"Non, les experts n'ont pas tout à dire lors de cette crise", déclare Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven). Le biostatisticien n'était même pas au courant de la décision de prolonger les mesures covid jusqu'au 1er mars. Non pas qu'il ait été entièrement surpris. Les politiciens définissent là un cadre, mais y incluent des possibilités d'assouplissements. Les politiciens le font bien et nous, les experts, nous n'interférons pas.
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"Non, les experts n'ont pas tout à dire lors de cette crise", déclare Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven). Le biostatisticien n'était même pas au courant de la décision de prolonger les mesures covid jusqu'au 1er mars. Non pas qu'il ait été entièrement surpris. Les politiciens définissent là un cadre, mais y incluent des possibilités d'assouplissements. Les politiciens le font bien et nous, les experts, nous n'interférons pas.Votre collègue du GEMS, Marc Van Ranst (KU Leuven), a déclaré en novembre dernier que ce gouvernement et les experts étaient sur la même longueur d'onde. Est-ce toujours vrai ? La compréhension mutuelle est effectivement très bonne. En même temps, chacun est conscient de son rôle. La communication entre les experts et les politiciens se déroule comme une conversation entre voisins au-dessus d'une haie. Nous apportons notre expertise de scientifiques et les politiciens tranchent. Mais ils ne mettent pas en oeuvre littéralement tout ce que nous conseillons. Par exemple, aucune des recommandations ne mentionne la réouverture des auto-écoles. C'était une décision politique. Aucun des experts ne s'est senti appelé à partir en croisade contre cette décision. Peut-on y voir un changement d'attitude ? Il n'y a pas encore si longtemps, les décisions politiques étaient parfois vivement critiquées dans les médias.Dans le passé, nous avons en effet souligné les dangers de certains assouplissements. Et nous continuerons à le faire si c'est nécessaire. Si un homme politique dit que 1 plus 1 est égal à 3, c'est son droit, mais c'est de notre devoir de prouver scientifiquement que ce n'est pas vrai.Mercredi, vous avez fait sensation en appelant dans De Standaard à la fermeture des frontières pour empêcher la variante britannique qui est beaucoup plus contagieuse...Pour moi, c'est un débat qui manque de nuances. Je ne préconise pas d'installer des barbelés aux frontières. Mais nous devons veiller à ce que les mouvements non essentiels soient réduits à leur minimum. Aux Pays-Bas, on est particulièrement inquiets de la souche britannique du virus. Et même si je me tais, ça n'empêchera pas cette variante de traverser la frontière. Le dernier avis du GEMS propose de fermer les magasins non essentiels dans les zones frontalières. Cette option est-elle toujours sur la table ?C'est l'une des choses que nous pouvons faire. Mais nous devons surtout réfléchir à un ensemble de mesures possibles. Selon le RIVM, l'homologue néerlandais de Sciensano, le système de santé néerlandais est dans l'incapacité de faire face à une grande circulation de la variante britannique. Allons-nous faire comme si de rien n'était ? Ou allons-nous prendre, en bon voisinage, des mesures pour une bonne politique frontalière ? Je pense qu'un renforcement des frontières se mettra spontanément en place.Que voulez-vous dire ?En mars, nous avons vu que les gens demandaient que l'on confine. La même chose s'est produite en octobre. Il est dans la nature d'un biostatisticien de réclamer des mesures beaucoup trop en amont et bien avant que l'opinion publique ne soit prête. On pourrait penser que c'est une erreur stratégique, mais c'est plus fort que nous.Pensez-vous qu'une troisième vague est inévitable ?Je pense honnêtement que la situation peut aller dans un sens, comme dans l'autre. Mais nous devons être prêts à intervenir si nécessaire. Et rien n'indique qu'il est impossible de juguler la variante britannique.Ne serait-il pas utile de présenter à la population des courbes prédictives pour l'alerter des dangers potentiels ?Je pense que nous le faisons trop peu. Mais cela n'est pas si simple que cela, parce que vous allez forcément vous heurter à ceux qui disent "tout le monde peut faire un graphique". C'est là tout le paradoxe de la prévention: si nous évitons le pire grâce aux mesures prises, les gens diront que les prédictions étaient fausses.Les politiciens ont demandé aux experts du GEMS d'établir un calendrier pour d'éventuels assouplissements. A quel point est-il réaliste de s'attendre à de rapides assouplissements ? Les réouvertures ne sont pas notre plus grande priorité pour l'instant, mais nous voulons travailler à des calendriers parallèles. Imaginez que nous gardions la variante britannique sous contrôle, nous devons pouvoir proposer d'autres scénarios. À un moment donné, la vaccination aura un effet positif. Dans ce cas, nous pourrions nous assouplir plus rapidement. Les résidents des centres de soins résidentiels et les plus de 65 ans représentent 95% des décès. Une fois qu'ils ont été vaccinés, nous pouvons desserrer le frein à main. Et pourquoi pas dès cet été. Cela semble prometteur...Pour la première fois dans cette crise, nous sommes dans une phase où les différentes autorités communiquent clairement et à l'unisson. Je ne dis pas qu'avant ils s'écharpaient sur la voie publique, mais l'on percevait clairement différents penchants. Je suis assez optimiste quant à la manière dont les choses sont gérées actuellement. Le virus et nous sommes entrés dans ce qu'on peut appeler l'offensive finale. Le virus attaque avec ses variantes et nous le contrecarrons avec nos vaccins. Que le meilleur gagne. Et ça c'est nous. (rires)