Charleroi n'est pas Liège, elle n'a pas d'histoire millénaire et sa légende s'écrit avec d'autres standards. Moins augustes sans doute, moins pompeux peut-être, mais plus rigolos toujours. Depuis plus de trente ans, un homme se fond si difficilement dans le paysage carolorégien qu'il en est devenu un repère. Il est à Charleroi ce que la Tour Eiffel est à Paris, en plus lumineuse, ce que la statue de la Liberté est à New York, en plus gigotante, ce que la Tour est à Pise, en plus penché, et même ce que le ring intérieur est à Charleroi, en mieux entretenu. Cet homme, ce monument multicolore, c'est Kiwi Jackson. Cet homme, Kiwi Jackson, qui s'est depuis plus de trente ans autoproclamé " meilleur danseur de Charleroi ", est une si grande légende urbaine que circulent sur lui des dizaines de racontars : il serait marié, nous dit un jour un policier " qui avait connu le Charleroi d'avant ". Il viendrait d'une famille riche, nous disait un moment un pilier de comptoir du Charleroi de maintenant. Il serait mort, pensa même un jour tout le Charleroi d'alors, pendant ces années où on le vit moins. Kiwi Jackson n'est ni marié, ni riche, ni mort, il n'est rien de tout ça, il est Kiwi Jackson et c'est déjà pas mal.
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