Les négociations au sujet de la liste des métiers pénibles sont au point mort. Cette liste est nécessaire pour instaurer la pension à points, le dernier élément de la réforme des pensions. Ce système permet aux salariés qui ont un métier lourd d'accumuler plus de points par année travaillée - et donc plus de droits de pension - que d'autres employés. Il y a six mois, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) a abandonné son ambition de faire passer la pension avec des points pendant cette législature. Il espère compléter la pension à temps partiel et jeter les bases de la pension avec des points, afin que le prochain gouvernement puisse la lancer.
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Les négociations au sujet de la liste des métiers pénibles sont au point mort. Cette liste est nécessaire pour instaurer la pension à points, le dernier élément de la réforme des pensions. Ce système permet aux salariés qui ont un métier lourd d'accumuler plus de points par année travaillée - et donc plus de droits de pension - que d'autres employés. Il y a six mois, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) a abandonné son ambition de faire passer la pension avec des points pendant cette législature. Il espère compléter la pension à temps partiel et jeter les bases de la pension avec des points, afin que le prochain gouvernement puisse la lancer."La pension à points doit être lancée dans une année, alors que ce gouvernement ne sera plus là. Ce n'est pas crédible. C'est une chose d'amorcer le mouvement, mais il y a un risque réel que le travail soit annulé si vous n'instaurez pas les changements ", déclare Ivan Van de Cloot, économiste en chef du groupe de réflexion Itinera, à qui l'on doit De rekening moet kloppen, un livre de suggestions pour une réforme approfondie des pensions.Nous avons demandé à Van de Cloot et Étienne de Callataÿ si les mesures prises ces dernières années suffisaient pour assurer une politique de retraite qui tient la route. À quel point la réforme des retraites est-elle nécessaire? Ivan Van de Cloot: La Belgique fera faillite si nous ne gérons pas correctement le problème des pensions. La dette publique s'élève à 400 milliards d'euros. Si on laisse dérailler les coûts du vieillissement, la dette publique pourrait atteindre des niveaux gigantesques et absurdes. Le sort de la Belgique dépend de notre bonne gestion des retraites.Étienne de Callataÿ: L'ancien patron du service d'études de l'ACV a écrit un livre sur les pensions dans lequel il niait le problème (NLDR : 50 mensonges sur la fin de carrière de Gilbert De Swert (2005)). Il pensait qu'il fallait simplement consacrer plus d'argent aux pensions. Il supposait une forte croissance économique. Si le gâteau grossit, on n'a pas de problème à ce qu'une plus grosse part du gâteau aille aux pensions. Mais s'il y a peu ou pas de croissance économique, nous risquons que, tel un coucou, les retraités poussent les autres oiseaux hors du nid. L'argent supplémentaire qui va aux pensions est alors retiré aux autres groupes de population.Le gouvernement peut aussi économiser sur d'autres dépenses, telles que l'achat d'avions de chasse.Ivan Van de Cloot: Nous devons garder les bonnes proportions à l'esprit. Les pensions cachent une promesse implicite de plus de 600 milliards d'euros. Les 4 milliards d'euros pour ces avions F-35 sont disproportionnés par rapport au coût des pensions. Il ne s'agit pas seulement du coût, mais aussi de justice intergénérationnelle. Un enfant né aujourd'hui contribue en moyenne 60 000 euros nets de plus aux finances publiques de son vivant que ce qu'il ne récupérera jamais. Ce bilan est positif pour les personnes nées avant 1970 et négatif pour les personnes nées après 1970. Et ce solde négatif continue d'augmenter d'année en année. Le risque de pauvreté est beaucoup plus élevé chez les 18-24 ans que chez les plus de 65 ans.Le gouvernement Michel a décidé presque immédiatement de relever l'âge légal de la retraite de 2025 à 66 ans et de 67 ans à partir de 2030. Cette mesure a-t-elle un impact significatif sur les coûts du vieillissement de la population ?Ivan Van de Cloot: Le gouvernement prétend que les estimations du coût des pensions sont devenues beaucoup plus faibles en raison du report de deux ans de l'âge officiel de la retraite. Le Bureau du Plan a dû faire une simulation de l'impact et n'a rien trouvé de mieux que de décaler de deux ans le taux d'activité pour chaque catégorie d'âge. Cela suppose donc que le taux d'activité applicable aujourd'hui à une personne de 55 ans s'appliquera à une personne de 56 ans à partir de 2025 et de 57 ans à partir de 2030. C'est de la pure fiction. Aux Pays-Bas, où l'âge officiel de la retraite a été relevé de deux ans, on a constaté un ajustement effectif de l'âge de la retraite de six mois.Le prochain gouvernement peut facilement annuler le relèvement de l'âge légal de la retraite, puisqu'il n'entrera en vigueur qu'en 2025.Ivan Van de Cloot: Un gouvernement qui prend des décisions qui n'entrent en vigueur qu'après la fin de la législature a un problème de crédibilité. Ces mesures flottent dans le vide. D'autres pays ont introduit progressivement une telle réforme. Le gouvernement aurait également pu reporter l'âge légal de la retraite de deux mois par an. Cela permettait d'avoir un trajet.Étienne de Callataÿ: Nous ne devons pas être trop négatifs. Nous assistons à un relèvement de l'âge moyen effectif de départ à la retraite, qui est toutefois plutôt le résultat d'autres mesures, telles que les conditions plus strictes pour la retraite anticipée. Cette tendance est positive.Ivan Van de Cloot: Le relèvement de l'âge légal de la retraite est hautement symbolique. Le changement de l'âge de la retraite anticipée est plus contraignant. La plus grande partie de ce changement a déjà été décidée sous le gouvernement précédent. Le gouvernement Di Rupo a décidé de relever l'âge minimum de six mois par an à partir de 2012 à 62 ans en 2016, et de faire passer la condition de carrière de 35 à 40 ans.Étienne de Callataÿ : Le gouvernement Michel est ensuite allé plus loin en durcissant les conditions : l'âge minimum a été porté à 63 ans et le nombre minimum d'années de travail sera de 42 ans à partir de 2019.Le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V) a approuvé en juillet une autre retraite anticipée ou chômage avec complément d'entreprise à partir de 56 ans (dans le cadre des licenciements chez Carrefour). Un relèvement de l'âge minimum de la retraite anticipée est inutile contre ce genre de décisions.Étienne de Callataÿ : Il n'est jamais agréable d'être victime d'une restructuration et c'est une question éthique difficile. Mais est-il juste que ces employés soient mieux protégés qu'une personne qui perd son emploi dans une PME ? Sommes-nous d'accord pour dire que nous devrions mieux protéger certains travailleurs que d'autres contre la perte de leur emploi ? Il n'y a pas de réponse simple à cette question.Ivan Van de Cloot : Pour 30% des pensions en Belgique, personne n'a travaillé. Nous parlons de périodes d'inactivité, telles que le chômage et la retraite anticipée, au cours desquelles les gens accumulent des droits à pension. Nous sommes toujours généreux avec ces périodes d'assimilation. Si nous pouvons combler cet écart de 30%, alors nous y sommes. Au lieu de donner un sac d'argent aux gens pour qu'ils deviennent inactifs, nous devrions les soutenir à faire autre chose. Nous ne pouvons pas les laisser tomber. Nous devons leur donner les outils pour se recycler. Les employeurs doivent assumer leurs responsabilités et les pouvoirs publics doivent rendre les employeurs responsables.Étienne de Callataÿ : Il existe plusieurs façons de demander des comptes aux entreprises. Aux États-Unis, par exemple, les entreprises doivent encore cotiser pendant un certain temps à la sécurité sociale pour les travailleurs qu'elles ont licenciés. Plus vite ils pourront commencer à travailler ailleurs, moins les entreprises auront à contribuer.Le gouvernement Michel s'en sort-il mieux ou moins bien que le gouvernement Di Rupo en matière de pensions ?Étienne de Callataÿ : La différence entre le gouvernement Di Rupo et le gouvernement Michel est beaucoup plus petite que la différence avec le gouvernement Verhofstadt. Je pense que l'histoire sera sévère pour Verhofstadt, en particulier pour les pensions. Le Pacte des générations du gouvernement Verhofstadt était minuscule. Feu Luc Coene, l'ancien gouverneur de la Banque Nationale et ancien chef du cabinet de Guy Verhofstadt, a même dit qu'il fallait un Pacte de générations fois cent. Tant Di Rupo que Michel sont intervenus considérablement par rapport à Verhofstadt.Ivan Van de Cloot : Verhofstadt a affaibli plutôt que renforcé le lien entre la pension et les efforts fournis. Le coût du vieillissement a augmenté de façon spectaculaire. Nous regrettons toujours l'abolition du malus en 2006, la sanction financière des travailleurs indépendants qui prennent une retraite anticipée. Nous avions recommandé que ce malus soit généralisé pour les salariés, mais qu'a fait le gouvernement Verhofstadt ? Il a aboli le malus.Étienne de Callataÿ : Un travailleur indépendant qui voulait prendre sa retraite un an plus tôt devait se contenter d'une indemnité de 5% de moins. Le départ à la retraite cinq ans plus tôt signifiait une réduction de 25% de la pension. C'était une sanction sévère. Pour les salariés, ce malus ou correction actuarielle sur la pension avait déjà été supprimé en 1991. C'était une demande des socialistes du gouvernement Martens VIII. C'est ce que nous appelons le retour du coeur. C'était un cadeau pour ceux qui ont pris une retraite anticipée.Ivan Van de Cloot : Nous préconisons depuis longtemps le régime de retraite à temps partiel sur lequel le ministre Bacquelaine travaille actuellement. Mais si vous l'instaurez sans correction actuarielle, vous encouragez les gens à prendre leur retraite plus rapidement au lieu de travailler plus longtemps.Le gouvernement Michel n'est pas exempt de péchés non plus. Le 1er janvier 2015, il a aboli la prime de retraite, introduite en 2007 par le Pacte de solidarité entre les générations pour maintenir les gens au travail plus longtemps.Ivan Van de Cloot : Dans l'accord de coalition de 2014, le choix a été fait d'abolir la prime de retraite au lieu de réintroduire le malus. Cela sape la logique de notre système de pensions. En l'absence d'un mécanisme de correction permettant de s'assurer que les personnes assument elles-mêmes les conséquences de leurs décisions, il s'agit là d'une lacune dans la cohérence du système de retraite. Vous devriez être intéressé de savoir quel parti en était responsable.