Les citoyens ont besoin d'un système performant de soins de santé. Ils ont besoin d'un soutien des pouvoirs publics à un moment où les répercussions économiques et sociales de la crise sanitaire font se faire virulentes. Si l'on fait un arrêt sur images, depuis le mois de mars, l'essentiel est acquis. Le système de santé a résisté, témoignant ainsi de la force du modèle belge de sécurité sociale.

Les pouvoirs publics ont tendu la main aux citoyens par les mécanismes de chômage économique et de droit-passerelle pour les indépendants. Les responsables des différents partis démocratiques ont, pour l'essentiel été capables de mettre entre parenthèse leurs différends pour regarder ensemble dans la même direction, pour affronter ensemble une épreuve traversée par tous les citoyens.

Sans doute y a-t-il eu des erreurs, des manquements, des fautes, des inconsciences. Le bilan en sera fait, le moment venu, mais jusqu'ici, l'essentiel a été préservé.

Au coeur de l'été, cependant, une certaine forme de normalité réapparaît avec le retour des vilains jeux politiques. A l'unisson, depuis les élections du 26 mai 2019, de nombreux responsables politiques, suivis en cela par une frange de l'opinion, exhortaient la N-VA et le PS, les premiers partis de chaque communauté, à s'unir pour constituer l'épine dorsale du futur gouvernement. Il s'agissait de marier l'eau et le feu, de concilier les inconciliables, de contraindre deux formations politiques à affronter leurs propres militants, sinon leurs électeurs afin d'enrayer le processus de putréfaction qui affecte la démocratie parlementaire belge.

Il s'agissait d'éviter de nouvelles élections qui s'imposaient dans les principes mais qui, aux yeux de beaucoup, auraient coïncidé avec la mort clinique d'une certaine idée de la Belgique. Étonnamment, les responsables de ces partis ont compris que la question n'était pas de savoir s'ils devaient gouverner ensemble, mais quand ils devraient le faire. Les crises sanitaire et économique les ont conduits à plonger les mains dans le cambouis, à se parler, à s'écouter et à s'entendre.

Ils ont ainsi mené cet inévitable débat entre la droite flamande et la gauche francophone sur les mesures qu'il convient de prendre dans l'urgence dans l'intérêt du plus grand nombre et sur ce que sera plus tard la configuration d'un pays irrémédiablement fracturé. L'inimaginable s'est donc produit et a été brisé par la réunion apparemment tout aussi inconciliable des libéraux et des écologistes, systématiquement divisés et hostiles, mais capables, cette fois, de s'entendre à la seule fin de mettre à mal une formule que certains d'entre eux, en particulier dans la mouvance libérale, avaient jadis appelée de leurs voeux.

Et voilà l'actuel président de l'Open VLD amené à constituer une coalition sans la N-VA, formule qu'il avait personnellement torpillée il y a un peu moins d'un an. Quel triste spectacle ! Le temps des voies sans issue est revenu. Non sans démagogie, libéraux et écologistes cultivent la nostalgie d'une Belgique unie et récusent toute réforme de l'État. Cette attitude-là n'est pas nouvelle et fait fi de la réalité sociologique et électorale qui fait que, toujours au nord du pays, les forces centrifuges s'accentuent.

Ne pas négocier une réforme de l'État aujourd'hui constitue pour les Francophones une fuite en avant qui les conduira à la subir plus tard et à accepter, le couteau sur la gorge, des concessions qui n'auraient pas dû être concédées dans le microclimat singulier qui fait suite à la crise du coronavirus. Il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Depuis 2007, il est de plus en plus malaisé de constituer un gouvernement fédéral ressenti comme légitime au nord et au sud du pays. Depuis 2010, aucun gouvernement fédéral n'a pu s'appuyer - ce qui est pourtant conforme à l'esprit de la réforme de l'État - sur une majorité dans chacune des communautés.

Les divergences idéologiques entre le nord et le sud conduisent au mieux à dégager le plus petit commun dénominateur de ce qui peut encore réunir les deux parties du pays, soit au pire, et c'est souvent le cas, imposer aux Francophones ce qu'une majorité politique flamande et conservatrice appelle de ses voeux.

Le temps est donc venu d'ouvrir les yeux et de dessiner des institutions dans lesquelles les politiques menées dans chacune des composantes des pays soient en adéquation avec la volonté exprimée en leur sein par l'électorat. Il s'agit là tout simplement d'un impératif démocratique qui ne peut plus être rencontré dans l'état actuel de nos institutions. La sauvegarde de la démocratie exige donc de revoir de fond en comble la répartition des compétences entre l'autorité fédérale et les entités fédérées.

Lors de cette négociation, l'enjeu essentiel pour les Francophones ne sera pas de maintenir des compétences dans le giron de l'autorité fédérale, mais d'obtenir le financement le plus performant des politiques qui seront menées en Wallonie et à Bruxelles. Ce débat aurait pu être initié dans le cadre d'un gouvernement associant les premiers partis de chaque communauté. Il a été étouffé dans l'oeuf par des apprentis sorciers qui cultivent la nostalgie d'un monde qui n'existe plus tout en préparant un avenir fait de nouveaux conflits, de nouvelles impasses et sans doute de nouvelles humiliations pour les Francophones.

Sur un plan plus politique, rejeter la N-VA, au moment même où elle semblait prendre des distances avec ses oripeaux fascisants et excessivement droitiers, est une manière de la renvoyer à ses fondamentaux et à l'inciter, comme certains en son sein le souhaitent depuis toujours, à faire cause commune avec le pire du pire, le Vlaams Belang. Il est des moments dans la vie politique d'un pays où l'inattendu peut se produire, où l'acteur politique se mue en homme ou d'État, où le plaisir de l'instant s'efface devant l'intérêt de l'avenir. Ce moment a failli exister au coeur de l'été 2020, mais ce ne fut finalement qu'un rendez-vous manqué, un de plus.

Les citoyens ont besoin d'un système performant de soins de santé. Ils ont besoin d'un soutien des pouvoirs publics à un moment où les répercussions économiques et sociales de la crise sanitaire font se faire virulentes. Si l'on fait un arrêt sur images, depuis le mois de mars, l'essentiel est acquis. Le système de santé a résisté, témoignant ainsi de la force du modèle belge de sécurité sociale. Les pouvoirs publics ont tendu la main aux citoyens par les mécanismes de chômage économique et de droit-passerelle pour les indépendants. Les responsables des différents partis démocratiques ont, pour l'essentiel été capables de mettre entre parenthèse leurs différends pour regarder ensemble dans la même direction, pour affronter ensemble une épreuve traversée par tous les citoyens. Sans doute y a-t-il eu des erreurs, des manquements, des fautes, des inconsciences. Le bilan en sera fait, le moment venu, mais jusqu'ici, l'essentiel a été préservé. Au coeur de l'été, cependant, une certaine forme de normalité réapparaît avec le retour des vilains jeux politiques. A l'unisson, depuis les élections du 26 mai 2019, de nombreux responsables politiques, suivis en cela par une frange de l'opinion, exhortaient la N-VA et le PS, les premiers partis de chaque communauté, à s'unir pour constituer l'épine dorsale du futur gouvernement. Il s'agissait de marier l'eau et le feu, de concilier les inconciliables, de contraindre deux formations politiques à affronter leurs propres militants, sinon leurs électeurs afin d'enrayer le processus de putréfaction qui affecte la démocratie parlementaire belge. Il s'agissait d'éviter de nouvelles élections qui s'imposaient dans les principes mais qui, aux yeux de beaucoup, auraient coïncidé avec la mort clinique d'une certaine idée de la Belgique. Étonnamment, les responsables de ces partis ont compris que la question n'était pas de savoir s'ils devaient gouverner ensemble, mais quand ils devraient le faire. Les crises sanitaire et économique les ont conduits à plonger les mains dans le cambouis, à se parler, à s'écouter et à s'entendre. Ils ont ainsi mené cet inévitable débat entre la droite flamande et la gauche francophone sur les mesures qu'il convient de prendre dans l'urgence dans l'intérêt du plus grand nombre et sur ce que sera plus tard la configuration d'un pays irrémédiablement fracturé. L'inimaginable s'est donc produit et a été brisé par la réunion apparemment tout aussi inconciliable des libéraux et des écologistes, systématiquement divisés et hostiles, mais capables, cette fois, de s'entendre à la seule fin de mettre à mal une formule que certains d'entre eux, en particulier dans la mouvance libérale, avaient jadis appelée de leurs voeux. Et voilà l'actuel président de l'Open VLD amené à constituer une coalition sans la N-VA, formule qu'il avait personnellement torpillée il y a un peu moins d'un an. Quel triste spectacle ! Le temps des voies sans issue est revenu. Non sans démagogie, libéraux et écologistes cultivent la nostalgie d'une Belgique unie et récusent toute réforme de l'État. Cette attitude-là n'est pas nouvelle et fait fi de la réalité sociologique et électorale qui fait que, toujours au nord du pays, les forces centrifuges s'accentuent.Ne pas négocier une réforme de l'État aujourd'hui constitue pour les Francophones une fuite en avant qui les conduira à la subir plus tard et à accepter, le couteau sur la gorge, des concessions qui n'auraient pas dû être concédées dans le microclimat singulier qui fait suite à la crise du coronavirus. Il n'est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Depuis 2007, il est de plus en plus malaisé de constituer un gouvernement fédéral ressenti comme légitime au nord et au sud du pays. Depuis 2010, aucun gouvernement fédéral n'a pu s'appuyer - ce qui est pourtant conforme à l'esprit de la réforme de l'État - sur une majorité dans chacune des communautés. Les divergences idéologiques entre le nord et le sud conduisent au mieux à dégager le plus petit commun dénominateur de ce qui peut encore réunir les deux parties du pays, soit au pire, et c'est souvent le cas, imposer aux Francophones ce qu'une majorité politique flamande et conservatrice appelle de ses voeux. Le temps est donc venu d'ouvrir les yeux et de dessiner des institutions dans lesquelles les politiques menées dans chacune des composantes des pays soient en adéquation avec la volonté exprimée en leur sein par l'électorat. Il s'agit là tout simplement d'un impératif démocratique qui ne peut plus être rencontré dans l'état actuel de nos institutions. La sauvegarde de la démocratie exige donc de revoir de fond en comble la répartition des compétences entre l'autorité fédérale et les entités fédérées. Lors de cette négociation, l'enjeu essentiel pour les Francophones ne sera pas de maintenir des compétences dans le giron de l'autorité fédérale, mais d'obtenir le financement le plus performant des politiques qui seront menées en Wallonie et à Bruxelles. Ce débat aurait pu être initié dans le cadre d'un gouvernement associant les premiers partis de chaque communauté. Il a été étouffé dans l'oeuf par des apprentis sorciers qui cultivent la nostalgie d'un monde qui n'existe plus tout en préparant un avenir fait de nouveaux conflits, de nouvelles impasses et sans doute de nouvelles humiliations pour les Francophones. Sur un plan plus politique, rejeter la N-VA, au moment même où elle semblait prendre des distances avec ses oripeaux fascisants et excessivement droitiers, est une manière de la renvoyer à ses fondamentaux et à l'inciter, comme certains en son sein le souhaitent depuis toujours, à faire cause commune avec le pire du pire, le Vlaams Belang. Il est des moments dans la vie politique d'un pays où l'inattendu peut se produire, où l'acteur politique se mue en homme ou d'État, où le plaisir de l'instant s'efface devant l'intérêt de l'avenir. Ce moment a failli exister au coeur de l'été 2020, mais ce ne fut finalement qu'un rendez-vous manqué, un de plus.