C'est l'histoire d'un village autrefois charmant sur les bords de l'Escaut mais sur lequel le sort s'est acharné. Non content de lui flanquer deux premiers réacteurs nucléaires en 1975, on a achevé de lui pourrir l'existence jusqu'à ce que mort s'ensuive en autorisant son encombrant voisin, le port d'Anvers, à empiéter sans ménagement sur son cadre de vie.
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C'est l'histoire d'un village autrefois charmant sur les bords de l'Escaut mais sur lequel le sort s'est acharné. Non content de lui flanquer deux premiers réacteurs nucléaires en 1975, on a achevé de lui pourrir l'existence jusqu'à ce que mort s'ensuive en autorisant son encombrant voisin, le port d'Anvers, à empiéter sans ménagement sur son cadre de vie. Et voilà qu'à partir de ce 15 avril et jusqu'au 15 juin, Doel-la-maudite prend une inédite dimension européenne. Avec cette question posée à une moitié de l'Europe: Doel 1 et 2, stop ou encore jusque 2025? Tout qui réside dans un rayon de 1 000 kilomètres autour des deux centrales nucléaires en sursis aura le loisir, deux mois durant, de se prononcer sur l'impact environnemental de leur ultime (?) prolongation. Ce qui fait du monde invité à prendre part à cette plus grande enquête publique jamais réalisée en Belgique: outre les habitants des pays frontaliers, les Britanniques, Irlandais, Danois, Suisses, Autrichiens, une partie des Norvégiens, des Suédois, des Polonais, des Tchèques et des Slovaques et jusqu'à certains Croates et Italiens. Impossible pour les autorités belges de se soustraire à cette consultation publique transfrontalière: elle a été obtenue auprès de la Cour constitutionnelle par des associations environnementalistes, mécontentes que ce devoir ait été négligé en 2015 lorsque le gouvernement Michel I avait prolongé les deux réacteurs de dix ans. Ce regain de curiosité ne rendra pas vie à ce village de polder encore peuplé de 1 000 habitants dans les années 1970, aujourd'hui quasiment déserté avec la plupart de ses bâtiments à l'abandon, et condamné par l'extension constante du port d'Anvers. Les lieux sont pourtant visités par de nombreux curieux, parfois venus de l'étranger et qui, comme le rapporte Manuela Van Werde, députée N-VA, couplent leur escapade avec une excursion jusque... Tchernobyl. Un tourisme de catastrophe dont la Flandre n'a pas à être fière, admet le ministre régional du Patrimoine, Matthias Diependaele (N-VA), occupé à piloter une étude sur les moyens d'insuffler une nouvelle vie à Doel, à l'ombre d'un gigantesque dock pour containers conçu pour ne jamais connaître le repos.