Quinze ans que l'entrepreneur Bart Verhaeghe, entre autres propriétaire du Club Bruges KV, a fondé Itinera, avec le professeur de droit social Marc De Vos (UGent et VUB) et Gaëtan Hannecart, alors CEO de Matexi (immobilier). Le think tank entend toujours étudier "d'importantes questions sociales en toute objectivité et dans une totale indépendance, en vue d'une amélioration de la politique", il se considère encore comme "visionnaire parce qu'il donne des recommandations destinées à créer une prospérité durable à long terme" mais "le monde change très rapidement" et "est confronté à maints défis politiques, économiques et sociétaux". Conséquences: le 1er septembre, l'architecte et urbaniste Alexander D'Hooghe, qui a notamment réalisé le ring d'Anvers, a succédé à Bart Verhaeghe à la présidence d'Itinera et le philosophe Ignaas Devisch en est devenu le directeur général, à la place de ...

Quinze ans que l'entrepreneur Bart Verhaeghe, entre autres propriétaire du Club Bruges KV, a fondé Itinera, avec le professeur de droit social Marc De Vos (UGent et VUB) et Gaëtan Hannecart, alors CEO de Matexi (immobilier). Le think tank entend toujours étudier "d'importantes questions sociales en toute objectivité et dans une totale indépendance, en vue d'une amélioration de la politique", il se considère encore comme "visionnaire parce qu'il donne des recommandations destinées à créer une prospérité durable à long terme" mais "le monde change très rapidement" et "est confronté à maints défis politiques, économiques et sociétaux". Conséquences: le 1er septembre, l'architecte et urbaniste Alexander D'Hooghe, qui a notamment réalisé le ring d'Anvers, a succédé à Bart Verhaeghe à la présidence d'Itinera et le philosophe Ignaas Devisch en est devenu le directeur général, à la place de Leo Neels, ex-patron de VTM et de Pharma.be. Devisch est donc le nouveau leader opérationnel du centre de réflexion que les syndicats, notamment, rangent résolument très à droite, que d'autres situent plus largement dans la mouvance "néolibérale". Un personnage, Ignaas Devisch. Professeur de philosophie et d'éthique médicales à l'université de Gand, chroniqueur au Standaard, spécialiste ès gouvernance, très présent sur les plateaux télé et dans les studios radio flamands, auteur prolifique d'essais et livres (sur l'empathie, sur le feu, sur la vie trépidante, sur la violence, sur la vérité, sur le recours aux médicaments...), consultant d'entreprises, impliqué dans des associations veillant aux questions philosophiques que posent les progrès technologiques et l'évolution des législations en matière de santé et de médecine... C'est beaucoup. "Trop", avancent certains. Et "dans trop de domaines", ce qui expliquerait ses écrits "un peu simplistes". Il serait "un philosophe de médias", ou "de magazines bas de gamme". Qui n'a pas "l'envergure d'un Etienne Vermeersch", l'immense philosophe flamand disparu en 2019, lui aussi concentré sur la bioéthique, l'euthanasie, l'avortement, l'environnement. Mais Bert Bultinck, rédacteur en chef de l'hebdomadaire flamand Knack, nuance: "Personne n'a succédé à Etienne Vermeersch. Ignaas Devisch lui ressemble dans son analyse très précise des questions biomédicales, outre qu'il est aussi un vulgarisateur. Mais, bien plus que Vermeersch, c'est un philosophe "à la française", par exemple dans ses chroniques où il applique un style très "essayistique". Son accession à la direction d'Itinera est assez inattendue. Elle semble plus orienter le think tank, dont la période dorée me semble être derrière lui, vers le libéralisme de gauche. Devisch a un profil très flamand mais il n'est clairement pas proche de la N-VA." Au Vif, l'intéressé confesse avoir été influencé par Jean-Louis Nancy, Jacques Derrida, Georges Bataille, Peter Sloterdijk, Martin Heidegger et Emmanuel Kant. "Diriger Itinera est un privilège, assure-t-il. C'est un sanctuaire pour lancer de nouvelles idées et organiser des débats publics. Il y a tant d'urgences, le monde change si rapidement. Il est confronté à la transition vers une économie plus durable, le besoin d'innovations, l'importance croissante de l'éthique et de la diversité dans la société, le manque de confiance dans les institutions, l'impact du monde numérique sur nos relations sociales, la manière de communiquer..." Il y a du pain sur la planche, donc. Ce dont raffole le nouveau boss d'un think tank dont le parcours et les convictions de ses collaborateurs, "tous des penseurs critiques recherchant avant tout des solutions", ne visent qu'un "même objectif: une meilleure société pour tous, ainsi que pour nos enfants".