Princesse Lea de Belgique © Belga

Kazakhgate : lien troublant entre la Fondation Princesse Léa et un avocat général

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Dans le dossier judiciaire du Kazakhgate, une information impliquant un magistrat fait l’objet d’un nouveau devoir d’enquête. Le Vif/L’Express et De Standaard ont appris qu’il s’agit de l’avocat général Jean-François Godbille et que cela concerne les 25 000 euros versés à la Fondation de la princesse Léa à la demande d’Armand De Decker.

Le ministère public l’a annoncé lui-même : dans l’enquête en cause d’Armand De Decker, « le parquet de Bruxelles a appris récemment un nouvel élément qui doit, à son tour, faire l’objet d’investigation. Dans la mesure où ce complément d’enquête concerne un magistrat, la réalisation des devoirs d’information relève donc de la compétence exclusive du parquet général, qui traitera désormais de l’ensemble du dossier ». Le communiqué ne précise pas l’identité du magistrat ni la teneur du nouvel élément. Le Vif et De Standaard ont appris, de sources sûres, que ce magistrat est Jean-François Godbille, avocat-général près la Cour d’appel de Bruxelles, spécialisé dans les affaires financières.

Que vient faire ce magistrat, bien connu du monde de la justice, dans le bourbier du Kazakhgate ? L’enquête s’intéresse à la destination finale des 25 000 euros versés au Fonds d’entraide Prince et Princesse Alexandre de Belgique, dont la princesse Léa, belle soeur du roi Albert II, est administratrice. L’enquête sur les flux financiers dans l’affaire De Decker-Chodiev avait mis au jour un virement de 25 000 euros au Fonds d’entraide, début 2012, depuis un compte bancaire appartenant à l’avocate française Catherine Degoul, qui représentait Pathokh Chodiev, comme l’a révélé Le Soir en novembre dernier. Me Degoul avait affirmé aux enquêteurs que c’est à la demande d’Armand De Decker que ce versement avait été effectué. Ce que nie ce dernier.

Quoiqu’il en soit, il apparaît qu’en 2012, parmi les quelques associations qui ont bénéficié du haut patronage de la Princesse Léa, figure l’ASBL Amitié et Fraternité Scoute (AFS) dont Jean-François Godbille préside le conseil d’administration, comme l’indique le site internet de l’ASBL. On connaît par ailleurs la passion de Godbille pour le scoutisme et les Scouts d’Europe en particulier. En soi, ce don de la princesse Léa à l’association d’un haut-magistrat n’a rien d’illégal.

Sauf que Jean-François Godbille est au parquet général depuis 2002, qu’il a certainement eu connaissance en 2011 de la fameuse transaction pénale concernant le trio kazakh (le parquet est un et indivisible), qu’il a été substitut au parquet financier de Bruxelles avec Patrick Dewolf, le magistrat qui a conclu la transaction pénale le 17 juin 2011. Les deux hommes se connaissent bien. Ils se sont succédé à la tête du parquet financier. Au parquet général de Bruxelles, ils étaient, en 2011, tous deux spécialisés dans la même matière. Jusqu’ici rien ne démontre que Godbille ait quelque chose à voir avec la transaction pénale des Kazakhs. On sait juste qu’un avocat général a cosigné le document avec Dewolf, celui-ci devant porter la signature de deux magistrats. Son paraphe apparaît sur la transaction.

Par ailleurs, la date du don de la princesse Léa à l’ASBL scoute coïncide avec le versement de Catherine Degoul au Fonds d’entraide princier. On imagine que les enquêteurs vont scruter les comptes en banque d’AFS et du magistrat lui-même, ainsi que les versements effectués par la Fondation. S’il apparaît que le don correspond aux 25 000 euros mentionnés dans l’enquête, il y aura vraiment de quoi s’interroger. Pour l’heur, le magistrat bénéficie évidemment de la présomption d’innocence. Cela dit, en communiquant comme il l’a fait hier et en annonçant que la conclusion de l’enquête était ainsi retardée, le parquet général montre qu’il prend ce nouvel élément fort au sérieux.

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