Le génocide des Tutsi et Hutu modérés a fait, en à peine 100 jours, plus de 800.000 victimes et a coûté la vie au Cpl Bruno Bassine, Cpl Alain Debatty, Cpl Christophe Dupont, Cpl Stéphane Lhoir, Cpl Bruno Meaux, Cpl Louis Plescia, Cpl Christophe Renwa, Cpl Marc Uyttebroeck, 1 Sgt Yannick Leroy au Lt Thierry Lotin ainsi qu'à 12 civils belges.

Dès le 6 avril, nous avons vécu une catastrophe humanitaire. Cette date restera gravée à tout jamais dans la mémoire de l'humanité.

Il nous faut assumer jusqu'au bout l'immense responsabilité que nous portons au nom d'une communauté internationale repliée avec arrogance sur ses dogmes, ses tabous, ses doubles standards et son indifférente rationalité. Une communauté internationale dont nous devons nous sentir comptables. Les Nations Unies comme l'Union européenne n'ont pas pris la mesure de l'ampleur du drame prémédité par les Forces armées rwandaises (FAR) et les miliciens hutu Interahamwe malgré les appels désespérés de la Mission de l'ONU et des ambassades européennes sur place.

La Belgique a assumé une responsabilité morale dans le drame rwandais en présentant ses excuses le 7 avril 2000 à Kigali. " Il faut que tout le monde se souvienne toujours de l'horreur perpétré au Rwanda. Nous devons trouver la force et la volonté de ne jamais tolérer de tels massacres, qui font injure à l'intelligence et aux valeurs essentielles de l'humanité". Ignorer ou nier les manquements de nos autorités aurait laissé injustement porter aux seuls Rwandais le poids de ce traumatisme.

Grâce au rapport de la commission d'enquête parlementaire belge en décembre 1997, nous avons été tous convaincus que les autorités belges auraient pu- et dû- agir différemment afin d'empêcher ce génocide. Nous avons su relire notre histoire de manière objective et juste. C'était une manière de rendre justice non seulement à toutes les victimes du génocide mais aussi à nos 10 para-commandos des commandos de Flawinne, assassinés sous l'uniforme des Nations Unies.

Vingt-cinq ans après le dernier génocide du XXème siècle, la terre rwandaise peut pardonner mais ne peut oublier l'effroyable irréparable.

La conscience et la mémoire seules peuvent nous aider à rendre justice à toutes ces victimes et à nous libérer de nous-mêmes. En rompant le "terrible silence de l'indifférence de l'homme pour l'homme", nous redonnons une identité et une dignité à toutes ces victimes anonymes.

Si l'on ne peut changer le passé, il est toujours possible de le débarrasser des fantômes qui le hantent. C'est la condition pour construire un avenir apaisé. C'est essentiel pour nous comme pour les Rwandais ; c'est vital pour assurer la survie de notre morale et de notre dignité car nous avons tous notre part de responsabilité - que ce soit au niveau national, européen ou international - dans cette folie meurtrière orchestrée froidement. Les Nations Unies n'auraient jamais dû quitter un pays déchiré en avril 1994 alors qu'une intervention militaire internationale s'imposait pour arrêter les génocidaires. L'UE, colosse aux pieds d'argiles, atone a été incapable de tirer les leçons du génocide en Bosnie Herzégovine de 1992 et n'a pas su s'imposer au nom de la responsabilité de protéger. Le gouvernement belge n'a pas tenu compte des alertes lancées par nos militaires et diplomates présents à Kigali. Sachons tirer les leçons de l'Histoire. N'acceptons plus d'être les témoins passifs, ou les complices, de l'inacceptable. À ce jour seul notre pays a présenté ses excuses. À notre avis la communauté internationale devrait faire de même au nom du respect des droits humains et des valeurs européennes.

Sachons tirer les leçons de l'Histoire. N'acceptons plus d'être les témoins passifs, ou les complices, de l'inacceptable.

Le génocide rwandais a soulevé des questions relatives à l'humanité tout entière, des questions fondamentales concernant l'autorité du Conseil de sécurité, l'efficacité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, la portée de la justice internationale, les racines de la violence et la responsabilité de la communauté internationale de protéger ceux qui sont menacés de génocide ou d'autres violations graves des droits de l'homme.

Les Rwandais ont compris toute l'importance du devoir de justice, en trouvant dans leur culture et dans leurs traditions le mécanisme qui pouvait les aider. La vérité autour des meurtres, des pillages et des biens détruits a pu se faire grâce aux tribunaux populaires, les "gacaca" pour des millions de prisonniers. Toutefois, reconnaître ses crimes uniquement devant les autorités, sans revenir demander pardon à sa victime n'est pas suffisant. Comment les familles des victimes peuvent à leur tour faire leur deuil si elles ne peuvent pas accorder le pardon ? Si on ne leur a pas demandé pardon ? Pardonner comme a dit l'évêque Desmond Tutu "ne signifie pas approuver ce qui a été fait. Cela signifie pendre au sérieux ce qui a été fait et ne pas le minimiser, retirer ce dard planté dans nos mémoires qui continue à déverser son venin dans nos existences".

Le chemin de l'oubli et du pardon n'est pas chose aisée mais c'est le passage obligé de la réconciliation. Convenir sincèrement ensemble de ce qui constitue les réalités même difficiles d'un passé défiguré, c'est recréer un langage de la raison d'abord et finir par réinventer celui du respect et du coeur.

Lentement les barrières peuvent tomber. Mais pour apprendre à vivre ensemble, pour ne plus avoir peur, il faut poser des gestes d'humanité. Il faut que la terre rwandaise respire à nouveau et définitivement l'apaisement et la sérénité. Ce n'est qu'ainsi que la jeunesse qui n'a pas connu le génocide pourra se libérer de ses chaines invisibles et prendre son envol vers la liberté. Il nous appartient de transmettre le flambeau du souvenir aux jeunes générations pour aider à construire une alliance universelle contre toute forme de rejet de l'autre.

Les commémorations de cette année sont placées sous le thème du souvenir, de l'unité et du renouveau. Nous voulons croire en cette unité retrouvée autour du "Genocide Memorial Centre".

Par Guy Verhofstadt, Hilde Vautmans et Louis Michel, Députés européens belges.

Le génocide des Tutsi et Hutu modérés a fait, en à peine 100 jours, plus de 800.000 victimes et a coûté la vie au Cpl Bruno Bassine, Cpl Alain Debatty, Cpl Christophe Dupont, Cpl Stéphane Lhoir, Cpl Bruno Meaux, Cpl Louis Plescia, Cpl Christophe Renwa, Cpl Marc Uyttebroeck, 1 Sgt Yannick Leroy au Lt Thierry Lotin ainsi qu'à 12 civils belges.Dès le 6 avril, nous avons vécu une catastrophe humanitaire. Cette date restera gravée à tout jamais dans la mémoire de l'humanité.Il nous faut assumer jusqu'au bout l'immense responsabilité que nous portons au nom d'une communauté internationale repliée avec arrogance sur ses dogmes, ses tabous, ses doubles standards et son indifférente rationalité. Une communauté internationale dont nous devons nous sentir comptables. Les Nations Unies comme l'Union européenne n'ont pas pris la mesure de l'ampleur du drame prémédité par les Forces armées rwandaises (FAR) et les miliciens hutu Interahamwe malgré les appels désespérés de la Mission de l'ONU et des ambassades européennes sur place.La Belgique a assumé une responsabilité morale dans le drame rwandais en présentant ses excuses le 7 avril 2000 à Kigali. " Il faut que tout le monde se souvienne toujours de l'horreur perpétré au Rwanda. Nous devons trouver la force et la volonté de ne jamais tolérer de tels massacres, qui font injure à l'intelligence et aux valeurs essentielles de l'humanité". Ignorer ou nier les manquements de nos autorités aurait laissé injustement porter aux seuls Rwandais le poids de ce traumatisme.Grâce au rapport de la commission d'enquête parlementaire belge en décembre 1997, nous avons été tous convaincus que les autorités belges auraient pu- et dû- agir différemment afin d'empêcher ce génocide. Nous avons su relire notre histoire de manière objective et juste. C'était une manière de rendre justice non seulement à toutes les victimes du génocide mais aussi à nos 10 para-commandos des commandos de Flawinne, assassinés sous l'uniforme des Nations Unies.Vingt-cinq ans après le dernier génocide du XXème siècle, la terre rwandaise peut pardonner mais ne peut oublier l'effroyable irréparable.La conscience et la mémoire seules peuvent nous aider à rendre justice à toutes ces victimes et à nous libérer de nous-mêmes. En rompant le "terrible silence de l'indifférence de l'homme pour l'homme", nous redonnons une identité et une dignité à toutes ces victimes anonymes.Si l'on ne peut changer le passé, il est toujours possible de le débarrasser des fantômes qui le hantent. C'est la condition pour construire un avenir apaisé. C'est essentiel pour nous comme pour les Rwandais ; c'est vital pour assurer la survie de notre morale et de notre dignité car nous avons tous notre part de responsabilité - que ce soit au niveau national, européen ou international - dans cette folie meurtrière orchestrée froidement. Les Nations Unies n'auraient jamais dû quitter un pays déchiré en avril 1994 alors qu'une intervention militaire internationale s'imposait pour arrêter les génocidaires. L'UE, colosse aux pieds d'argiles, atone a été incapable de tirer les leçons du génocide en Bosnie Herzégovine de 1992 et n'a pas su s'imposer au nom de la responsabilité de protéger. Le gouvernement belge n'a pas tenu compte des alertes lancées par nos militaires et diplomates présents à Kigali. Sachons tirer les leçons de l'Histoire. N'acceptons plus d'être les témoins passifs, ou les complices, de l'inacceptable. À ce jour seul notre pays a présenté ses excuses. À notre avis la communauté internationale devrait faire de même au nom du respect des droits humains et des valeurs européennes.Le génocide rwandais a soulevé des questions relatives à l'humanité tout entière, des questions fondamentales concernant l'autorité du Conseil de sécurité, l'efficacité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, la portée de la justice internationale, les racines de la violence et la responsabilité de la communauté internationale de protéger ceux qui sont menacés de génocide ou d'autres violations graves des droits de l'homme.Les Rwandais ont compris toute l'importance du devoir de justice, en trouvant dans leur culture et dans leurs traditions le mécanisme qui pouvait les aider. La vérité autour des meurtres, des pillages et des biens détruits a pu se faire grâce aux tribunaux populaires, les "gacaca" pour des millions de prisonniers. Toutefois, reconnaître ses crimes uniquement devant les autorités, sans revenir demander pardon à sa victime n'est pas suffisant. Comment les familles des victimes peuvent à leur tour faire leur deuil si elles ne peuvent pas accorder le pardon ? Si on ne leur a pas demandé pardon ? Pardonner comme a dit l'évêque Desmond Tutu "ne signifie pas approuver ce qui a été fait. Cela signifie pendre au sérieux ce qui a été fait et ne pas le minimiser, retirer ce dard planté dans nos mémoires qui continue à déverser son venin dans nos existences".Le chemin de l'oubli et du pardon n'est pas chose aisée mais c'est le passage obligé de la réconciliation. Convenir sincèrement ensemble de ce qui constitue les réalités même difficiles d'un passé défiguré, c'est recréer un langage de la raison d'abord et finir par réinventer celui du respect et du coeur.Lentement les barrières peuvent tomber. Mais pour apprendre à vivre ensemble, pour ne plus avoir peur, il faut poser des gestes d'humanité. Il faut que la terre rwandaise respire à nouveau et définitivement l'apaisement et la sérénité. Ce n'est qu'ainsi que la jeunesse qui n'a pas connu le génocide pourra se libérer de ses chaines invisibles et prendre son envol vers la liberté. Il nous appartient de transmettre le flambeau du souvenir aux jeunes générations pour aider à construire une alliance universelle contre toute forme de rejet de l'autre.Les commémorations de cette année sont placées sous le thème du souvenir, de l'unité et du renouveau. Nous voulons croire en cette unité retrouvée autour du "Genocide Memorial Centre".Par Guy Verhofstadt, Hilde Vautmans et Louis Michel, Députés européens belges.