une ambiance d'émeute. Les socialistes ont connu pareil scénario cauchemardesque à la fin des années 1980. A l'époque, le trio Happart-Dehousse-Van Cauwenberghe, partisans du maintien dans l'opposition, s'opposait aux ténors Spitaels-Cools-Moureaux, partisans d'un retour au gouvernement fédéral. Le PS était sorti meurtri de cette lutte fratricide. Au Boulevard de l'Empereur, la ligne est claire : plus jamais çà !Question de vie ou de mortPaul Magnette sait qu'il joue gros. S'il baisse la garde face à la N-VA, il torpille sa présidence. Il compromet tant son avenir personnel que celui de son parti. Il déroule le tapis rouge pour le PTB. Il resterait ainsi dans l'Histoire comme le fossoyeur du PS. Magnette ne se laissera pas pousser dans le trou. Pour le PS, c'est une question de vie ou de mort. Lors du scrutin de mai, il est resté de justesse le premier parti en Wallonie et à Bruxelles. Mais les statistiques sont mauvaises. A l'époque de Guy Spitaels, le PS frôlait les 45% en Wallonie. Aujourd'hui, il dépasse péniblement la barre des 25%. Pour remonter la pente, Magnette a besoin de durcir le ton. Il sera donc le cogneur, l'homme qui dit non : non à Koen Geens, non au Palais, non à Bart De Wever.Nouvelle radicalitéUne bonne partie de la base socialiste est en attente d'une nouvelle radicalité. Les militants estiment que l'air du temps n'est plus au consensus mou. Participer à un gouvernement avec la N-VA, c'est la certitude d'avaler une couleuvre à chaque repas. Ce n'est pas raisonnable.Les socialistes sont conscients que les appels au "sens des responsabilités" vont se multiplier. La phase de dramatisation n'est pas loin : le PS doit sauver l'Etat belge, estiment certains commentateurs. Erreur d'analyse. Le PS doit, surtout, sauver sa peau.Négocier l'après-Belgique fédérale ?Un jour, pourtant, le PS devra discuter sérieusement avec la N-VA. Pas pour former un gouvernement classique. Pour négocier l'après-Belgique fédérale. Puisque celle-ci est paralysée, puisque le "compromis à la belge" semble impraticable, puisque le Nord et le Sud s'éloignent, il faudra sortir des sentiers battus. Ouvrir la boîte de Pandore du confédéralisme ? A l'écart des micros, d'aucuns ne l'excluent plus, au PS.Le confédéralisme à la sauce N-VA n'est évidemment pas acceptable pour les francophones. Ceux-ci exigeront des compensations financières, conditions indispensables pour consentir au divorce belge. Dès qu'il sera question de gros sous, la discussion sera encore plus complexe.Koen Geens, le pape du CD&V"Je pense que le fait que la Flandre ait voté à droite et la Wallonie à gauche, voire à l'extrême gauche, rend ce pays ingouvernable", vient de déclarer Bart De Wever. Le patron des nationalistes flamands n'a pas tort. On peut le déplorer. Mais c'est la réalité. Sans doute l'une des rares certitudes en ces temps incertains. Avec une autre conviction forte : Koen Geens, le chargé de mission royal, a autant de chance de convaincre le PS de se marier avec la N-VA que Sa Sainteté le pape de convaincre ses cardinaux de se prononcer en faveur de la procréation médicalement assistée (PMA) et la gestation pour autrui (GPA). Un scénario burlesque, évidemment. La mission de Koen Geens, le pape du CD&V, est tout aussi burlesque. Elle est condamnée à l'échec.