Habitat groupé, léger, intergénérationnel, kangourou... Les solutions du vivre-ensemble à contre-courant de l'habitat traditionnel font parler d'elles et se multiplient sur le terrain. En Brabant wallon, notamment, où leur concentration semble même plus importante qu'ailleurs. Pour des raisons que l'on suspecte avant tout économiques : le prix de l'immobilier y atteignant des sommets, partager son lieu de vie avec d'autres devrait en réduire le coût. " Oui et non. Neuf fois sur dix, c'est aussi cher, si pas plus, qu'un bien classique, oppose Thierry De Bie, chargé de mission au sein de l'asbl néolouvaniste Habitat et participation. Certes, il n'y a qu'un acte d'achat, un notaire, un architecte, un chantier, ce qui allège la charge financière. Mais les terrains à bâtir sont rares et ultrachers car convoités également par les promoteurs. Et il ne faut pas minimiser le facteur temps : deux à trois ans, parfois cinq, sont nécessaires pour que pareille entreprise aboutisse, pendant lesquels les porteurs de projet doivent assumer un loyer et une mensualité d'emprunt, voire deux mensualités. "
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Habitat groupé, léger, intergénérationnel, kangourou... Les solutions du vivre-ensemble à contre-courant de l'habitat traditionnel font parler d'elles et se multiplient sur le terrain. En Brabant wallon, notamment, où leur concentration semble même plus importante qu'ailleurs. Pour des raisons que l'on suspecte avant tout économiques : le prix de l'immobilier y atteignant des sommets, partager son lieu de vie avec d'autres devrait en réduire le coût. " Oui et non. Neuf fois sur dix, c'est aussi cher, si pas plus, qu'un bien classique, oppose Thierry De Bie, chargé de mission au sein de l'asbl néolouvaniste Habitat et participation. Certes, il n'y a qu'un acte d'achat, un notaire, un architecte, un chantier, ce qui allège la charge financière. Mais les terrains à bâtir sont rares et ultrachers car convoités également par les promoteurs. Et il ne faut pas minimiser le facteur temps : deux à trois ans, parfois cinq, sont nécessaires pour que pareille entreprise aboutisse, pendant lesquels les porteurs de projet doivent assumer un loyer et une mensualité d'emprunt, voire deux mensualités. " A en croire Thierry De Bie, davantage que l'incitant économique, c'est leur état d'esprit et leurs convictions qui motivent les Brabançons à imaginer un logement qui leur ressemble. " C'est une province plutôt "intello", où la proportion de cadres supérieurs et d'universitaires est élevée, esquisse-t-il. Ils réfléchissent sans doute plus que d'autres à des formes d'habitat en rupture avec ce que leur vend un salon comme Batibouw, pour caricaturer. " D'après l'expert, s'il n'existe pas de statistiques précises sur le nombre d'habitats groupés en Belgique francophone, les calculs et estimations " à la grosse louche " de son association font état d'environ 450 structures de ce type : " C'est à Bruxelles et en Brabant wallon qu'elles sont les plus nombreuses. La province de Namur est également prisée. " En Brabant wallon, beaucoup d'habitats groupés sont recensés autour de Wavre, Ottignies et Louvain-la-Neuve, " mais ils essaiment ailleurs aussi. " Un essor local qui s'explique par la proximité de l'UCLouvain. " A l'origine, le mouvement était surtout le fait d'anciens professeurs et étudiants. " " Au cours des dernières décennies, il y a eu plusieurs vagues de création d'habitats groupés, à l'initiative de publics différents, à des fins différentes ", observe Thierry De Bie. Fin des années 1970, début des années 1980, dans le courant post-soixante-huitard, ils s'apparentent à de grandes maisons divisées en petits espaces de vie plus ou moins privatifs gravitant autour d'espaces communs. Soit l'ancêtre du coliving actuel. Dix ans plus tard, la construction prend le relais : sur un terrain vierge, des maisons individuelles sont bâties autour d'espaces verts partagés. " Ces projets immobiliers sont généralement lancés par des familles avec de jeunes enfants, décrit le chargé de mission. Il s'agit souvent de Bruxellois ayant quitté la ville pour la campagne, qui ont peur de l'éloignement et de la solitude. Ils recréent ce faisant une proximité toute citadine. " Au tournant des années 2000, c'est moins la forme que le fond qui compte. " Ecologie et durabilité sont alors au centre des habitats groupés, qui, bien avant tout le monde, privilégient les énergies renouvelables, prônent une gestion responsable des eaux... " Plus récemment, ce sont les habitats groupés dits solidaires qui ont le vent en poupe. Ceux-ci réunissent des personnes en situation de précarité ou de fragilité : des ménages à bas revenus, des familles monoparentales, des personnes atteintes de maladies mentales ou de handicap léger... " Poussés dans le dos par des asbl et des organisations citoyennes, certains, comme la Ferme de Louvranges, à Wavre, ont pour projet d'accueillir des personnes en accident de vie, qui ont perdu leur boulot, sont en dépression nerveuse ou récemment divorcées ", souligne Thierry De Bie, qui cite aussi des projets tels Val des coccinelles, à Rixensart, ou Alodgî, à Ottignies, fondés par des parents de jeunes adultes handicapés ou malades mentaux. " A noter qu'en ville, nombreux sont les habitats groupés ouverts sur leur quartier, mettant à disposition de tous des espaces polyvalents pour l'organisation d'événements culturels, d'une école des devoirs... " " La vague actuelle et future des habitats groupés fait la part belle aux seniors désireux de se regrouper, aux habitats légers et aux jeunes fédérés autour d'un projet agricole ", ajoute l'expert. Dans ce dernier cas, l'avantage est de pouvoir cibler des bâtiments de ferme en zone agricole et donc, vendus " pour une croûte de pain ". Jeunes agriculteurs ou bio-ingénieurs, ils ciblent la permaculture ou le bio et couplent l'exploitation de la terre à un projet à caractère social. " L'un d'eux, mêlant agriculture et accueil d'enfants handicapés, est en train de se mettre en place à Tubize ", illustre Thierry De Bie, qui en recense une dizaine en gestation à l'échelle de la province.