Ce ne sont pas des mots doux que Sophie Dutordoir, CEO de la SNCB, vient d'adresser à son ministre de tutelle, le vice-Premier Ecolo Georges Gilkinet. Elle parle "d'une moquerie publique, incompréhensible tant dans son contenu, sa forme que dans son timing. Cette initiative inattendue a provoqué un grave abus de confiance à mon égard".
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Ce ne sont pas des mots doux que Sophie Dutordoir, CEO de la SNCB, vient d'adresser à son ministre de tutelle, le vice-Premier Ecolo Georges Gilkinet. Elle parle "d'une moquerie publique, incompréhensible tant dans son contenu, sa forme que dans son timing. Cette initiative inattendue a provoqué un grave abus de confiance à mon égard".En cause, les critiques très fermes adressées par le ministre de la Mobilité à la décision prise par la société de fermer 44 guichets de gare. Georges Gilkinet était apparu à la télévision et dans tous les médias pour demander que la SNCB revoie "fortement sa copie". Dans cette lettre, Sophie Dutordoir laisse toutefois entendre qu'il était au courant et mentionne toutes les réunions auxquelles ont participé les collaborateurs impliqués. "Vous comprendrez que dans ce contexte, votre intervention du vendredi soir 29 janvier pour introduire un moratoire sur la décision prise était totalement incompréhensible, écrit-elle. Après mon argumentation et ma proposition de consultation, vous avez demandé un temps de réflexion, après quoi nous avons poursuivi notre conversation dimanche matin à votre initiative."Sophie Dutordoir ajoute: "Il s'agit toutefois d'une décision mûrement réfléchie dans le cadre de la bonne gouvernance et fondée sur la conviction que les ressources dont nous disposons en tant qu'entreprise publique et pour lesquelles vous faites également des efforts, devraient être consacrées en priorité à ce qui correspond le mieux à la mission de service public, à savoir l'augmentation de l'offre de trains et l'accessibilité." Autrement dit: elle la maintiendra!Il s'agit d"un grave abus de confiance aussi pour tout le personnel de la SNCB, pour tous les navetteurs et les citoyens, s'indigne la cheffe de file CDH à la Chambre, Catherine Fonck.A la Chambre, le porte-parole du PTB, Raoul Hedebouw, a demandé que le Premier ministre, Alexander De Croo (Open VLD), puisse répondre au sujet de cette "rutpture de confiance". "J'ai pleine confiance en mon ministre", a décliné le Premier.Interrogé par la VRT avant la séance plénière, Georges Gilkinet souligne que, de son côté, il n'y a "pas de rupture de confiance" avec la CEO de la SNCB et souligne: "C'est une femme de caractère". Des propos qui suscitent un "profond malaise", dixit Catherine Fonck.Une série de questions étaient toutefois au menu, adressées au ministre écologiste: pas moins de douze députés l'ont interpellé ce jeudi après-midi! Le débat a été chaud et les critiques provenaient aussi des partis de la Vivaldi."Lundi, je suis tombé de ma chaise quand j'ai appris que 44 gares du pays seraient fermées, entame Jef Van den Bergh (CD&V, dans la majorité). On peut bien sûr raisonner d'un point de vue économique sur la base de chiffres, c'est une considération valable. Mais il ne faut pas perdre non plus le volet social: il y a des gens qui ne peuvent pas utiliser le numérique, on ne peut pas abandonner 25% de la population. Mais, je suis retombé de ma chaise quand j'ai lu votre intervention. J'ai lu que la CEO de la SNCB parle d'une grave rupture confiance et ce n'est pas une situation simple. Comment allez-vous rétablir la confiance?""J'étais stupéfaite et mal à l'aise en apprenant cette volonté de fermeture", prolonge Mélissa Hanus (PS). Elle rappelle que le ministre avait juré qu'aucune gare ne serait fermée. "Ne jouons pas sur les mots, fermetures de guichets ou de gares, c'es la même chose. La SNCB dit remplir des missions de service public. C'est pour ça qu'il y a un commissaire de gouvernement qui assiste aux réunions du conseil d'administration. Pourquoi n'avez-vous pas arrêté ce train fou? Nous nous étonnons des déclaration de Sophie Dutordoir: jusqu'où avez-vous validé cette décision?""Madame Dutordoir dit qu'il est trop tard pour appuyer sur le bouton pause, s'indigne lui aussi Joris Vandenbroucke (SP.A). Et comment allez-vous rétablir la confiance?" Au sein de la majorité fédérale, cela tangue.Catherine Fonck (CDH, dans l'opposition), regrette "un coup dur pour la mobilité, pour la sécurité dans les gares, pour l'assistance aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées... "Veut-on oui ou non un service pour tous les publics?, demande-t-elle. Lundi, vous n'avez pas semblé désapprouvé la décision; mardi, vous l'avez critiquée après les déclarations de votre président de parti. Pourtant, vous étiez au courant!" Catherine Fonck reprend les termes de Sophie Dutordoir et conclut: "Après ce qui s'est passé ici et qui est gravissime, êtes-vous encore en capacité de mener des projets ambitieux en matière ferroviaire?"Kim Buyst (Ecolo-Groen) est une des seules à le défendre: elle demande "un souffle nouveau sur la SNCB" et entend regagarder vers l'avenir, sur ce que sera la gare de demain. Son collège de parti Nicolas Parent souligne que son parti a "accueilli avec stupeur cette décision, qui ne correspond pas à l'accord de gouvernement" et salue "sa décision de demander que l'on corrige le tir".François De Smet (DéFI) critique d'abord le fond de la décision. "Pas moins de 50% des gares visées se trouvent en Wallonie, ce qui est inéquitable", prolonge-t-il, surtout la province du Luxembourg. "Souhaitez-vous le retrait de cette décision, parce qu'on s'y perd un peu? Et où se trouve la locomotive de notre politique de mobilité?"Les libéraux, eux aussi dans la majorité fédérale, grincent des dents. Emmanuel Burton (MR) constate: "Cette suppression fait un tollé. Un guichet, dieu sait combien c'est important. On peut comprendre une certaine rationalisation, une digitalisation et je peux le soutenir. Mais aujourd'hui, c'est l'incompréhension. Florence Reuter, bourgmestre de Waterloo, se retrouve avec une nouvelle gare, mais pas de guichet. Ce qui est troublant pour nous, c'est que vous étiez au courant de la décision! La situation est assez grave entre un ministre et une CEO d'une entreprise publique." Les libéraux demandent une série de clarifications au sujet de cette affaire décidément délicate."Un plan qui envisage de fermer un guichet sur trois ne tombe pas du ciel, prolonge Tomas Roggeman (N-VA. Vous étiez au courant depuis des mois." Il demande, là encore, comment il pourra fonctionner en tant que ministre après cette rupture de confiance. Chaud bouillant."Merci pour vos questions qui témoignent d'un intérêt pour le rail, même si c'est dans des circonstances polémiques", entame Georges Gilkinet. Le ministre, critiqué, rappelle les points principaux de sa politiques en insistant sur sa volonté de mener "une politique forte forte pour le rail". "Notre secteur ferroviaire a besoin d'un cap et nous travaillons sur base d'une vision 2040", rappelle-t-il. Mais la polémique met cette volonté à mal...Le ministre fédéral de la Mobilité évoque les contacts "nombreux et constructifs" avec la SNCB. "Cette politique de fermeture de guichets n'est pas neuve, explique-t-il. Quand la SNCB m'a fait part de ce nouveau plan, j'ai émis des réserves. Formellement, le point a été inscrit au sein du conseil d'administration de la fin novembre. L'ensemble des administrateurs l'a soutenue et l'ancienne commissaire de gouvernement l'a soutenue." Il soutient que ce projet remonte à la prochaine législature et rappelle qu'Ecolo n'est pas représenté au sein du conseil d'administration.Georges Gilkinet souligne qu'il ne pouvait pas se satisfaire de cette annnonce. "J'ai donc demandé par courrier ce lundi au conseil d'administration de revoir son projet", sur base d'un plan en quatre axes. "Ce qui m'importe, c'est d'éviter la rupture principale entre la SNCB et les voyageurs."Pour autant... "Je ne le nierai pas, la situation est un peu compliquée, la prochaine discussion sera houleuse, reconnaît Georges Gilkinet. Mais ma responsabilité de ministre est de veiller à l'intérêt général." Il dit espérer qu'un dialogue sera encore possible dans les prochaines semaines." Et demande à tous les partis représentés au sein du conseil d'administration de le soutenir et d'agir pour changer la décision. Il dit assumer "avoir pris un risque". Avant de conclure en rappellant sa décision de travailler à l'avenir du rail: "Le train est un plaisir et doit le rester".Dans leurs réponses, les députés constatent encore des failles dans son récit et souhaitent, dans la majorité, que le dialogue puisse être rétabli avec la SNCB. "La confiance est essentielle, il est désormais nécessaire de lever les incertitudes, dit le PS, en précisant qu'il en va de "la crédibilité du gouvernement".Une confiance accordée du bout des lèvres... en attendant des explications complémentaires et des un dialogue qui sera très compliqué à renouer.