C'est la mobilisation générale pour le 29 mars. Les unes après les autres, les centrales syndicales - du moins celles de la FGTB et de la CSC, la CGSLB libérale s'abstient - se préparent pour la grève interprofessionnelle annoncée dans deux semaines. Ce mardi, la CGSP Cheminots a annoncé une grève du rail.
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C'est la mobilisation générale pour le 29 mars. Les unes après les autres, les centrales syndicales - du moins celles de la FGTB et de la CSC, la CGSLB libérale s'abstient - se préparent pour la grève interprofessionnelle annoncée dans deux semaines. Ce mardi, la CGSP Cheminots a annoncé une grève du rail.Hautement symbolique en pleine crise sanitaire, et alors que la crainte de dégâts socio-économiques importants est réelle, ce départ des syndicats sur les sentiers de la guerre sociale ravive les fractures au sein de la Vivaldi et des majorités régionales du côté francophone. Le PS soutient, le PTB fait de la surenchère et le MR s'indigne de cette "irresponsabilité" de la gauche.La pomme de discorde concerne la marge de négociation pour une augmentation salariale. Les partenaires sociaux n'ont pas pu s'entendre au départ de ce qui était mis sur la table pour le gouvernement : une augmentation de 0,4% maximum, ce n'est pas suffisant pour les syndicats. "Cela représente à peine 6 euros bruts par mois pour celui qui est au salaire minimum", souligne Marie-Hélène Ska (CSC). Le dialogue social a été rapidement rompu. Comme s'il s'agissait pour les syndicats de mettre en garde, de façon plus large, tandis que le patronat dénonce ce manque d'esprit constructif et le risque de mettre en péril la sacro-sainte compétitivité de nos entreprises dans une période déjà ultra-délicate.Sur le plan politique, cela colore forcément les débats de couleurs vives. Le "je soutiens à 200% les travailleurs et les syndicats" de Paul Magnette, président du PS, a retenti autant comme un message d'appui que comme un marqueur pour se positionnerL e gouvernement fédéraln dont il fait partie, est pieds et poings liés par les contraintes économiques ou, à tout le moins, par les contraintes du compromis. Or, cela ferraille fort à gauche et le PS est plus que jamais sous la pression de son extrême gauche damnée - le dernier sondage, qui donne un PTB en forte hausse, n'aide certainement pas. En retour, le PTB a ironisé en exprimant un soutien "à 300%" aux syndicats et en réclamant de revoir la loi de 1996. Celle-ci réglemente la norme salariale en modérant les fluctuations éventuelles pour ne pas tordre notre compétitivité au regard des autres pays. Excessif, le PTB affirme que cela "bloque les salaires" - ce qui n'est pas le cas. Un député fédéral PS - l'ancien leader de la FGTB Marc Goblet - cosigne même une proposition de loi avec le PTB, à titre personnel, pour revoir cette législation.Sans surprise, comme dans un jeu de rôles, les libéraux ont dénoncé les discours syndical et socialiste sur le mode de "l'irresponsabilité" : "Organiser une grève lors de la pire crise économique depuis la deuxième guerre mondiale illustre une irresponsabilité dangereuse, a lancé ce week-end Georges-Louis Bouchez, président du MR. J'aimerais tellement que notre Pays puisse compter sur des syndicats modernes, responsables et constructifs."Ce ne sont (encore) que des escarmouches, car la (très) difficile sortie de crise sanitaire préserve pour l'instant un indispensable équilibre au sein de la Vivaldi fédérale et des majorités régionales. Mais de l'avis de tous, les dossiers socio-économiques qui suivront - augmentation du taux d'emploi, réforme des pensions, défi climatique... - risquent de faire monter encore la pression de plusieurs crans. D'autant que cela se fera dans un contexte budgétaire délicat : n'est-ce pas une secrétaire d'Etat libérale flamande qui affirmait ce mardi matin que l'on "devra se serrer la ceinture ses dix prochaines années"? Ambiance.