"On ne peut juger du degré de civilisation d'une nation qu'en visitant ses prisons", a écrit Dostoïevski. De ce que rapporte tout qui visite les nôtres, les générations futures ne pourront juger notre société qu'avec dégoût et mépris ! On a déjà tout déploré, tout dénoncé, tout hurlé, sur nos prisons : insalubrité repoussante, surpopulation endémique, fabrique de récidivistes, dignité humaine bafouée, etc. Tout cela dans une indifférence abyssale ... Résolu à ne jamais me taire, ni baisser les bras, je voudrais ajouter à ce bien piteux tableau une donnée factuelle consternante : contrairement à ce que croit l'"honnête citoyen", pour qui les détenus méritent bien leur sort, la population carcérale n'est pas faite de voyous avec du sang sur les mains et des morts sur la conscience, mais bien, pour l'essentiel, de pauvres, d'exclus, de paumés... Certes, y séjournent, de temps en temps, l'un ou l'autre 'criminel en col blanc' mais ça dure peu. Les gens qui y croupissent ou qu'on y renvoie à répétition sont des accidentés de la vie, des laissés pour compte, auxquels s'agglomèrent, certes quelques caïds, mais surtout une grosse proportion de petits revendeurs de cannabis et d'autres substances qualifiées d'illicites, outre des toxicomanes qui ont perdu pied.

Des pauvres, les prisons en regorgent. On y trouve pêle-mêle des malheureux qui volent pour s'alimenter, des sans-papiers et des sans-abris qui grivèlent ou volent tantôt pour survivre, tantôt pour se venger d'une société qui les a rejetés, des conducteurs de véhicules d'occasion qui roulent sans assurance, faute d'avoir pu payer les primes, et même des innocents qui, illettrés parfois, ou sans repère, se sont laissés accuser sans réagir puis condamnés par défaut parce qu'ils sont culturellement éloignés de toutes les institutions, la justice y compris. Dans l'autre gros contingent des détenus, celui des revendeurs de drogues, il y a les filles et les fils de n'importe qui n'ont pu passer à travers les mailles du filet quand, pour sacrifier aux rites de l'adolescence ou pour vivre la vie avec plus de nonchalance, ils ont fait de la revente (de la "dépanne", comme ils disent) pour couvrir leurs frais. Complètent "l'affiche" des toxicomanes, hors contrôle sous le joug de leurs dépendances.

Les pays qui ont éradiqué la grande misère, notamment par une protection sociale large et solide, et ceux qui ont légalisé les drogues en substituant à la prison un traitement socio-médical, ont vu leurs prisons littéralement se vider. Pas d'angélisme : il reste des gens dont la société peut légitimement vouloir se protéger mais, même pour ceux-là, la déshumanisation en prison est une fabrique de haineux revanchards dont la récidive est quasi certaine...

Dans les sociétés très inégalitaires, les détenus souffrent non seulement du dédain des bourgeois mais également du mépris des gens qui triment et qui, parce qu'ils en bavent, n'admettent pas qu'ils puissent exiger un sort meilleur que le leur... Alors pourtant que la privation de liberté à elle seule est déjà une expérience épouvantable, comme tout le monde a pu s'en rendre compte, à une échelle pourtant nettement moindre, avec la coercition sanitaire.

Lorsqu'aux inégalités sociales s'ajoute une grande peur comme celle liée aux épidémies, les prisons deviennent des oubliettes médiévales et leurs occupants, gardiens comme détenus, des reclus voire des pestiférés. Habités, comme chacun l'est, par la crainte de la maladie et de la mort, les détenus subissent la peur et l'angoisse de la contagion avec une acuité qui, du fait de la promiscuité que crée la surpopulation, se décuple, le tout dans une solitude affective atroce puisqu'ils n'ont plus le soutien des visites de leur famille ou de leurs proches.

En cellule 24h/24, ils sont tout simplement emmurés vivants !

Dans pareille situation, envoyer (ou maintenir) en prison des gens pour des délits mineurs, des vols sans violence, de la culture ou de la vente de haschich, déjà une solide absurdité en temps ordinaire, n'est, ni plus ni moins, que de la torture.

"On ne peut juger du degré de civilisation d'une nation qu'en visitant ses prisons", a écrit Dostoïevski. De ce que rapporte tout qui visite les nôtres, les générations futures ne pourront juger notre société qu'avec dégoût et mépris ! On a déjà tout déploré, tout dénoncé, tout hurlé, sur nos prisons : insalubrité repoussante, surpopulation endémique, fabrique de récidivistes, dignité humaine bafouée, etc. Tout cela dans une indifférence abyssale ... Résolu à ne jamais me taire, ni baisser les bras, je voudrais ajouter à ce bien piteux tableau une donnée factuelle consternante : contrairement à ce que croit l'"honnête citoyen", pour qui les détenus méritent bien leur sort, la population carcérale n'est pas faite de voyous avec du sang sur les mains et des morts sur la conscience, mais bien, pour l'essentiel, de pauvres, d'exclus, de paumés... Certes, y séjournent, de temps en temps, l'un ou l'autre 'criminel en col blanc' mais ça dure peu. Les gens qui y croupissent ou qu'on y renvoie à répétition sont des accidentés de la vie, des laissés pour compte, auxquels s'agglomèrent, certes quelques caïds, mais surtout une grosse proportion de petits revendeurs de cannabis et d'autres substances qualifiées d'illicites, outre des toxicomanes qui ont perdu pied.Des pauvres, les prisons en regorgent. On y trouve pêle-mêle des malheureux qui volent pour s'alimenter, des sans-papiers et des sans-abris qui grivèlent ou volent tantôt pour survivre, tantôt pour se venger d'une société qui les a rejetés, des conducteurs de véhicules d'occasion qui roulent sans assurance, faute d'avoir pu payer les primes, et même des innocents qui, illettrés parfois, ou sans repère, se sont laissés accuser sans réagir puis condamnés par défaut parce qu'ils sont culturellement éloignés de toutes les institutions, la justice y compris. Dans l'autre gros contingent des détenus, celui des revendeurs de drogues, il y a les filles et les fils de n'importe qui n'ont pu passer à travers les mailles du filet quand, pour sacrifier aux rites de l'adolescence ou pour vivre la vie avec plus de nonchalance, ils ont fait de la revente (de la "dépanne", comme ils disent) pour couvrir leurs frais. Complètent "l'affiche" des toxicomanes, hors contrôle sous le joug de leurs dépendances. Les pays qui ont éradiqué la grande misère, notamment par une protection sociale large et solide, et ceux qui ont légalisé les drogues en substituant à la prison un traitement socio-médical, ont vu leurs prisons littéralement se vider. Pas d'angélisme : il reste des gens dont la société peut légitimement vouloir se protéger mais, même pour ceux-là, la déshumanisation en prison est une fabrique de haineux revanchards dont la récidive est quasi certaine...Dans les sociétés très inégalitaires, les détenus souffrent non seulement du dédain des bourgeois mais également du mépris des gens qui triment et qui, parce qu'ils en bavent, n'admettent pas qu'ils puissent exiger un sort meilleur que le leur... Alors pourtant que la privation de liberté à elle seule est déjà une expérience épouvantable, comme tout le monde a pu s'en rendre compte, à une échelle pourtant nettement moindre, avec la coercition sanitaire.Lorsqu'aux inégalités sociales s'ajoute une grande peur comme celle liée aux épidémies, les prisons deviennent des oubliettes médiévales et leurs occupants, gardiens comme détenus, des reclus voire des pestiférés. Habités, comme chacun l'est, par la crainte de la maladie et de la mort, les détenus subissent la peur et l'angoisse de la contagion avec une acuité qui, du fait de la promiscuité que crée la surpopulation, se décuple, le tout dans une solitude affective atroce puisqu'ils n'ont plus le soutien des visites de leur famille ou de leurs proches.En cellule 24h/24, ils sont tout simplement emmurés vivants ! Dans pareille situation, envoyer (ou maintenir) en prison des gens pour des délits mineurs, des vols sans violence, de la culture ou de la vente de haschich, déjà une solide absurdité en temps ordinaire, n'est, ni plus ni moins, que de la torture.