Dans notre dossier immobilier:
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Les notaires des extrémités nord et sud du pays n'en reviennent toujours pas. Installées qui le long de la mer, qui au coeur de l'Ardenne, leurs études ont été assaillies par quantité de Belges pressés de s'offrir une seconde résidence en pleine crise sanitaire. C'est que le confinement printanier et, surtout, la fermeture des frontières, ont eu raison de leurs rêves plus... méditerranéens ou exotiques. Une assignation à domicile qui les a conduits à (re)découvrir la dolce vita noir-jaune-rouge. A tel point que les marchés côtier et luxembourgeois ont été mis sous pression, comme jamais auparavant. "C'est une véritable ruée vers l'or", s'exclame le notaire Vincent Dumoulin qui officie depuis trente ans à Erezée, entre Durbuy et La Roche-en-Ardenne, et n'avait jamais assisté à pareil engouement. En 2020, mais aussi en 2021, dont le premier trimestre qui s'achève fait à son tour l'objet d'une effervescence inédite. "C'est la première fois qu'un premier trimestre se révèle aussi prolifique en volume d'actes passés", souligne-t-il. De son côté, son confrère Bart Van Opstal, dont l'étude est à Ostende, atteste également d'une activité immobilière frénétique. "Depuis mai-juin 2020, mais surtout pendant les mois d'été, où la hausse du nombre de transactions a atteint près de 30 à 40% comparé à 2019. C'est énorme!" Et de remarquer que les ardeurs des candidats acquéreurs n'ont pas été refroidies par l'hiver puisque leur assiduité s'est poursuivie en janvier et février de cette année."Le boom des secondes résidences en 2020 est intéressant en ce qu'il a été immédiatement perceptible sur le marché immobilier", décrypte Renaud Grégoire, porte-parole de Fednot, la fédération professionnelle des notaires. "Les gens ont été très réactifs, ce qui est assez incroyable pour un secteur comme le nôtre, où les décisions sont généralement prises sur le long terme." Avec les conséquences que l'on imagine sur le prix des biens, la courbe de l'offre n'ayant pas suivi la même folle ascension que celle de la demande. A lire sur le sujet > Une note d'espoir dans une année pourrie: la Wallonie séduit un nouveau public, les Wallons Dans leur analyse provinciale de l'année écoulée, livrée fin février, les notaires de la province de Luxembourg se font l'écho d'une flambée inhabituelle. Les prix des maisons échangées en 2020 ont affiché la plus forte évolution à l'échelle du pays: + 13,9% par rapport à 2019 pour passer pour la première fois la barre des 200 000 euros (prix médian). En un an de temps, et en valeur absolue, il a fallu débourser 24 000 euros de plus pour s'y offrir une maison. Un constat qui en inquiète plus d'un, l' Ardenne étant aussi et avant tout la terre de ceux qui l'habitent toute l'année. "Cela me tracasse un peu, confie Vincent Dumoulin. J'ai peur que les jeunes du coin souffrent d'un accès de plus en plus difficile à la propriété." Même déferlement à la Côte, où des communes comme Knokke, Nieuport, La Panne ou Coxyde ont vu leurs appartements, biens fétiches des amoureux du littoral, prendre beaucoup de valeur. Sur les sept premiers mois de 2020, selon les notaires toujours, les hausses de prix dans ces quatre stations balnéaires ont varié entre + 5,7% (Nieuport) et + 12,7% (La Panne). De quoi exploser certains plafonds: celui des 550 000 euros en moyenne pour un appartement à Knokke, 300 000 à Nieuport, 270 000 à Coxyde et 200 000 euros à La Panne.En Ardenne, les nouveaux seconds résidents viennent du nord. "Un peu de Bruxelles, reprend Vincent Dumoulin, mais surtout de Flandre." Ils s'éprennent de biens de caractère: des maisons en pierre de pays, des fermettes, des chalets. "Ils recherchent le calme, la vue." Beaucoup décident d'allier plaisir et rentabilité et se ruent sur les gîtes. "L'attrait des gîtes, qui s'était tari ces dernières années, est reparti de plus belle en 2020, acquiesce le notaire. Avec ceci de particulier que l'on voit passer de nombreux gîtes de grande capacité dans nos études. C'est préoccupant parce que s'ils se louent bien dans la conjoncture actuelle, quand les choses seront revenues à une certaine normalité, la reprise des voyages ne manquera pas de freiner leur succès locatif. J'en discute notamment avec des banquiers, qui me disent faire preuve d'une extrême prudence dans l'octroi des crédits les concernant. Il ne faudrait pas que leurs propriétaires se retrouvent en défaut de paiement, faute de locataires." A noter que, galvanisés par leur envie d'investir, certains particuliers ne se limitent pas aux gîtes et lorgnent d'autres placements. "C'est assez neuf, j'ai pas mal de clients qui achètent des terrains à bâtir, signale Vincent Dumoulin. Il construisent une seconde résidence sur l'un, destinent l'autre à leurs enfants, réservent le troisième pour empocher une plus-value à la revente." Pour ces investisseurs, la terre ardennaise est bon marché, et gage de prospérité. "Ils craignent la récession à la suite de la crise sanitaire et veulent éviter que leur épargne soit dévalorisée."En bordure de mer, seul l'achat plaisir motive les seconds résidents, qui affluent des quatre coins de la Belgique, assure Bart Van Opstal. Raison pour laquelle ce sont surtout les appartements grands, beaux et bien placés qui retiennent leurs faveurs. "La plupart ont 50-60 ans et caressent le rêve de s'offrir un appartement à la Côte depuis longtemps. Pour en profiter pendant leurs congés d'abord, puis pour y passer leurs vieux jours une fois retraités. La Covid a accéléré le passage à l'acte." Puisqu'ils ont le projet d'y résider à terme, ces nouveaux propriétaires au double jeu de clés ne se refusent rien. "Ils optent pour des appartements neufs ou récents, de deux à trois chambres, dotés de grandes terrasses, décrit le notaire ostendais. De même, ils privilégient soit la proximité de la mer, soit celle du centre-ville. Ils comptent y vivre au quotidien donc ils sont demandeurs d'une vie culturelle, de commerces, d'activités. Cela influe sur leurs communes de prédilection." De quoi expliquer, entre autres, la fulgurante hausse des prix dans les entités qui offrent ce type de biens et de cadre de vie, à l'inverse de celles qui sont désertées une fois la saison touristique passée et dont le bâti est majoritairement constitué d'immeubles des années 1950-1960-1970, aux appartements vieillots et étriqués.