Un courrier transmis par le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, à la commission des Finances a jeté le trouble sur le rôle qu'il a joué dans la libération des intérêts tirés de ces fonds libyens gelés en raison de sanctions internationales. Il s'agit d'un courrier adressé en août 2012 à son homologue libyen dans lequel il évoque la possibilité du dégel des fonds pour raisons humanitaires ainsi que des créances non honorées d'entreprises belges.

Plusieurs députés de l'opposition ont pointé du doigt le rôle joué par M. Reynders dans cette libération des intérêts autorisée par la Belgique en octobre 2012, à travers une lettre de "clarification" de la Trésorerie, et jugée contraire au régime de sanctions imposées à la Libye par l'ONU. Jusqu'à présent, le ministre a affirmé qu'il n'avait pris aucune décision dans ce dossier et renvoyé systématiquement vers le département des Finances dont dépend la Trésorerie.

"Cette lettre est un sacré rebondissement", a souligné Georges Dallemagne (cdH). "En août 2012, c'est le ministre des Affaires étrangères qui est à la manoeuvre".

"La chronologie des courriers ne plaide pas en faveur de Didier Reynders, qui pourrait bien être le contact politique évoqué par l'ex-directeur de la Trésorerie", a dit pour sa part Paul-Olivier Delannois, évoquant des déclarations à la presse de l'ancien administrateur-général, Marc Monbaliu.

Marco Van Hees (PTB) a quant à lui affirmé que M. Reynders mentait, suscitant la réprobation du groupe MR.

Clarté

L'opposition exhorte le gouvernement à faire la clarté dans ce dossier. "Aidez-nous à faire remonter la vérité. Je vous pose la question en tant que Premier ministre et président du MR. Si j'ai bien compris, vous êtes le patron de M. Reynders, alors trouvez une solution", a demandé Wouter De Vriendt (Groen-Ecolo).

"En tant que Premier ministre, j'ai toujours mis un point d'honneur à ce que le parlement ait accès aux informations nécessaires dans le respect de la séparation des pouvoirs", a répondu M. Michel.

Le chef du gouvernement a rappelé que c'était en vertu d'une certaine interprétation des résolutions des Nations-Unies sur la Libye que cette libération des intérêts avait été décidée, et que ces résolutions avaient évolué.

La commission des Finances poursuit son travail dans ce dossier. A la mi-mars, elle rependra ses auditions. Elle a également réclamé aux Finances toute la correspondance liée à ces fonds. Le président, Eric Van Rompuy (CD&V) a insisté sur la diligence de M. Reynders à l'égard des demandes de la commission. Il a transmis le courrier controversé dans la semaine, a-t-il fait remarquer.