Lundi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a abaissé ses prévisions de croissance économique mondiale en 2020 de 2,9 à 2,4 %. Il s'agit de la plus faible croissance en onze ans. Selon Ivan Van de Cloot, nous sous-estimons toujours l'impact du coronavirus sur l'économie.
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Lundi, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a abaissé ses prévisions de croissance économique mondiale en 2020 de 2,9 à 2,4 %. Il s'agit de la plus faible croissance en onze ans. Selon Ivan Van de Cloot, nous sous-estimons toujours l'impact du coronavirus sur l'économie.Vous pensez que la plupart des stratèges et des économistes sont encore dans le déni.L'avenir est fondamentalement incertain, mais les gens ont du mal à gérer cette incertitude. C'est pourquoi ils inventent des histoires, qu'ils se racontent entre eux. Le prix Nobel d'économie Robert Shiller décrit ce phénomène dans son dernier livre Narrative Economics. Il y a longtemps que le sentiment sur les marchés boursiers n'est plus lié à l'économie réelle. Jusqu'à présent, les stratèges ont rejeté toute discussion sur les valorisations élevées du marché et ont seulement voulu s'intéresser aux flux monétaires. Un exemple d'un tel récit, c'est que les livrets d'épargne ne peuvent rien rapporter et que seules les actions peuvent rapporter, ce qui pousse tout le monde vers les actions. Ce choc peut créer une certaine prise de conscience du risque chez les investisseurs quant aux déséquilibres fondamentaux de l'économie qui ont été ignorés pendant trop longtemps. Le coronavirus a-t-il réveillé les investisseurs ?Le choc du corona est toujours sous-estimé. Je pense que le coronavirus pourrait changer la donne. Ce n'est pas pour rien que les virologistes apparaissent aujourd'hui dans les médias, et non les épidémiologistes. Ces derniers ont été formés pour chercher le pire des scénarios. Les investisseurs ne prennent pas ou pas suffisamment en compte le pire scénario ou les risques graves, jusqu'à ce qu'un choc se produise qui les empêche d'ignorer ce scénario. La question est de savoir si le coronavirus est un tel choc.Quels sont les risques ? Il n'y a pas seulement des risques pour la santé, mais aussi des conséquences potentiellement importantes que les investisseurs ne prennent pas encore suffisamment en compte. Le président américain Donald Trump adopte un langage rassurant. Il minimise les risques du coronavirus. Il se montre vulnérable. S'il se trompe, cela pourrait lui coûter sa réélection. En Chine, les critiques à l'encontre du régime se multiplient. Les responsables politiques locaux ne peuvent plus prendre de décisions. Ils doivent d'abord transmettre toutes les informations au régime central, qui prend ensuite des décisions qui doivent être mises en oeuvre au niveau local. Un tel régime autoritaire est vulnérable. Il y a aussi des gens qui pensent que la Chine a échoué et que c'est pour cette raison que cette crise a pris une telle ampleur.Vous pensez que l'impact sur l'économie mondiale ne sera pas de courte durée.Dans une première phase, la Chine a tenté de dissimuler les faits. Ensuite, le régime a pris des mesures extrêmes pour endiguer le virus. Aujourd'hui, le gouvernement chinois a plus ou moins abandonné la lutte contre le virus et, les ouvriers sont forcés de retourner dans les usines, au besoin à coup de matraque. Le régime estime que ces mesures, dont la mise en quarantaine de 40 millions de personnes, sont également néfastes. Même si la production en Chine reprend progressivement, nous en ressentirons encore les effets pendant un certain temps. Dans le reste de l'Asie du Sud-Est, on arrête de plus en plus de productions. Je ne crois pas à une reprise rapide et je m'attends à ce qu'il n'y ait pas que le premier semestre qui soit gâché.Le krach boursier rappelle ce qui s'est passé en 2008. Les banques centrales peuvent-elles agir pour atténuer la crise, comme elles l'ont fait pendant la crise financière ?Les investisseurs sont devenus accros aux stimuli monétaires des banques centrales. C'est une réaction Pavlov. Lorsque les banques centrales fournissent une impulsion supplémentaire, les investisseurs rachètent des actions. Cette tactique fonctionne en cas d'hésitation momentanée. La banque centrale peut alors empêcher les investisseurs de tomber dans une spirale négative ou une prophétie auto-réalisatrice par pessimisme.Si la baisse des taux d'intérêt ne fonctionne pas, pourquoi la Banque centrale américaine a-t-elle annoncé une nouvelle baisse des taux d'intérêt vendredi?Les banques centrales sont piégées par les attentes du marché. Les investisseurs se sont habitués à ce qu'à chaque perturbation les banquiers centraux stimulent l'économie en abaissant les taux d'intérêt ou en rendant le crédit moins cher d'une autre manière. Les banques centrales n'ont pas d'autre choix que de répondre à ces attentes. La question est de savoir si le cocktail des banques centrales aura un effet. Le choc corona est un choc d'offre, tandis que les banques centrales ont appris certains réflexes, qui ne fonctionnent qu'en cas de chocs de demande. Les usines chinoises étant à l'arrêt, les entreprises occidentales font appel à leurs réserves de provisions. Une fois qu'elles auront utilisé ces stocks, il y a aussi une menace de perturbation des réseaux de production économique en Europe et aux États-Unis. Stimuler la demande pourrait être contre-productif. Regardez ce qui est arrivé aux chocs pétroliers dans les années 1970.Le gouvernement italien a annoncé qu'il veut injecter 3,6 milliards d'euros dans l'économie. Le soutien de ce gouvernement peut-il être d'une quelconque utilité ?Ce qui se passe en Europe est symbolique. Avant tout, ces incitations gouvernementales doivent rétablir la confiance des consommateurs.Que peuvent faire les gouvernements?Les gouvernements doivent se concentrer sur la santé des citoyens. Ils doivent essayer de contenir le virus. Ils doivent également communiquer honnêtement et partager toutes les informations pertinentes afin que les citoyens gardent confiance dans le gouvernement. Les économistes qui estiment que les gouvernements interviennent trop durement écartent les conséquences possibles et se font des illusions. La principale conclusion est qu'il y a encore beaucoup de déni, non seulement au niveau du choc corona, mais aussi de l'impact des mesures de relance monétaire et fiscale en réponse.