Par l'entremise de leur avocat, la Ligue des Droits Humains et la Coordination Nationale d'Action pour la Paix et la Démocratie (CNAPD) ont demandé d'urgence vendredi au ministre des Finances Alexander De Croo, et à l'administrateur général des Douanes, Kristian Vanderwaeren, d'empêcher l'exportation de matériel qui ferait l'objet de licences dont la validité serait suspendue compte tenu du conflit qui a cours au Yémen. Cette requête s'inscrit dans le cadre d'une procédure en cours au Conseil d'Etat contre des licences d'exportation wallonnes vers le Royaume d'Arabie Saoudite dont sont titulaires la FN Herstal, CMI Defence et un troisième opérateur. La requête se fonde sur l'obligation contenue dans une clause portant sur les licences, et mise au jour en cours de procédure, entraînant l'arrêt des exportations lorsque le pays destinataire est impliqué dans un conflit international ou interne, au risque, selon le décret wallon, d'encourir des sanctions pénales. Le Conseil d'Etat avait reconnu l'urgence pour les licences non encore exécutées et fait rouvrir les débats après que d'autres licences ont, elles, été exécutées. L'auditeur poursuit son instruction. Une enquête de l'ONG flamande Vredesactie montre que des cargaisons d'armes sont régulièrement chargées sur des navires de la compagnie maritime saoudienne Bahri à Anvers, au Havre en France, à Santander en Espagne ou au Canada. Selon cette ONG, ce fut encore le cas récemment à Anvers, le 23 janvier 2019. Se fondant sur les statistiques de la banque nationale, les ONG belges soulignent que du matériel a été acheminé tous les mois vers l'Arabie Saoudite dans la catégorie armes et munitions, au cours de l'année écoulée. Ces transactions ont atteint 184 millions d'euros en 2018. Selon l'ONG Amnesty International, des armes wallonnes se sont retrouvées aux mains d'un groupe armé au Yémen. Une note du renseignement militaire français a par ailleurs fait état de l'utilisation d'armement français au Yémen. Selon le site internet marinetraffic.com, le Bahri Yanbu est arrivé ce samedi à Anvers en provenance de Brême en Allemagne pour une durée indéterminée. Sollicité, le cabinet du ministre De Croo n'a pas répondu à nos interrogations. L'administration des Finances n'était pas non plus en mesure de réagir plus avant samedi. De précédentes tentatives des ONG belges d'empêcher l'exportation d'armes vers l'Arabie Saoudite ont échoué. Il y a un an, l'administrateur des Douanes indiquait par courrier à l'avocat de la LDH et de la CNAPD, Vincent Letellier, que la problématique constituait une "priorité" pour l'administration et que le chargement d'armes exécuté en vertu des licences contestées serait arrêté et contrôlé de manière approfondie, dans l'attente d'un avis à la Région wallonne. Maître Letellier a demandé vendredi à l'administrateur général quelles mesures avaient été prises depuis et quelles actions seront particulièrement menées ce week-end.