L'ancien administrateur-général de la Trésorerie, Marc Monbaliu, a répondu le 4 octobre 2012 à l'institution financière Euroclear que les intérêts issus de ces fonds n'étaient pas gelés. M. Vanackere (CD&V) était à l'époque ministre des Finances. Jusqu'à présent, il ne s'est pas exprimé dans ce dossier qui fait l'objet d'une instruction judiciaire et qui a donné lieu à des auditions devant la commission des Finances de la Chambre.

Devant cette commission, M. Monbaliu a assuré le 15 janvier qu'il n'y avait pas eu d'injonction politique dans la position adoptée par la Trésorerie. "Steven Vanackere ne peut que confirmer qu'il n'a pas été consulté au sujet de ce dégel. Il espère que toute la lumière pourra être faite au plus vite sur les circonstances précises de ce dégel", indique un communiqué de l'actuel directeur de la Banque nationale.

En septembre 2018, un panel d'experts des Nations-Unies a pointé du doigt la décision belge de dégeler ces intérêts car elle viole les sanctions internationales prises en 2011 contre plusieurs dirigeants et institutions libyens. L'incertitude demeure sur les montants libérés entre 2012 et 2017 mais il s'agit vraisemblablement de plusieurs centaines de millions d'euros, voire d'1,5 milliard. Leur usage par les institutions libyennes concernées - la Libyan Investment Authority et la Lybian Africa Investment Portfolio- est mis en cause. Une partie de cet argent a peut-être financé des milices impliquées dans la guerre civile en Libye.

Le député Peter Dedecker (N-VA) a pointé du doigt jeudi la responsabilité de M. Vanackere. "Ou bien Vanackere était au courant et il est co-responsable du versement de sommes qui ont peut-être abouti chez des milices libyennes qui mènent une guerre civile sanglante. Ou bien il n'était pas au courant, et on peut quand même se pose de sérieuses questions. C'est quand même particulièrement cynique qu'une telle personne devienne directeur dans l'institution de contrôle des banques et n'exige pas qu'il y ait toujours une double signature", a-t-il dit sur les ondes de la VRT.

Le ministre des Finances, Alexander De Croo, a indiqué que la Trésorie disposait de manière autonome de la compétence de bloquer ou de débloquer de l'argent. "Ils font cela de façon tout à fait autonome sans qu'un ministre intervienne. Et c'est logique", a dit M. De Croo. Le ministre de la Justice, Koen Geens, ministre des Finances après M. Vanackere dans le gouvernement précédent, a confirmé cette version des faits. "La Trésorerie est un des services les plus autonomes qui soit. Il est tout à fait d'usage que le ministre ne soit pas mis au courant", a-t-il assuré.