Interrogé par écrit le 8 novembre dernier, Marc Monbaliu a répondu par écrit à la commission Finances du Parlement, ce 21 novembre. A la question de savoir qui a pris la décision de libérer les intérêts des fonds libyens gelés en Belgique suite à la chute du régime Kadhafi en 2011, il répond : la Trésorerie. Toute seule ? En tout cas, "sans concertation avec le gouvernement", écrit-il dans sa réponse. C'est donc ce haut fonctionnaire, aujourd'hui à la retraite, qui aurait donné, tout seul, le feu vert à Euroclear Bank pour libérer les intérêts et dividendes générés par les milliards bloqués sur les comptes que détiennent l'Arab Bankink Corp (ABC) et HSBC Luxembourg chez Euroclear pour le fonds d'investissement souverain libyen (LIA).

On ne parle pas de petites sommes. D'octobre 2012, date à laquelle les premiers intérêts ont été libérés, à octobre 2017, date à laquelle ceux-ci ont à nouveau été bloqués suite à l'ouverture d'une enquête judiciaire à Bruxelles sur les fonds gelés, c'est plus d'1,5 milliard d'euros qui ont été versés à ABC et HSBC par Euroclear. Et, selon Monbaliu, le gouvernement n'aurait donc pas été au courant de telles transactions... Ni même le ministre des Finances de l'époque, Steven Vanackere (CD&V), au nom duquel il a signé l'autorisation de dégel à l'égard d'Euroclear, le 4 octobre 2012.

C'est d'autant plus incroyable que lorsque Le Vif/L'Express l'avait sollicité en septembre dernier, il avait expliqué le contraire : "Vous pensez bien que ce genre de décision aussi délicate n'est jamais prise par une personne dans le secret de son bureau. Cela fait l'objet de discussion et de validation par le pouvoir politique, avec toutes les assurances possibles", nous avait-il dit.

Dans sa réponse au Parlement, Marc Monbaliu explique que la position juridique du groupe Relex, qui assiste le Conseil européen en matière de relations extérieures, a été déterminante. C'est sur cette position qu'il s'est basé pour accorder le feu vert à Euroclear. Il joint d'ailleurs un courrier de François Dumont, qui était alors conseiller Relex et représentant permanent de la Belgique auprès de l'UE. Cet ancien porte-parole de Karel De Gucht (lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères) écrit à la Trésorerie que le groupe Relex est d'avis que les intérêts sur les fonds gelés après la date de référence fixée par l'ONU du 16 septembre 2011 ne sont, eux, plus bloqués. Ironie de l'histoire : cet avis intervient le 20 octobre 2011, le jour où le colonel Kadhafi a été tué.

Pour les parlementaires belges et aussi européens qui s'intéressent à ce dossier libyen, il reste à éclaircir le rôle précis attribué à ce groupe Relex. Quel en est l'autorité exacte ? Et, surtout, qui est le juriste en chef du Relex, le très discret Britannique Michael Bischop, par ailleurs consulté par le cabinet de Didier Reynders dans le cadre de l'affaire de l'ASBL du prince Laurent. Bishop semble avoir eu la faculté de faire la pluie et le beau temps en matière de fonds libyens gelés. Reste aussi à comprendre quel a été le rôle d'autres hauts fonctionnaires au sein de la Trésorerie, notamment Frans Godts qui était responsable de la "cellule embargos", avant d'être nommé à la Banque Mondiale à Washington.

Reste enfin à savoir ce qu'est devenu ce 1,5 milliard d'euros dégelés. Dans un communiqué récent, la LIA, dont la gestion est très mouvementée depuis 2011, a admis avoir reçu des paiements d'intérêts de fonds gelés via ABC et HSBC, mais elle ajoute ne pas savoir qui a réellement bénéficié de cet argent. Vraiment incroyable...

Thierry Denoël et David Leloup

Interrogé par écrit le 8 novembre dernier, Marc Monbaliu a répondu par écrit à la commission Finances du Parlement, ce 21 novembre. A la question de savoir qui a pris la décision de libérer les intérêts des fonds libyens gelés en Belgique suite à la chute du régime Kadhafi en 2011, il répond : la Trésorerie. Toute seule ? En tout cas, "sans concertation avec le gouvernement", écrit-il dans sa réponse. C'est donc ce haut fonctionnaire, aujourd'hui à la retraite, qui aurait donné, tout seul, le feu vert à Euroclear Bank pour libérer les intérêts et dividendes générés par les milliards bloqués sur les comptes que détiennent l'Arab Bankink Corp (ABC) et HSBC Luxembourg chez Euroclear pour le fonds d'investissement souverain libyen (LIA).On ne parle pas de petites sommes. D'octobre 2012, date à laquelle les premiers intérêts ont été libérés, à octobre 2017, date à laquelle ceux-ci ont à nouveau été bloqués suite à l'ouverture d'une enquête judiciaire à Bruxelles sur les fonds gelés, c'est plus d'1,5 milliard d'euros qui ont été versés à ABC et HSBC par Euroclear. Et, selon Monbaliu, le gouvernement n'aurait donc pas été au courant de telles transactions... Ni même le ministre des Finances de l'époque, Steven Vanackere (CD&V), au nom duquel il a signé l'autorisation de dégel à l'égard d'Euroclear, le 4 octobre 2012. C'est d'autant plus incroyable que lorsque Le Vif/L'Express l'avait sollicité en septembre dernier, il avait expliqué le contraire : "Vous pensez bien que ce genre de décision aussi délicate n'est jamais prise par une personne dans le secret de son bureau. Cela fait l'objet de discussion et de validation par le pouvoir politique, avec toutes les assurances possibles", nous avait-il dit.Dans sa réponse au Parlement, Marc Monbaliu explique que la position juridique du groupe Relex, qui assiste le Conseil européen en matière de relations extérieures, a été déterminante. C'est sur cette position qu'il s'est basé pour accorder le feu vert à Euroclear. Il joint d'ailleurs un courrier de François Dumont, qui était alors conseiller Relex et représentant permanent de la Belgique auprès de l'UE. Cet ancien porte-parole de Karel De Gucht (lorsqu'il était ministre des Affaires étrangères) écrit à la Trésorerie que le groupe Relex est d'avis que les intérêts sur les fonds gelés après la date de référence fixée par l'ONU du 16 septembre 2011 ne sont, eux, plus bloqués. Ironie de l'histoire : cet avis intervient le 20 octobre 2011, le jour où le colonel Kadhafi a été tué.Pour les parlementaires belges et aussi européens qui s'intéressent à ce dossier libyen, il reste à éclaircir le rôle précis attribué à ce groupe Relex. Quel en est l'autorité exacte ? Et, surtout, qui est le juriste en chef du Relex, le très discret Britannique Michael Bischop, par ailleurs consulté par le cabinet de Didier Reynders dans le cadre de l'affaire de l'ASBL du prince Laurent. Bishop semble avoir eu la faculté de faire la pluie et le beau temps en matière de fonds libyens gelés. Reste aussi à comprendre quel a été le rôle d'autres hauts fonctionnaires au sein de la Trésorerie, notamment Frans Godts qui était responsable de la "cellule embargos", avant d'être nommé à la Banque Mondiale à Washington. Reste enfin à savoir ce qu'est devenu ce 1,5 milliard d'euros dégelés. Dans un communiqué récent, la LIA, dont la gestion est très mouvementée depuis 2011, a admis avoir reçu des paiements d'intérêts de fonds gelés via ABC et HSBC, mais elle ajoute ne pas savoir qui a réellement bénéficié de cet argent. Vraiment incroyable...Thierry Denoël et David Leloup