Frans Timmermans (PvdA), premier vice-président de la Commission européenne, est ambitieux. Âgé de 58 ans, le Néerlandais est le Spitzenkandidat des sociaux-démocrates et souhaite succéder à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission.
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Frans Timmermans (PvdA), premier vice-président de la Commission européenne, est ambitieux. Âgé de 58 ans, le Néerlandais est le Spitzenkandidat des sociaux-démocrates et souhaite succéder à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Timmermans parle pas moins de sept langues et présente ses projets européens de manière convaincante. Pour l'instant, Timmermans voyage d'un pays à l'autre pour soutenir les candidats européens locaux - les statuts de son parti l'y obligent, car plus Timmermans conquiert de sièges dans l'hémisphère européen, plus ses chances de jouer le premier rôle dans l'Union augmentent.Pourtant, selon l'hebdomadaire allemand Die Zeit, Timmermans a un problème : il est social-démocrate et c'est justement la famille politique qui a le plus encaissé ces dernières années. Mais selon Timmermans, cette période est révolue. "Les réactions sont très encourageantes. Le thème de ces élections est différent de ce que tout le monde attendait. Les craintes concernant les réfugiés et la sécurité ne se sont guère concrétisées. D'autre part, il y a une demande incroyable de solutions à l'inégalité sociale croissante et à la crise climatique", dit Timmermans à Knack.Au début de son mandat, en 2014, l'actuel président Jean-Claude Juncker a déclaré que ce serait la Commission de la dernière chance. Pendant toute cette période, vous étiez vice-président. La Commission a-t-elle suffisamment saisi cette chance?Frans Timmermans : Nous avons dû nous concentrer sur la gestion de crise : la crise budgétaire venait juste de s'achever lorsque le problème des migrations a surgi. Au fond, la crise des réfugiés était principalement une crise politique et existentielle pour l'Union européenne. La Commission a obtenu des résultats significatifs dans ce domaine, dans la mesure du possible. Le nombre de migrants a chuté de manière spectaculaire ces dernières années, même si nous devons encore chercher des solutions durables et structurelles. En outre, l'économie européenne est de nouveau sur la bonne voie et le plan Juncker a créé un grand nombre d'emplois. Nous avons également pris des mesures dans les domaines de l'énergie et du climat, même si nous devons nous montrer encore beaucoup plus ambitieux dans ces deux domaines au cours des cinq prochaines années.Comment souhaitez-vous réaliser ce projet ?Nous devons traduire l'Accord de Paris sur le climat en une politique efficace. Nous n'avons pas de temps à perdre, sinon les plus faibles de la société risquent de payer le prix fort. C'est pourquoi une taxe sur le CO2 et le kérosène est inévitable à l'avenir. Nous payons tous des taxes sur le carburant de nos voitures et sur les transports publics, alors que les compagnies aériennes en sont exemptées. C'est dépassé. Celui qui pollue le plus doit payer le plus.En outre, l'Europe doit être beaucoup plus sociale. Bien que Marianne Thyssen ait fait un travail fantastique, je veux étendre et approfondir encore plus ses réalisations. Dans certains pays, il y a encore des jeunes qui doivent travailler à 2 euros de l'heure. Chaque État membre devrait avoir un salaire minimum qui ne devrait pas être inférieur à environ 60% du salaire médian de ce pays. En outre, je voudrais que l'impôt sur les sociétés dans l'Union européenne soit d'au moins 18 %.Cependant, votre pays natal est connu comme un paradis fiscal pour les multinationales.Je pense qu'aux Pays-Bas, on se rend de plus en plus compte que ces avantages fiscaux ne sont plus tenables. Entre-temps, les entreprises concernées sont devenues trop grandes et peuvent tirer profit des différents pays de sorte qu'elles n'ont tout simplement plus à payer d'impôts. En Irlande, il y a des multinationales qui ne doivent payer que 0,05%. Comment expliquer cela à quelqu'un qui a une petite entreprise et qui doit payer un taux normal ? C'est totalement inacceptable.Comme le parti polonais PiS porte structurellement atteinte à l'État de droit, la Commission, à votre instigation, a ouvert la procédure de l'article 7 (qui suspend les droits de la Pologne au Conseil européen, NDLR). Toutefois, étant donné que les États membres doivent donner leur accord unanime, l'Union se tiendra probablement à un avertissement. N'est-ce pas une lutte perdue d'avance?J'ai l'impression que les instruments que nous utilisons sont bel et bien efficaces. La Cour européenne a déjà statué que le gouvernement polonais ne peut pas envoyer certains juges à la retraite. C'est certainement un pas dans la bonne direction. Toutefois, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a déjà promis de soutenir le gouvernement polonais. Il est effectivement peu probable que le gouvernement polonais soit suspendu du Conseil européen.L'Union européenne peut-elle suffisamment intervenir contre les États membres qui ne respectent pas les règles ?Je ne sais pas si c'est le problème. Il y a tout simplement trop peu de volonté politique de la part d'un certain nombre d'États membres pour rappeler à l'ordre les autres pays de l'UE. Ces dernières années, j'ai entendu tant de gouvernements me donner raison pour la Pologne ou la Hongrie, mais ils ne veulent pas joindre le geste à la parole. Tant que cette attitude ne change pas, nous pourrons initier autant de procédures que nous le souhaitons.Ne touchez-vous pas au coeur de ce qui a souvent mal tourné ces dernières années : un manque de volonté politique et d'unanimité de la part des gouvernements des États membres ?Je pense que oui. C'est surtout le manque de solidarité dans la crise des réfugiés qui a laissé de profondes cicatrices. Parce que certains gouvernements et partis ont exploité politiquement la crise migratoire, la méfiance s'est considérablement accrue. Bien entendu, la solidarité ne doit pas être à sens unique. Les bénéficiaires nets des Fonds structurels européens comptent sur la solidarité des pays et régions plus riches, mais ne veulent pas faire d'efforts pour accueillir des réfugiés. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, bien sûr. Néanmoins, j'ai bon espoir que nous serons en mesure de rétablir cette confiance dans les mois à venir.La semaine dernière, Mark Rutte a menacé de fermer les frontières de l'Europe occidentale aux Européens de l'Est si ces pays ne veulent pas recevoir de demandeurs d'asile. Pensez-vous que ce soit une bonne idée ?Rutte le propose à titre de mesure punitive, alors que je pense que cela se fera tout seul. En l'absence de solidarité et d'une politique européenne commune en matière d'asile, je crains que les frontières ne soient à nouveau maintenues en permanence au sein de l'espace Schengen. Les plus grands perdants sont les pays d'Europe centrale et de l'Est, car leurs économies profitent énormément de l'ouverture des frontières.En tant que tête de liste du Parti socialiste européen (PSE), vous souhaitez succéder à Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne. Cependant, les sondages prévoient que les chrétiens-démocrates de Manfred Weber resteront les plus grands. Votre ambition est-elle réaliste?Je pense que oui. Après les élections, j'essaierai d'obtenir autant de soutien que possible au Parlement européen, même si mes concurrents défendront évidemment chèrement leur peau. Je veux obtenir la majorité progressiste la plus large possible, du Premier ministre grec, Alexis Tsipras, au président français, Emmanuel Macron. Il serait sain que les chrétiens-démocrates (PPE) ne livrent plus automatiquement le président de la commission. Après quinze ans de leadership conservateur, il est grand temps de changer.À l'heure actuelle, les sociaux-démocrates n'ont que cinq chefs de gouvernement dans leurs rangs, alors qu'il vous faut une majorité qualifiée au Conseil européen.Après les élections en Finlande (où le SDP est devenu le plus important il y a deux semaines, NDLR) et les perspectives au Danemark (où les élections auront lieu le 5 juin et où les sociaux-démocrates seront de loin les plus importants selon les sondages, NDLR), les relations seront complètement différentes. Si les chrétiens-démocrates éjectent Viktor Orban du parti comme prévu, la différence entre nos partis sera négligeable.Êtes-vous ouvert à une autre position européenne de premier plan si vous passez à côté de la présidence de la commission?Non, je veux diriger la Commission. Il n'y a absolument rien d'autre à l'ordre du jour.