Il y a néerlandais et néerlandais, celui pratiqué aux Pays-Bas et celui usité en Flandre. La co-habitation des deux variantes dans la tête des petits Flamands finirait par devenir source de confusion et par conséquent d'inquiétude. A force de regarder jusqu'à plus soif des séries en version néerlando-néerlandaise sur les chaînes télé et les plateformes de streaming Netflix et Disney +, la jeunesse de Flandre finit par s'imbiber du...

Il y a néerlandais et néerlandais, celui pratiqué aux Pays-Bas et celui usité en Flandre. La co-habitation des deux variantes dans la tête des petits Flamands finirait par devenir source de confusion et par conséquent d'inquiétude. A force de regarder jusqu'à plus soif des séries en version néerlando-néerlandaise sur les chaînes télé et les plateformes de streaming Netflix et Disney +, la jeunesse de Flandre finit par s'imbiber du vocabulaire et de l'accent en usage chez le grand frère du Nord. Des parents, des logopèdes, des linguistes s'en émeuvent. Le flagrant déséquilibre, par manque cruel de versions doublées en néerlandais "à la flamande", ne serait pas sans conséquence sur la richesse du patrimoine lexical propre aux enfants de Flandre. Ellen Van Hove, psychologue et maman d'une fillette de 5 ans accro aux programmes des plateformes de streaming, endosse le rôle de la lanceuse d'alerte: "Les enfants n'apprennent pas à traduire leurs émotions dans leur propre langue. Ce qui me frappe encore plus, c'est l'impact important constaté chez les enfants atteints d'autisme ou dont les parents sont de langue étrangère. Il peut en résulter des problèmes de communication ou de harcèlement." Interpellé, le ministre régional de la Jeunesse et des Médias, Benjamin Dalle (CD&V), est saisi d'une pétition de 2 600 signatures appelant à prendre le problème au sérieux. "Flamandiser" par voie décrétale des programmes télévisés "batavisés"? Le ministre n'est pas partisan du recours à la contrainte: les coûts liés à une obligation d'offrir systématiquement des versions doublées en belgo-néerlandais ne ferait qu'entraîner la disparition pure et simple de certains contenus télévisés retransmis en Flandre, "ce qui reviendrait à se tirer une balle dans le pied". Benjamin Dalle préfère privilégier la sensibilisation et la concertation avec les acteurs concernés qu'il compte réunir fin août, en présence de la Nederlandse Taalunie qui recommande pour le bien des enfants un savant mix de néerlando-néerlandais et de belgo-néerlandais.