"Bruxelles n'est pas le 'trou à rats' que le président américain sortant, Donald Trump, prétendait!" Yves Bastaerts, directeur général de l'Observatoire bruxellois pour la prévention et de sécurité, veut briser les idées reçues, tant en Flandre qu'en Wallonieou dans le monde : non, la capitale n'est pas une ville où l'insécurité règne. "Selon les enquêtes internationales, Bruxelles est la 24e ville au monde la plus sûre, devant Madrid et juste derrière Paris, souligne-t-il, et la 8e ville où les gens se sentent le plus en sécurité au niveau européen, un classement dominé par Amsterdam."
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"Bruxelles n'est pas le 'trou à rats' que le président américain sortant, Donald Trump, prétendait!" Yves Bastaerts, directeur général de l'Observatoire bruxellois pour la prévention et de sécurité, veut briser les idées reçues, tant en Flandre qu'en Wallonieou dans le monde : non, la capitale n'est pas une ville où l'insécurité règne. "Selon les enquêtes internationales, Bruxelles est la 24e ville au monde la plus sûre, devant Madrid et juste derrière Paris, souligne-t-il, et la 8e ville où les gens se sentent le plus en sécurité au niveau européen, un classement dominé par Amsterdam."Pour objectiver ce propos, l'Observatoire régional publie un nouveau rapport annuel reprenant les statistiques émanant de tous ses partenaires (police, justice, communes...). "Mesurer les faits permet d'agir en conséquence et d'adapter les dispositifs de sécurité en phase avec la réalité", souligne Christine Rouffin, sa directrice. Les constats sont plutôt rassurants sur l'évaluation de la situation à Bruxelles, même si de nouvelles infractions émergent en lien avec l'air du temps: il y a davantage de vols de vélos, par exemple. Mais bon nombre de chiffres sont en baisse.Les chiffres datent de 2019: un retard dû à la nécessité de valider toutes les données émanant des partenaires, avant de les analyser. Ils n'en sont pas moins intéressants. "Finalement, il ressort de nos enquêtes qualitatives régionales, menées auprès des particuliers et des entreprises, que très peu de gens se sentent en insécurité, contrairement à l'idée qui est véhiculée, ajoute Yves Bastaerts. Suite aux événements qui ont lieu à la place Liedts, la semaine dernière à la fin de la manifestation, la ville a une nouvelle fois été pointée du doigt, mais les tendances longues donnent d'autres enseignements : la criminalité enregistrée est en baisse."Voici les principaux enseignements de ce rapport annuel, dévoilés en primeur pour Le Vif/L'Express.Depuis 2018, l'Observatoire pour la prévention et la sécurité mène des enquêtes régionales de sécurité, qualitatives, pour mesurer le sentiment d'insécurité auprès des particuliers, mais aussi des entreprises. "Les résultats montrent une bonne perception, de manière globale, de la sécurité dans la Région", souligne Sophie Croiset, coordinatrice des statistiques et des analyses de l'Observatoire. Il y a toutefois des signaux d'alarme. En ce qui concerne les particuliers, les discriminations et insultes dans les espaces publics sont souvent mentionnées. En ce qui concerne les entreprises, 83% d'entre elles mentionnent au moins un fait dans les douze mois précédant l'enquête: ce sont souvent des comportements inciviques, des dépôts d'immondices ou des violences verbales. "Ce qui frappe, c'est le faible taux de signalement de ces faits", complète Sophie Croiset.En ce qui concerne les sanctions administratives communales, "ce que l'on note particulièrement, c'est une forte augmentation entre 2012 et 2019 à mettre en lien avec la prise en compte de l'arrêt et du stationnement gênants", souligne la coordinatrice des statistiques. En 2019, cela représente 92% des dossiers relatifs à ces sanctions! La plupart de ceux-ci aboutissent sur une amende. Les autres domaines concernent la propreté, le non-respect des policiers ou des tapages nocturnes.Après leur explosion, les sanctions administratives ont toutefois tendance à se stabiliser depuis deux ans."Globalement, un peu plus de 150000 délits ont été enregistrés pour l'année 2019, ce qui représente une diminution de 13% par rapport à 2010, alors que la population augmentait de 11%", analyse la responsable du rapport annuel de l'Observatoire. Les vols à la tire ou dans les véhicules et les coups et blessures restent les faits les plus importants. Par rapport à l'ensemble du territoire belge, un vol à la tire sur deux se fait quand même à Bruxelles!Si la criminalité diminue, certains faits augmentent de manière remarquable. Les vols de vélos, tout d'abord, en lien l'augmentation exponentielle de la mobilité douce et l'apparition de deux roues de plus en plus chers. "Il y a aussi une recrudescence ces dernières années des vols à la tire et des tapages nocturnes, complète Sophie Croiset. On constate aussi une augmentation des faits de criminalités même si, quantitativement, nous sommes dans des nombres réduits." Les premières indications statistiques pour 2020 montrent que le confinement accroît encore cette tendance. Une dernière augmentation concerne l'usage des drogues, à mettre en perspective avec une plus grande proactivité policière.En revanche, les attentes aux biens, que ce soit dans les véhicules ou les habitations, diminuent de façon importante.Là encore, la question de l'arrêt et du stationnement domine largement. "Il y a aussi un nombre très élevé de procès-verbaux liés à la vitesse, constatent les responsables de l'Observatoire. De même, il y a une hausse des sanctions relatives au port du casque ou des vêtements de protection, liée au changement en mode de mobilité."Une augmentation importante, en terme de pourcentage, concerne l'usage des drogues au volant. "Elle est à mettre en perspective avec l'augmentation des tests salivaires, dit Sophie Croiset. Un pour cent des personnes contrôlées sont positives. Il faut prendre ce chiffre avec prudence."Le nombre d'accidents de la route est en hausse, avec un nombre croissant de cyclistes ou de motocyclistes impliqués, mais une diminution du nombre d'accidents graves. "Ce sera intéressant aussi, dans les prochaines années, de voir les évolutions concernant les 'nouveaux engins' comme les trottinettes", commente encore la responsable. Le nombre de cas, en 2019, restait limité."Ce que l'on retient principalement ici, c'est une diminution du flux d'entrées, des dossiers qui arrivent jusqu'au parquet, souligne les membres de l'Observatoire. Cela ne veut pas forcément dire qu'il y a moins de faits ou de dossiers traités, mais qu'il y a eu des changements dans le processus de travail: des faits ont été réorientés vers les sanctions administratives, par exemple." C'est typiquement le cas de dossiers liés à l'environnement ou à la criminalité financière.En ce qui concerne le parquet jeunesse, il y a une augmentation due davantage aux affaires concernant les mineurs en danger (+38%), alors que les faits concernant les mineurs délinquants sont en diminution."L'objectif, à part de ces constats, sera de faire des recommandations à tous nos partenaires, souligne la coordinatrice du rapport. On pourra, par exemple, sensibiliser le citoyen à l'importance de porter plainte, mais aussi de renforcer le lien des confiances avec les services de première ligne ou prôner une culture plus forte d'accompagnement des victimes." Il s'agira aussi de prôner le développement de solutions innovantes : les drones, les caméras ou l'aménagement urbain de façon à renforcer le sentiment de sécurité.Les tendances globales sont rassurantes et donnent le sentiment d'un contexte sécuritaire serein. Comment expliquer, alors, la perception moins rassurante de la situation bruxelloise dans les médias ou aux yeux des responsables politiques, singulièrement en Flandre? Après les incidents de la place Liedts, le commissaire général de la Police fédérale parlait lui-même d'un problème de confiance envers les forces de l'ordre dans certains quartiers."Ce rapport est un travail d'observation sur une période longue d'un an, souligne Yves Bastaerts, directeur général de l'Observatoire. Souvent, les interventions dans la presse font suite à un événement précis. Bien sûr, après la manifestation de la place Liedts, on se demande comment il est possible que cela arrive. De tels événements sont bien sûr inacceptables et ternissent l'image de la Région. Mais on se focalise sur ceux-ci, alors qu'il y a 364 autres jours dans une année. Ici, il s'agit d'un regard sur une période stable et comparable à une année précédente. On pointe souvent Bruxelles du doigt pour un incident, point."De tels événements, en outre, ne concernent pas que des Bruxellois, précise le directeur: l'enquête est toujours en cours, mais il y avait dans les rangs de la manifestation pour réclamer la vérité dans l'affaire Ibrahima, qui a dérapé, des participants extérieurs à la ville, des provocateurs. Bruxelles paye son rôle de capitale, réceptacle de tensions. "Beaucoup de ces manifestations sont relayées sur les réseaux sociaux, on invite les gens à venir à Bruxelles ou on donne une image négative de la ville. Et je le répète, il faut mettre cela en rapport à ce vécu global de la Région que nous présentons."