Que nous a appris la crise du coronavirus ? Qui prépare le gâteau, qui produit de la richesse ? Ce ne sont pas les Pieter Timmermans de ce monde, mais bien le personnel soignant, les caissières et les dockers, les chauffeurs de camion, les aides-ménagères, les enseignants et les puéricultrices, les réassortisseurs, les ouvriers à la chaîne et tant d'autres. C'est la classe travailleuse qui fait tourner la société. S'ils n'avaient pas continué à travailler pendant la crise, notre société se serait effondrée. Ces héros et héroïnes méritent mieux qu'une hausse de salaire dérisoire de maximum 0,4 %, ou qu'une prime unique.

Vous vous rappelez quand les travailleurs étaient des héros ? Pieter Timmermans lui-même était au premier rang, au moment des applaudissement, lorsqu'il s'agissait de faire reconnaître la quasi-totalité des industries comme "secteurs essentiels" et de pousser tout le monde à continuer à travailler. Mais apparemment, les travailleurs ne sont des héros que tant qu'ils la ferment.

Maintenant que les héros réclament de meilleurs salaires, les applaudissements semblent passer à la trappe. C'est plutôt un concert de critiques auquel ils ont droit de la part des organisations patronales, des gestionnaires de fonds spéculatifs, des faiseurs d'opinion de droite ou d'une grande partie de la classe politique. La classe des beaux parleurs est de retour pour remettre les héros du coronavirus "à leur place".

Sur twitter, Pieter Timmermans qualifie carrément la grève nationale annoncée de "summum de l'irréalité". Olivier De Wasseige, le patron de l'Union Wallone des Entreprises la qualifie de "véritable scandale". Ces gens disent que faire grève est irresponsable et que ce ne sont pas les travailleurs qui créent la richesse, mais bien les patrons.

"Les travailleurs doivent produire d'abord, ils revendiqueront ensuite" ajoute Olivier De Wasseige. Cela a manifestement l'air de lui avoir échappé que beaucoup de travailleurs n'ont jamais arrêté de produire. Pendant la crise, alors que lui était probablement en télétravail, ils sont nombreux à avoir assuré la production tout en prenant des risques pour leur santé. C'est pour ça que leurs revendications sont d'autant plus légitimes aujourd'hui.

5 milliards de dividendes. Comment peut-il n'y avoir aucune marge de négociation salariale ?

Les arguments de Timmermans, de De Wasseige et du grand patronat ne résistent d'ailleurs pas à l'épreuve des faits. Cette année, malgré la pandémie, un certain nombre de secteurs et d'entreprises prévoient de gros bénéfices et de juteux dividendes. Rien que les entreprises du BEL-20 comptent offrir à leurs actionnaires entre 5 et 6 milliards d'euros de dividendes. Pour la grande majorité de ces entreprises, c'est plus que l'année passée. Un quart seulement de cette somme suffirait à augmenter le salaire des travailleurs de ces entreprises de 5 %.

Oui, il y a de la marge pour augmenter les salaires. Ce qui manque c'est la volonté de le faire. Les organisations patronales répètent le vieux refrain TINA (There Is No Alternative), "il n'y a pas d'alternative". Les salaires doivent rester bloqués pour ne pas risquer de nuire à la sacro-sainte compétitivité. En revanche, en ce qui concerne les dividendes, visiblement, aucune plafond n'est nécessaire. Qui va aller expliquer aux caissières de Delhaize que les actionnaires reçoivent 18 % de dividendes en plus, mais qu'elles devront quant à elles se contenter de 0,4 % d'augmentation, soit environ 8 euros brut par mois ?

Il faut aussi augmenter les salaires pour donner de l'oxygène à l'économie. Avant le Covid, l'économie entrait déjà en récession à cause des politiques d'austérité mises en place par les partisans d'un néolibéralisme dur. En réalité, augmenter les salaires fait partie de la solution. Les investissements privés sont aujourd'hui à l'arrêt tandis que l'argent disponible part en dividendes. Donner un coup de boost à la consommation est peut-être l'un des choix les plus intéressants à faire aujourd'hui, comme le préconisent aussi des économistes tels que Paul De Grauwe.

Le problème aujourd'hui c'est que les organisations patronales ne veulent pas rompre avec leurs vieilles recettes économiques. Ce sont les syndicats qui se mobilisent pour garantir la prospérité. L'histoire sociale de notre pays nous le montre : les grèves sont nécessaires pour imposer cette prospérité. Les revendications syndicales sont tout sauf excessives : augmenter le salaire minimum et avoir la liberté de négocier une augmentation salariale de plus de 0,4 %. Moins que cela, ce ne sont que des miettes. Ils ont raison de demander une augmentation structurelle permanente des salaires bruts, et non des primes uniques défiscalisées qui minent encore davantage la sécurité sociale. Les revendications des héros et héroïnes de la crise sont-elles exagérées ? Je ne pense pas.

C'est pour cela que nous appelons à une révision de la loi qui bloque les salaires. Avec l'ex-secrétaire général de la FGTB Marc Goblet, j'ai déposé une proposition de loi en ce sens. Sera-t-elle soutenue, surtout par les partis de la majorité qui disent qu'il faut augmenter les salaires ? Nous resterons attentifs à cette question dans les jours et les semaines à venir. Les héros et héroïnes du coronavirus maintiennent la pression. À juste titre. Il n'est pas question qu'ils soient oubliés.

[1] De Tijd, 12 mars 2021

Que nous a appris la crise du coronavirus ? Qui prépare le gâteau, qui produit de la richesse ? Ce ne sont pas les Pieter Timmermans de ce monde, mais bien le personnel soignant, les caissières et les dockers, les chauffeurs de camion, les aides-ménagères, les enseignants et les puéricultrices, les réassortisseurs, les ouvriers à la chaîne et tant d'autres. C'est la classe travailleuse qui fait tourner la société. S'ils n'avaient pas continué à travailler pendant la crise, notre société se serait effondrée. Ces héros et héroïnes méritent mieux qu'une hausse de salaire dérisoire de maximum 0,4 %, ou qu'une prime unique.Vous vous rappelez quand les travailleurs étaient des héros ? Pieter Timmermans lui-même était au premier rang, au moment des applaudissement, lorsqu'il s'agissait de faire reconnaître la quasi-totalité des industries comme "secteurs essentiels" et de pousser tout le monde à continuer à travailler. Mais apparemment, les travailleurs ne sont des héros que tant qu'ils la ferment. Maintenant que les héros réclament de meilleurs salaires, les applaudissements semblent passer à la trappe. C'est plutôt un concert de critiques auquel ils ont droit de la part des organisations patronales, des gestionnaires de fonds spéculatifs, des faiseurs d'opinion de droite ou d'une grande partie de la classe politique. La classe des beaux parleurs est de retour pour remettre les héros du coronavirus "à leur place".Sur twitter, Pieter Timmermans qualifie carrément la grève nationale annoncée de "summum de l'irréalité". Olivier De Wasseige, le patron de l'Union Wallone des Entreprises la qualifie de "véritable scandale". Ces gens disent que faire grève est irresponsable et que ce ne sont pas les travailleurs qui créent la richesse, mais bien les patrons. "Les travailleurs doivent produire d'abord, ils revendiqueront ensuite" ajoute Olivier De Wasseige. Cela a manifestement l'air de lui avoir échappé que beaucoup de travailleurs n'ont jamais arrêté de produire. Pendant la crise, alors que lui était probablement en télétravail, ils sont nombreux à avoir assuré la production tout en prenant des risques pour leur santé. C'est pour ça que leurs revendications sont d'autant plus légitimes aujourd'hui. 5 milliards de dividendes. Comment peut-il n'y avoir aucune marge de négociation salariale ? Les arguments de Timmermans, de De Wasseige et du grand patronat ne résistent d'ailleurs pas à l'épreuve des faits. Cette année, malgré la pandémie, un certain nombre de secteurs et d'entreprises prévoient de gros bénéfices et de juteux dividendes. Rien que les entreprises du BEL-20 comptent offrir à leurs actionnaires entre 5 et 6 milliards d'euros de dividendes. Pour la grande majorité de ces entreprises, c'est plus que l'année passée. Un quart seulement de cette somme suffirait à augmenter le salaire des travailleurs de ces entreprises de 5 %.Oui, il y a de la marge pour augmenter les salaires. Ce qui manque c'est la volonté de le faire. Les organisations patronales répètent le vieux refrain TINA (There Is No Alternative), "il n'y a pas d'alternative". Les salaires doivent rester bloqués pour ne pas risquer de nuire à la sacro-sainte compétitivité. En revanche, en ce qui concerne les dividendes, visiblement, aucune plafond n'est nécessaire. Qui va aller expliquer aux caissières de Delhaize que les actionnaires reçoivent 18 % de dividendes en plus, mais qu'elles devront quant à elles se contenter de 0,4 % d'augmentation, soit environ 8 euros brut par mois ?Il faut aussi augmenter les salaires pour donner de l'oxygène à l'économie. Avant le Covid, l'économie entrait déjà en récession à cause des politiques d'austérité mises en place par les partisans d'un néolibéralisme dur. En réalité, augmenter les salaires fait partie de la solution. Les investissements privés sont aujourd'hui à l'arrêt tandis que l'argent disponible part en dividendes. Donner un coup de boost à la consommation est peut-être l'un des choix les plus intéressants à faire aujourd'hui, comme le préconisent aussi des économistes tels que Paul De Grauwe.Le problème aujourd'hui c'est que les organisations patronales ne veulent pas rompre avec leurs vieilles recettes économiques. Ce sont les syndicats qui se mobilisent pour garantir la prospérité. L'histoire sociale de notre pays nous le montre : les grèves sont nécessaires pour imposer cette prospérité. Les revendications syndicales sont tout sauf excessives : augmenter le salaire minimum et avoir la liberté de négocier une augmentation salariale de plus de 0,4 %. Moins que cela, ce ne sont que des miettes. Ils ont raison de demander une augmentation structurelle permanente des salaires bruts, et non des primes uniques défiscalisées qui minent encore davantage la sécurité sociale. Les revendications des héros et héroïnes de la crise sont-elles exagérées ? Je ne pense pas.C'est pour cela que nous appelons à une révision de la loi qui bloque les salaires. Avec l'ex-secrétaire général de la FGTB Marc Goblet, j'ai déposé une proposition de loi en ce sens. Sera-t-elle soutenue, surtout par les partis de la majorité qui disent qu'il faut augmenter les salaires ? Nous resterons attentifs à cette question dans les jours et les semaines à venir. Les héros et héroïnes du coronavirus maintiennent la pression. À juste titre. Il n'est pas question qu'ils soient oubliés.[1] De Tijd, 12 mars 2021