Un livre, c'est du carton qui enrobe du papier, papier sur lequel on a mis de l'encre. Même quand il agrafe des chroniques déjà publiées, comme en 2015 sur la gauche qui ne meurt jamais, c'est un livre. Même quand il imprime trente pages d'une conférence déjà donnée, comme en 2016 sur Pasolini, c'est un livre. Et même quand il rassemble les notes de conférences futures, comme en 2017, donc sur le Ceta, c'est un livre. Paul Magnette a choisi la librairie qui avait accueilli Eric Zemmour et où se vend bien la fringante Encyclopédie du Baraki signée Philippe...

Un livre, c'est du carton qui enrobe du papier, papier sur lequel on a mis de l'encre. Même quand il agrafe des chroniques déjà publiées, comme en 2015 sur la gauche qui ne meurt jamais, c'est un livre. Même quand il imprime trente pages d'une conférence déjà donnée, comme en 2016 sur Pasolini, c'est un livre. Et même quand il rassemble les notes de conférences futures, comme en 2017, donc sur le Ceta, c'est un livre. Paul Magnette a choisi la librairie qui avait accueilli Eric Zemmour et où se vend bien la fringante Encyclopédie du Baraki signée Philippe Genion, mais ce n'est qu'un hasard, pour lancer, donc, la vente de son bouquin de l'année. Le temps, il le trouve, pour écrire. Mais c'est parce qu'au fond il lui en faut peu pour faire un livre. Stendhal avait bien trouvé cinq semaines pour dicter La Chartreuse de Parme. Paul Magnette a pris cinq jours après Noël pour taper son " Spepieux de Namur ", publié sous un titre un peu plus sérieux : Ceta. Quand l'Europe déraille. Il sort sous une jolie photo de Paul Magnette avec un petit dossier sous le bras et un beau costume sur le dos. S'il sort, ce Spepieux de Namur, il faut le faire savoir, et donc on invite la presse, un de ces mardis matins de collège à Charleroi et de conférences de presse à Namur. Mais de presse il y a peu, dans la librairie bruxelloise où se vend si bien la croquante Encyclopédie du Baraki. Un journaliste expert en affaires wallonnes d'un quotidien, un autre spécialisé en affaires européennes d'un autre grand quotidien, et un salarié d'un hebdomadaire qui tient bien en main et qui passait par là. D'ailleurs, une fois qu'il eut fini de parler, il n'y a que les deux journalistes pertinents qui ont posé des questions. Mais quand il eut fini de parler, on n'était plus entre nous. Parce que quinze clients qui passaient par là s'étaient arrêtés et se sont installés, bouche assez bée, pour entendre et regarder le grand ministre écrivain : une dame avec un béret noir et des pantalons à carreaux qui s'achète une bédé communiste, un vieux monsieur en imper beige qui plisse les yeux en appuyant sa tête sur deux doigts, un monsieur avec une veste pied-de-poule, oui ça existe encore, qui écrit sur de toutes petites fiches en carton, deux jeunes avec des pulls propres. Il y en a même après qui ont demandé une dédicace, bouche vraiment très bée. Et puis on entend un grand bruit loin derrière, c'est un grand bruit qui trébuche sur un présentoir et qui fait tomber un livre et puis nous passe devant et ne nous reconnaît pas et puis on l'appelle quand même, et ce très grand bruit, c'est Jean-Marc Nollet qui passait par là. Il ne cherche pas la tannique Encyclopédie du Baraki, qui se vend bien, mais Inspirez, conspirez ! , du si génial Edgar Szoc que si ça ne se vend pas bien, c'est que c'est un complot.